Steve Jobs, Gainsbourg... Cinq biopics qui sortent du lot !
Une enfance, un drame familial, la naissance d'une vocation ou d'une passion, une ascension puis l'inexorable chute et, parfois, la renaissance... La plupart du temps, les biopics se suivent et se ressemblent. Mais, pas toujours ! Pour dresser le portrait d'un homme ou d'une femme de génie, certains réalisateurs ont choisi de sortir des sentiers battus, d'un schéma et de codes rebattus à l'outrance en proposant une piste différente et novatrice en termes de narration. Voici cinq biopics qui sortent du lot ! <i>Raphaëlle Raux-Moreau</i>

"Steve Jobs" (2015)

Film Steve Jobs

Totalement différent du film avec Ashton Kutcher sorti en 2013, le Steve Jobs de Danny Boyle, scénarisé par Aaron Sorkin, n’a rien d’un biopic ordinaire. C’est même tout le contraire ! Boyle a voulu donner une vision et une essence de la personnalité complexe du célèbre entrepreneur, un aperçu coup de poing de ses refus, de ses obsessions, de son génie par le biais des relations conflictuelles qu'il a entretenues avec ceux qui ont parcouru sa vie et sa carrière, livrant leurs points de vue, leurs frustrations, leurs colères, leurs revendications...

Pour ce faire, Boyle et Sorkin ont refusé le récit linéaire et ont choisi de construire le film en trois actes qui déroulent chacun les quelques 40 minutes qui ont précédé en coulisses le lancement d'un produit phare de Jobs : le Macintosh (1984), le NeXTcube (1988) et l'iMac (1998). Avec ce parti pris original, totalement fondé sur du dialogue de pointe et la performance d'acteurs (formidables Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen...), ils parviennent tout de même à dérouler une période de 14 ans, de 1984 à 1998.

S’il existe un biopic sur un musicien qui sort des sentiers battus, c’est bien I’m Not There. Alors, bien sûr, au fond, on y retrouve les étapes clés de la vie du célèbre songwritter américain mais elles sont tellement mélangées, dispersées, fondues au sein du puzzle composé par Todd Haynes qu’on ne peut que saluer l’affranchissement aux codes du film. Ici, Bob Dylan, ou plutôt ses alter egos, sont interprétés par six acteurs différents (dont Cate Blanchett, Christian Bale, Richard Gere ou encore Heath Ledger) afin de donner six versions fantasmées du même homme et souligner sa versatilité, ses multiples facettes, sa complexité impossible à mettre dans une seule boîte et, évidemment, sa liberté. Dylan est ici autant capable d'être un prophète, un hors-la-loi, un poète qu'un comédien… A noter que l'artiste avait, jusqu’alors, refusé tous les biopics qu’on lui avait proposés.

"American Splendor" (2003)

Film American Splendor

Venus tout droit du documentaire, les réalisateurs Shari Springer Berman et Robert Pulcini ont tout de suite été confrontés à la difficulté de raconter la vie d’Harvey Pekar. Ils désiraient rester au plus près d'American Splendor, sa série de BD culte où il raconte des passages de sa propre vie mais étant donné que Pekar et les autres personnages des BD ont été dessinés par plusieurs artistes différents depuis 1976, l'entreprise s'avérait très compliquée. Ils sont finalement partis sur une structure originale qui mélange les genres, en alternant entre la représentation fictive de Pekar (joué par Paul Giamatti), des apparitions du véritable Pekar et de ses proches, des images d'archives sans oublier des séquences animées !

Gainsbourg (Vie héroïque)" (2010)

Film Gainsbourg (Vie héroïque)

Venu tout droit de l'univers de la BD avec des oeuvres comme Le Chat du Rabbin, Joann Sfar n'avait jamais réalisé de long-métrage avant Gainsbourg (Vie héroïque). Et ça se voit tout autant que c'est réussi ! Tout dans la réalisation, la lumière, les décors, les costumes ou encore les créatures qui parsèment son évocation de l'artiste en est l'illustration. L'illustration d'une fraicheur, d'une poésie, d'un grain de folie, de fantastique et d'un univers à part entière. "Ce ne sont pas les vérités de Gainsbourg qui m'intéressent mais ses mensonges", disait Sfar au moment de la sortie du film. Car si le film retrace l'itinéraire artistique et amoureux d'un de nos artistes les plus géniaux et jusqu'au-boutiste, il est vrai que Sfar en livre une version fantasmée, une peinture personnelle qui s'anime, un conte. Ce sera d'ailleurs bel et bien mentionné sous le titre du film : "Un conte de Joan Sfar."

"Last Days" (2005)

Film Last Days

Dans l'univers du biopic musical, Last Days ne répond à aucun critère préexistant. D'une part, le film de Gus Van Sant n'est pas un véritable biopic mais une sorte de mirage autour des tout derniers jours de Kurt Cobain avant sa mort. De plus, le personnage principal, une star du rock repliée sur elle-même, ne s'appelle pas Kurt mais Blake et, à aucun moment, on entend un titre de Nirvana dans le film.

Il s'agit donc d'une fiction, non linéaire, où certaines scènes sont même rejouées, dédiée à la mémoire du leader de Nirvana. Pour autant, Van Sant s'est beaucoup documenté, il s'est également inspiré de détails connus (la manie de Cobain de porter des robes, celle de s'habiller en chasseur pour aller en forêt...) et il avait lui-même rencontré le roi du grunge à quelques reprises. Au sein de cette partition personnelle et imaginée des derniers jours de l'icône, Van Sant a mis beaucoup de ressenti et transposé à l'écran une idée qui le hantait depuis la mort de River Phoenix en 1993 : penser les derniers instants et sentiments d'un homme avant sa mort trop précoce...

Commentaires