Ce Raison et sentiments revivifie à la fois le romantisme old-school du livre d’Austen, son XIXe siècle vintage, et en exalte la modernité surprenante.
David Ayer peut compter sur la solide interprétation de Brad Pitt pour donner, malgré de rares dialogues, de la force dramatique au périple épuisant d’un homme blessé, traversant d’improbables épreuves. Mais c’est moins lui qui obsède le récit, émeut, éprouve, que le chien, grand personnage, maître du film, dont le regard expressif bouleverse à chaque instant.
Le portrait est travaillé en surcouche, à l’opaque, sans aucun nuancé. Mais l’épaisseur d’un trait n’est pas toujours synonyme de profondeur ni de complexité stimulantes.
Si on peut remarquer que la chronologie est un peu trop élastique pour être réaliste, le fond, évoquant autant le racisme que les chocs historiques, est à la fois nuancé et instructif.
Sous la ligne bleue des Vosges, la cicatrice rose du granit qui fut extrait par le travail forcé de la main-d’œuvre concentrationnaire, reste une vive plaie traumatique.
C’est Le Salaire de la peur (Clouzot, 1952) ou son remake Sorcerer (Friedkin, 1978), exporté dans les forêts humides et boueuses de l’Oregon des années 1930, avec un côté Délivrance (Boorman, 1972) pour l’adversité impitoyable de la nature, force sauvage qui met les corps à rude épreuve.
Ceci n’est pas une comédie de chambre mais de salon, et ce qui est mis en pièces, c’est la mécanique du couple, ses dérèglements, son déballage de désirs refoulés et de frustrations.
Paul Guilhaume, le directeur de la photographie, enferme le huis clos dans des cadres dans le cadre aux couleurs assombries, aux ombres étendues. Un climat d’angoisse et de menace pure. Le cauchemar malmène les acteurs. Les spectateurs aussi, oppressés. On devine bien vite que tout finira bien mal, mais rien ne s’oppose à la nuit.
Mais ce qui permet à La Vie d’une femme de s’incarner, c’est Léa Drucker. Le film n’existerait pas sans elle. Tous les défauts précédemment énumérés fondent comme neige au soleil devant la facilité de la star à passer de la comédie romantique au drame social en un instant avec une humanité chevillée au corps. Celle d’une femme qui a vécu, qui vit et qui a encore à vivre.
Drame âpre, Rose chevauche les codes du western rural, sur le thème de l’installation des fermiers et des pionniers de l’Ouest américain. Rose, c’est Sandra Hüller, admirable dans ce rôle tragique, une performance magnifique.
Cela donne un cinéma alourdi, littéral, qui n’arrive jamais à faire du fantôme autre chose qu’un artifice narratif un peu grossier pour signifier le manque, l’absence, la présence du souvenir, tout en lui faisant jouer par moments un rôle curieux, d’observateur et commentateur des événements.
Intéresse la référence historique aux Qiaopi, les correspondances échangées par les émigrés chinois et leurs familles restées au pays, à qui elles adressaient des nouvelles et de l’argent. Elles ont été inscrites au patrimoine documentaire mondial de l’Unesco en 2013.
Le récit, avec sa juxtaposition de thèmes en 80 minutes, manque de soin et de profondeur dans l’écriture des personnages et des situations, bousculées de surcroît par une temporalité accélérée, tout se passant en 24h chrono.