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    Mon nom est clitoris : un documentaire qui dynamite les clichés sur la sexualité féminine
    Par Vincent Garnier, propos recueillis le 8 juin 2020 — 2 mars 2021 à 10:00
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    Rencontre avec Lisa Billuart Monet et Daphné Leblond, les deux réalisatrices du documentaire "Mon nom est clitoris", exploration sans complexe ni fausse pudeur du plaisir au féminin. Maintenant disponible en DVD.

    La Vingt-Cinquième Heure

    AlloCiné : Comment est né le projet de Mon nom est clitoris ?

    Lisa Billuart Monet : C’est parti d’une discussion personnelle entre Daphné et moi. Nous étions à Istanbul, et en visitant le palais de Topkapi, nous avons commencé une longue conversation sur notre sexualité, en particulier sur deux choses, où nos expériences se sont rejointes : l'interdiction et le tabou de la masturbation, et l'obligation de la pénétration dans les rapports hétérosexuels. À la fin de la visite, et de cette longue conversation, on s’est dit qu’il serait salutaire pour beaucoup d’entre nous d’en faire un film, et que d’autres que nous avaient sûrement besoin ou envie de ce dialogue. Et puisqu'on avait très envie de voir ce film qui n'existait pas, on s'est dit qu'on allait le faire nous-mêmes.

    Daphné Leblond : C'est ce que dit Toni Morrison : "S'il y a un livre que vous voulez vraiment lire, mais qu'il n'a pas encore été écrit, c'est à vous de l'écrire". L'envie est vraiment partie de nos obstacles et nos difficultés sexuelles personnelles. On s'est aperçues qu'on avait attendu l'une et l'autre d'avoir passé 20 ans pour parler de masturbation. C'est grave.

    Comment avez-vous sélectionné les témoins qui participent au film ?

    Lisa Billuart Monet : Au début, on a testé le dispositif avec des amies proches, avec qui nous avions pu en parler, avec lesquelles nous avions déjà une relation de confiance. La contrainte du témoignage face caméra nous paraissait à nous-mêmes énorme ! Puis on a fait marcher le bouche à oreille, il y a beaucoup d'amies d'amies dans le film, et nous avons aussi posté quelques annonces sur les réseaux sociaux.

    Daphné Leblond : Ensuite, on s’est interrogées sur les profils que l’on voulait mettre en scène. Notre féminisme est intersectionnel, c'était essentiel de parler des problèmes liés au racisme, à la lesbophobie, la biphobie, la grossophobie... Bien sûr, on sait qu'avec 12 personnes, nous n'avons malheureusement pas pu représenter tout le monde.

    La parole est libre dans votre documentaire. Comment êtes-vous parvenues à ce résultat avec vos intervenantes ?

    Lisa Billuart Monet : Je pense que le choix du cadre, leur chambre, y est pour beaucoup. Il fallait un endroit où les jeunes femmes se sentent chez elles, en sécurité, pour rendre leur parole plus fluide et plus naturelle. Ce qui a aussi aidé, et qu'on ne voit pas dans le film, c'est que Daphné et moi on parle aussi beaucoup de nos sexualités pendant l'interview, c'était un échange, un véritable dialogue entre nous. Puisque nous sommes traversées par les mêmes questions, que nous avons le même âge, il y a un effet miroir avec les intervenantes : il n'y a pas d'expertes, nous avons chacune à apprendre des autres.

    Daphné Leblond : On n'a pas toujours l'occasion de faire des documentaires miroirs comme celui-ci, où l'on peut s'identifier entièrement à ses protagonistes ; c'est une très belle expérience que je recommande. Je suis persuadée que le fait de commencer par se livrer soi-même avec sincérité et transparence ouvre les possibles de l'échange intime, y compris avec des inconnu·es. C'est un pacte de confiance entre cinéastes et protagonistes. Nous n'avons pas cherché à les convaincre, ça allait contre la démarche ; il fallait que les femmes soient volontaires.

    La sexualité féminine reste le "continent noir" encore aujourd'hui. Comment l'expliquez-vous ?

    Daphné Leblond : Le capitalisme et le patriarcat sont fondés sur un système de dominations qui leur permet de se maintenir en place. La prospérité des uns est due à la domination et l'exploitation des autres. Pour nous, cette ignorance généralisée - y compris chez les femmes comme le montre le film - trouve ses racines dans le sexisme, mais aussi le racisme, le classisme, le validisme, qui fonctionnent ensemble, et maintiennent cet ordre établi fondé sur des inégalités.

    Lisa Billuart Monet : Refuser l'indépendance et l'autonomie sexuelle aux femmes est un moyen très efficace pour les maintenir dans cette position de subordonnée : si on arrive à contrôler la vie intime des femmes, on peut contrôler tout le reste ! Je suis persuadée que la réappropriation de son corps et de sa sexualité est une des premières étapes vers l'égalité à tous les niveaux entre les femmes et les hommes.

    Préparez-vous un "Mon nom est encore Clitoris" ?

    Daphné Leblond : On développe deux projets de films, l'un sur la sexualité masculine et l'autre, plus proche d'un "Mon nom est encore Clitoris", sur la sexualité des femmes de plus de 50 ans.

    Lisa Billuart Monet : D'ailleurs, nous commencons à rechercher des personnes prêtes à témoigner, si vous avez envie d'y paticiper n'hésitez pas à nous écrire sur la page facebook mon nom est Clitoris !

    La bande-annonce de Mon nom est Clitoris :

    Mon Nom est Clitoris Bande-annonce VF

     

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    Commentaires
    • FlecheDeFer ..
      Tout à fait d'accord, il suffit aussi de lire les grands titres des magazine féminins: la moitié au minimum des sujets sont consacrés à la sexualité, féminine ici évidemment, et abordent absolument tous ses aspects de façon décomplexée, fantasmes glauques, échangisme et SM compris. Donc oser dire qu'il s'agit de quelque chose de caché et de tabou, il faut vraiment être une féministe fanatique, une aveugle ou une profonde hypocrite pour s'y risquer
    • Ryo H
      Le pire, et l'hypocrisie, c'est qu'affirmer que la sexualité féminine est un continent noir est un ramassi de cliché. En réalité, on parle sans arrêt de la sexualité féminine, mais rarement de la sexualité masculine.Il suffit juste de faire une simple recherche google pour se rendre compte qu'il y a bien plus de page dans le cas de la sexualité féminine (mais alors vraiment beaucoup plus, tapez juste orgasme masculin/orgasme féminin, dans le premier cas, on voit même que la plupart des résultats dans les premières pages sont en fait sur l'orgasme féminin, l'orgasme masculin étant juste une mention dans le texte).De la même manière, toutes les émissions qui parlent de sexualité, sont a dominance féminine, que ce soit par les présentateurs (trices du coup) et les sujets abordés.Perso, ça ne me dérange pas du tout qu'on parle plus de sexualité féminine, mais venir affirmer le contraire, là j'ai du mal.
    • Might Guy
      Enchanté. Moi c'est monsieur guili.
    • FlecheDeFer ..
      Le capitalisme et le patriarcat sont fondés sur un système de dominations qui leur permet de se maintenir en place...on développe deux projets de films, l'un sur la sexualité masculine - Je sens que ce film ne va pas être cliché ni orienté, du tout, non, non...
    • Jordan V
      Un film sur la sexualité masculine ?J'attends de voir ça.
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