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    Seth MacFarlane : rencontre avec le papa de "Ted"

    C'est l'un des talents les plus prolifiques (et occupés) de la télévision américaine... et l'heureux papa d'un ours en peluche doué de parole pour sa première réalisation cinéma. Rencontre avec Seth MacFarlane, créateur des "Griffin", "American Dad", "The Cleveland Show" et "Ted".

    AlloCiné : Comment allez-vous depuis les Emmy Awards ? L'oubli de micro, c'était très drôle !

    Seth MacFarlane : Oui, c’est ce qui arrive quand vous n’allez pas aux répétitions ! (Rires) Mais bon, ce n’était que diffusé sur ABC... Qui regarde ?

    Vous êtes donc l'heureux papa de Ted. Comment est née cette idée assez géniale ? On a l'impression que vous donnez vie à l'un de vos rêves de gosse avec ce film...

    Ce n’est pas tant mon rêve que celui de beaucoup d’enfants, je pense. Voir leur peluche ou leur doudou prendre vie et pouvoir lui parler… Ce n’était donc pas forcément lié à moi : l’idée était de trouver une histoire universelle, un socle solide avec une vraie chaleur et de la profondeur afin de pouvoir y injecter la comédie.

    C'était un projet de série animé au départ ?

    Oui, tout est parti d’un projet de série animée, mais pour plusieurs raisons, il m’a semblé qu’un long métrage était préférable pour raconter cette histoire. Elle partait en tout cas de la même idée : un ours en peluche qui prend vie. La seule différence est que John était déjà marié et père de famille dans le pitch original : Ted lui pourrissait un peu la vie, mais il n’y avait pas cette amitié, qui a finalement pris une place centrale dans le film.

    Le pitch est important, la comédie aussi mais donner vie à Ted était sans doute LE challenge du film. Comment avez-vous procédé ? Des images de synthèse ? De la stop-motion ? Une personne de petite taille dans un costume ?

    Si vous avez cru que c’était un acteur de petite taille dans un costume... c’est que nous avons bien fait notre travail ! A nos yeux, il fallait que Ted soit le plus réaliste possible. Tout simplement pour que le spectateur oublie qu’il s’agit d’un personnage animé. Nous avons donc créé Ted via la Motion Capture, la même technologie que sur Avatar ou Le Seigneur des anneaux. Cette technique demande à ce que le comédien, moi en l’occurrence puisque j’incarne Ted, porte un costume bardé de capteurs qui transmettent ses mouvements à un ordinateur qui les intègre dans le personnage numérique. C’est ainsi que nous avons procédé, donc tous les mouvements sont "réels" dans un sens. Nos deux studios d’effets visuels ont ensuite réussi à pousser le réalisme au maximum sur la fourrure de Ted, les reflets sur ses yeux ou son pelage, son intégration dans les différents environnements… C’est grâce à leur travail si vous avez pensé qu’il pouvait s’agir d’un acteur dans un costume.

    Vous le disiez, vous prêtez votre voix à Ted comme à beaucoup de personnages de vos séries animées. Les voyez-vous comme des alter-egos, ou en tout cas comme des incarnations de différents aspects de votre personnalité ?

    J’espère que non ! (Rires) En tout cas pas une partie de moi, mais plutôt des incarnations des différentes influences culturelles auxquelles j’ai pu être confronté au cours de ma vie. Stewie Griffin s’inspire par exemple beaucoup de Rex Harrison, un acteur des années 50 et 60 que j’adore. Ted, pour sa part, viendrait plutôt de mon enfance, mais encore une fois pas directement… J’ai passé beaucoup de temps dans le Massachussetts quand j’étais jeune car j’avais de la famille là-bas, et j’ai été confronté au "dialecte" local. Mes parents en riaient beaucoup car ce n’était pas vraiment notre façon de parler dans le Connecticut. En écoutant ces proches, je me disais que c’était un dialecte aussi horrible qu’hilarant et attachant !

    En parlant de voix, vous avez participé de près ou de loin au choix de la voix française de Ted ?

    C’est très compliqué, voire impossible, si vous ne parlez pas la langue. La voix peut vous paraître bonne mais si vous ne comprenez pas ce que dit le comédien ni ses intentions de jeu, c’est vraiment difficile de déterminer si ça fonctionne… Il y a trop de nuances dans une voix de personnage pour trancher uniquement sur le timbre. Je fait donc confiance à chaque équipe créative, dans chaque pays, sur le fait que ça marche et que c’est drôle. Je ne peux pas faire plus.

    Dans vos séries "Les Griffin", "American Dad" ou "The Cleveland Show" comme dans "Ted", on se rend compte que tout repose à chaque fois sur une famille dysfonctionnelle ou en tout cas quelque chose d'approchant dans le cas de Ted, Lori et John. La famille, c'est un thème essentiel à vos yeux ?

    Quand vous faites une série animée comme Les Griffin (Family Guy) ou American Dad!, il y a tellement de folie et de gags que vous devez vous reposer sur un socle solide, sur la structure la plus basique possible pour que cela fonctionne. Et cette structure, c’est la famille. En ancrant votre série dans une famille simple, concrète et traditionnelle, vous avez ensuite toute liberté pour la comédie. Il faut que tout soit solidement ancré au départ. Et c’est une règle que je m'impose sur tous les projets sur lesquels je travaille : n’importe quel élément complètement décalé -un bébé qui parle, un ours en peluche vivant ou un alien logeant au grenier- tout se trouve justifié si vous avez une colonne vertébrale solide.

    "Ted" est un véritable plaisir pour les geeks qui ont grandi dans les années 80, revenons sur quelques clin d'oeil marquants de votre film :

    Flash Gordon


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    Y a-t-il un pilote dans l'avion ?

    Affichette (film) - FILM - Y a-t-il un pilote dans l'avion ? : 36184

    Star Wars


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    Octopussy


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    Top Gun


    Affichette (film) - FILM - Top Gun : 2133

    "Je n’ai pas vraiment connu Flash Gordon étant enfant. Je ne l’ai découvert en entier qu’il y a quelques années. Mais j’ai l’impression d’en avoir toujours entendu parler : le film avait la réputation d’être étrange, bizarre, barré… Quand nous avons écrit Ted, nous avons cherché la référence la plus ridicule sur laquelle Ted et John pourraient baser leur amitié. Flash Gordon, c’était une évidence !  Vous pouvez prendre le film à n’importe quel moment, c’est hilarant et absurde. C’est un film tellement over the top qu’il nous semblait parfaitement incarner l'amitié entre Ted et John."

    "J’adore ce film ! Les frères Zucker ont eu une grande influence sur moi, en terme de comédie. Ils ont exploré de nouveaux territoires, fait des films hilarants… Jerry Zucker est d’ailleurs devenu l’un de mes amis. Je me suis fait un cadeau en retournant la séquence de danse : c’était vraiment marrant de reconstruire ce décor que j’avais vu tant de fois à l’écran et de pouvoir s’y balader. C’est une scène très courte dans le film, mais nous nous sommes beaucoup amusés."

    C’est un vrai clin d’œil nostalgique. "En tant qu’enfant, c’était incroyable. Devenu adulte, je me suis intéressé à la façon de produire ces films, au savoir-faire, aux avancées technologiques… Je ne peux pas résister à l’envie de coller des références à Star Wars dans mes projets. Le public de mes séries et de Ted est globalement de la même génération, ils ont les mêmes références. Tous  ces clins d’œil, que ce soit dans Les Griffin ou Ted, c’est une façon d’adouber cette nostalgie et de la partager avec les fans et tous ceux qui ont grandi avec les mêmes références. C’est toujours fait avec beaucoup d’amour pour ces films en tout cas…"

    "C’est plus la chanson qui m’a marqué. Were an All Time High était l’une des chansons préférées de ma mère… et il s’avère que c’est la chanson d’Octopussy. C’est une belle chanson, une ballade marquante des années 80 et c’est surtout en hommage à ma mère que j’ai choisi cette référence."

    "Tom Skerritt est génial dans tout ce qu’il fait. Je l’adore dans Contact, surtout. C’est un grand acteur, mais encore plus dans ce film… C’est à ce film que je lie Tom Skerritt dans mon esprit. Plus que Top Gun en tout cas, que je n’ai vu qu’une fois dans les années 80 et dont je ne suis pas vraiment fan."

    Parlons de vos projets... Vous êtes sans doute l'une des personnes les plus occupées à la télé américaine. Vous dormez quand ?

    (Rires) Vous savez, je fais en sorte de faire des nuits complètes ! Je dors plus que les gens ne peuvent le croire. J’ai longtemps essayé de travailler sans me reposer : c’est faisable mais pas très agréable. Donc désormais, je dors !

    Peut-on espérer voir une suite à "Ted" ? Une série-dérivée ?

    Une série dérivée, ce serait vraiment compliqué pour le moment car la technologie n’est pas encore assez développée. Cela coûterait beaucoup trop cher de produire un épisode de façon hebdomadaire. Et si l’animation n’est pas assez aboutie, les gens ne croieraient pas au personnage et donc n’adhèrerait pas à la narration. J’aimerais par contre réaliser une suite, et je suis pratiquement sûr qu’il y aura bientôt un Ted 2.

    Qu'en est-il de votre projet de relancer les "Pierrafeu" ?

    Nous avons dû annuler ce projet pour le moment. Je ne peux malheureusement pas toujours faire face à tous les projets que j’aimerais développer… Les premiers échanges à ce sujet ont eu lieu il y a quatre ans, à une époque où j’étais un peu plus disponible que maintenant. Mais comme souvent sur ce genre de projets, les choses prennent du temps, surtout sur une licence aussi énorme associant deux majors, la Fox pour qui je travaille, et la Warner qui possède les droits des Pierrafeu. Il a fallu quatre ans pour finaliser cet accord, et quand ça a été le cas, je n’avais plus assez de temps pour m’y consacrer. Bien sûr je délègue certains projets à d’autres scénaristes ou d’autres producteurs, mais les Pierrafeu, je ne me voyais pas produire si je ne pouvais pas superviser directement. Donc...

    Vous travaillez également sur une nouvelle version de "Cosmos" de Carl Sagan, dont vous appréciez beaucoup l'oeuvre je crois...

    Je fais partie de l’association "Science and Entertainment Exchange", fondée par Jerry Zucker : son but est de rapprocher les scientifiques et les talents de l’entertainment, que ce soient des producteurs, des scénaristes ou des réalisateurs. Beaucoup de gens, en tout cas aux Etats-Unis, tirent leurs connaissances scientifiques de l’entertainment : une série médicale, une production de science-fiction, un film sur le réchauffement climatique... Ces gens pensent que les créateurs d’Hollywood ont bien fait leurs devoirs et leurs recherches et que tout ce qu’ils montrent à l’écran est vérifié et véridique. Or ce n’est pas toujours vrai… Le but de cette organisation est donc de rapprocher scientifiques et créatifs, pour que ces derniers propagent de vraies informations dans leurs productions. Dans ce cadre, j’ai rencontré l’astrophysicien Neil deGrasse Tyson qui souhaitait relancer le Cosmos de Carl Sagan avec la femme de ce dernier, Ann Druyan, qui avait écrit l’original avec lui. Je suis un grand admirateur de Carl Sagan, et j’ai donc proposé de leur faire rencontrer des producteurs chez Fox. A l’époque, ils étaient en contact avec National Geographic, Discovery Channel… Des chaînes de qualité mais qui "prêchent aux convertis" pour ainsi dire. Or Fox a adhéré à cette idée de relancer un programme original et puissant : pendant des années, les gens ont regretté l’absence de programmes éducatifs sur les networks nationaux, les choses changent enfin…

    Un petit mot sur le 200e épisodes des Griffin, attendu cette saison ?

    Oui ! Ce sera un épisode où le temps s’inverse : il y a un souci avec la machine temporelle de Stewie, qui se retrouve avec Brian dans un monde où le temps s’écoule à l’envers. Tout le monde rajeunit, et comme Stewie n’a qu’un an, il faut régler le problème avant que ne survienne sa naissance… C’est un approche SF qui nous semblait intéressante pour un épisode 200. Et il y aura quelques guests-stars.

    Qu'en est-il de "American Dad" ? Vous parvenez à y injecter un peu de la campagne électorale américaine ?

    On essaye, mais c’est compliqué dans la mesure où le délai de production sur une série animée est très long. Si nous écrivons un épisode aujourd’hui, il ne serait finalisé et diffusé que dans un an, une fois la campagne terminée. Nous avions essayé en 2000 sur un épisode des Griffin, diffusé après l’élection entre Bush et Gore. Nous y avions fait gagner Gore, car on ne pensait pas que des gens seraient assez fous pour voter Bush. Et… nous avons dû refaire l’animation en catastrophe car finalement, les gens étaient assez fous ! Donc nous avons gardé cette leçon en mémoire pour ne pas nous retrouver à nouveau confrontés à ce genre de soucis. Nous faisons des références générales à la campagne, mais jamais de références directes.

    Il y a quand même Roger l'Alien qui se présente !

    Oui, c’est notre campagne virale sur Twitter, effectivement. (@rogersmith2012)

    Dernier projet en date : une série centrée sur deux trentenaires qui doivent accueillir leurs pères chez eux.

    C’est un projet développé par Alec Sulkin et Wellesley Wild, mes coscénaristes sur Ted. Ils m’ont raconté ce pitch et j’ai trouvé ça très drôle. Ils se sont directement inspirés de leurs pères respectifs, qui, pour les avoir rencontrés, sont vraiment des personnages fantastiques ! Des personnages plein d’aspects différents, exactement ce qu’il faut pour une comédie. Ce sont deux des scénaristes les plus doués que je connaisse donc je fonce sur toute idée qu’ils peuvent me proposer.

    Dernière question, même si vous en avez sans doute un peu marre qu'on vous en parle... Est-ce que le fait d'avoir frlé la mort lors du 11 Septembre a mofifié votre façon de vivre, de voir la vie, d'appréhender votre travail comique ?

    Pas vraiment… Je n’ai pas vécu ce drame en direct. Je n’étais pas à New York mais à Boston, à l’aéroport. Je n’ai donc pas vraiment frôlé la mort : j’étais enregistré sur ce vol, j’ai loupé l’embarquement à dix minutes près... Et je ne me suis rendu compte de tout ça qu’une fois dans la salle d’attente, quand j’ai été réveillé de ma sieste en voyant les avions frapper les tours jumelles aux infos. Je me souviens avoir dit à mon voisin : "Mon dieu, je devais être dans cet avion !". Mais en même temps j’ai loupé plein d’autres vols avant ça et ça arrive sur tous les vols du monde : il y a toujours quelqu’un qui le rate. Donc je regarde les choses de façon très pragmatique : ça aurait pu être moi comme ça aurait pu être quelqu’un d’autre. Ce n’est donc pas quelque chose qui a changé ma vie ni ma façon d’être.

    Propos recueillis par Yoann Sardet - Remerciements à Florence Debarbat & Sylvie Forestier

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