L’instantané que l’autrice de « Wadjda » compose des contrastes de son pays déjoue les clichés et complexifie la réalité. Dommage que la mise en scène reste en retrait.
Cette allégorie ouvrière poétique et sororale, écrite et mise en scène par une femme d’origine soudanaise, ose le mélange des genres dans un canevas bigarré de récits surprenants et habilement agencés.
La force de ce film épuré mais chatoyant, hanté par le spectre diffus d’Hou Hsiao-hsien, rend compte de cette dynamique aussi lancinante qu’absurde, où la violence le dispute au pathétique – une sorte de chorégraphie détraquée que Shu Qi met en scène de façon presque musicale, sans édulcorer l’âpreté de la situation ni la souffrance des protagonistes.
Au dialogue explicatif, Yuiga Danzuka préfère le concret des gestes malhabiles et des regards gênés qu’il saisit dans un scope accentuant encore la solitude de ses protagonistes.
Plaisant et malin, le nouvel opus dédié à l’icône Marvel raconte en creux le devenir précaire des films de super-héros, hantés par le spectre de la dégénérescence, voire de la disparition.
Certes, le réalisateur de « Mysterious Skin » a fait mieux que cette satire potache du milieu arty sur fond d’emprise sexuelle. Pour autant, pourquoi bouder son plaisir devant le lâcher-prise communicatif des acteurs et le geyser de situations drôlement libidineuses et de répliques bien senties ?
Des lumières en clair-obscur jusqu’à la picturalité des cadres, ultimes prisons de ces corps lascifs et malades, tout construit ici un chant élégiaque d’une puissance à laquelle on se soumet avec un ravissement malaisant. Immense révélation.
Le récit serpente entre polar féministe et conte de fées contemporain, bousculant la logique des rapports de classe comme les perspectives de chacun(e).
Ce film acide, adapté d’un roman graphique, et où se mêlent drame familial, mémoire prolétaire au lendemain de la guerre entre les deux Corées, violence du libéralisme et ostracisation de la différence, se révèle décevant. La réalisation tranchante ne parvenant pas à pallier les faiblesses d’un scénario trop alambiqué.
Proclamé « génie du cinéma italien » (et européen), Nanni Moretti partage avec Woody Allen le privilège de pouvoir raconter l’universel en ne parlant que de soi. (…) Mystère du génie qui sait se balader du singulier au général.
Un rien prévisible dans son déroulement, ce polar de la dernière chance, écrasé par le ciel bas du nord de l’Europe, se voit malgré tout emporté par une distribution aux tonalités multiples et complémentaires.
L’auteur de « la Maladie du sommeil » orchestre ici avec une tendresse corrosive un synergique mélange des genres qui alterne drame de la racisation ordinaire, délitement des sentiments et peinture ironique de la création cinématographique.
Un énième body horror sur la dépression post-partum d’une mère persuadée d’avoir enfanté un monstre. Maigre originalité : l’ancrage contemporain dans la forêt finlandaise et son folklore légendaire, source d’un mystère et de symboles éventés par une facture poussive.
Un étudiant vivant accroché à ses parapluies rencontre une jeune fille insaisissable. La disparition de celle-ci va pousser le jeune homme à briser sa chrysalide. L’autrice de « Tempura » confirme une écriture sensible dont la sophistication bride ici l’émotion.
Cette divergence d’ambitions est une source intarissable de situations cocasses où la débrouillardise de l’hyperactif Golo se heurte au lymphatisme débonnaire de son ami atteint d’un syndrome autistique.
Ce sentiment de déjà-vu artificiel s’amenuise à mesure que le drame se révèle, l’évanescente joliesse de façade illustrant, en fait, le regard des gamins, leurs espoirs d’évasion et les dernières lueurs d’optimisme du père face à la misère qui l’assaille.
La grande force du film de Martin Darondeau et de Bertrand Usclat tient au contraire au regard frais et décomplexé qu’il pose sur les arcanes du Français, jouant avec ses fétiches, ses petites habitudes et ses mythes supposés, dans la légèreté et le détachement qui conviennent à l’exercice.