La simplicité n’est qu’apparente, car il a fallu bien choisir quoi montrer, des élans collectifs aux états d’âme individuels, en passant par la question de l’autorité et quelques portraits qui disent en miroir ce que les collégiens sont devenus quelque temps après.
Curiosité cinématographique que ce documentaire d’Arthur Dreyfus qui brosse le portrait sans filtre de Stéphane-Jacques Addade, dandy parisien de 55 ans au nœud papillon proéminent, ancien restaurateur de tableaux, habité par la haute culture et une fascination explicite pour la chair, les phallus et les madeleines proustiennes… Une œuvre brute qui mène à une profonde réflexion sur la manière dont le passé nous construit, mais aussi nous enferme.
L’ensemble se suit sans déplaisir, et on sait gré au metteur en scène d’être allé filmer des chemins de traverse maltais, loin, bien loin des paysages touristiques.
David Robert Mitchell, le réalisateur de "It Follows", signe un hommage au cinéma de sa jeunesse, tout en réussissant un divertissement d’aujourd’hui, effrayant, parfois drôle et surtout curieusement poétique.
(...) le film ne fait jamais semblant d’être aimable, ce qui est sa principale vertu. Pourtant, peu à peu, l’émotion gagne. Un petit miracle, comme le plat préparé dans le film, l’okonomiyaki, populaire et rudimentaire, mais délicieux.
Ce premier film sort du cadre, et pas seulement parce qu’il se déploie dans les Ardennes françaises aux côtés de sangliers énormes, d’agriculteurs énervés et d’un gendarme au cœur brisé ! À la croisée de l’enquête policière, de la cure psychanalytique et de la comédie (très) décalée, il s’avère aussi jubilatoire que politique.
Ce premier long métrage séduit par sa capacité à ancrer l’horreur au cœur des questions sociétales… On pourra reprocher une utilisation un peu scolaire de la grammaire cinématographique, en particulier du hors-champ dont toutes les possibilités sont passées en revue. Mais retenons plutôt l’originalité du ton et la puissance d’une fable cauchemardesque où le mal condamne toute relation amoureuse dans un jeu affolant de faux-semblants.
Marc Fitoussi, réalisateur de plusieurs épisodes de la série "Dix pour cent", plébiscite les comédies (gentiment) acides et aime dépeindre les hypocrisies et les jeux de pouvoir qui sévissent dans le petit monde du cinéma. Dans le registre du divertissement mi-cocasse, mi-cruel, "Ni vue ni connue" distille son charme (tendrement) vénéneux et offre à ses deux comédiennes principales des rôles sur mesure.
Porté par ses actrices et par une maîtrise formelle aiguisée, "Ton animal maternel" est une belle réussite et s’inscrit dans la filmographie naissante d’une cinéaste à suivre de près.
Kantemir Balagov a surmonté l’adversité et le déracinement, et a su trouver à nouveau la beauté dans la brutalité du monde et les failles dans les assignations identitaires.
Nous pouvons admirer le courage d’une expérience de cinéma inédite, car elle condamne le silence qui a si longtemps prévalu, ignorant la parole des victimes et protégeant des criminels.
L’accueil fait au film ne doit pas cependant en masquer les qualités : le courage de Godrèche, qui prend le risque de donner une forme romanesque à son féminisme militant ; le jeu, entre hésitation, sourire et tremblement, de Tess Barthélémy, fille de la cinéaste ; la raideur crispée d’Ariane Labed… Enfin, l’atmosphère de cette fin des années 1950, si pleines de contradictions, dépasse le stade anecdotique du costume et du décor. Il y a là de la recherche et de la finesse.
Contrairement à l’hypocrisie réactionnaire dont on le soupçonne avec commodité, Mungiu nous renvoie aux limites de notre champ de vision. Rationnel ou mystique, chacun demeure prisonnier de sa propre réalité. (...) Semblable à ces vallées obscures qui serpentent au milieu de glaciers étincelants, "Fjord" porte en lui le sublime de la complexité en toute limpidité.
Dans le monde des grandes entreprises, on n’hésite pas à manager en mode terreur, patiemment, avec de petits avertissements répétés, un gros coup, puis de petits avertissements répétés… "Fini de rire !" est construit comme une fugue bardée d’interviews… Sous la menace des grands manitous, garder sa place implique d’y aller mollo contre ces petites âmes qui nous gouvernent, si fragiles et susceptibles.
Un huis clos dans les toilettes, c’est déjà une gageure. Un huis clos avec Jonathan Lambert la tête coincée dans le trou de toilettes turques, c’est encore plus fort. Grégory Morin, bien aidé par son scénariste David Neiss, gagne son pari haut la main.
Comme "Vertigo" de Hitchcock, auquel fait irrémédiablement penser le pont suspendu d’Ingrandes-sur-Loire, "L’Inconnue" réfléchit les mystères de l’incarnation théâtrale et cinématographique, non sans dédoubler chacun des deux interprètes, qui est à la fois telle qu’en lui ou elle-même et tout à fait un(e) autre.
Rien n’y est superflu, les dialogues sont peu nombreux. Car aux mots, on préfère le regard. Manuela Martelli narre son histoire à travers les yeux d’Inès… Le classicisme de la mise en scène permet à la réalisatrice de se mettre au service d’une mécanique du suspens extrêmement bien huilée.
Un humour bienvenu ponctue une histoire où résonnent des influences aussi variées que "La Nuit du chasseur", les films d’Alice Rohrwacher et les romans de Tayeb Salih. On n’oubliera pas les visages d’interprètes remarquables et sublimés par la caméra de la directrice de la photo Frida Marzouk…