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    Poly : François Cluzet évoque 5 rôles originaux dans sa carrière d'acteur
    Par Vincent Formica — 21 oct. 2020 à 10:00
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    Dans Poly, de Nicolas Vanier, François Cluzet campe un vieil ermite bourru qui va aider une fillette à sauver un poney victime de maltraitance. À l'occasion de la sortie du film, nous avons rencontré l'acteur et le réalisateur.

    Avec Poly, le réalisateur Nicolas Vanier retrouve l'univers de la romancière Cécile Aubry après Belle et Sébastien. Il collabore aussi à nouveau avec François Cluzet après L'Ecole buissonière, joli succès en 2017 avec 2 millions d'entrées. Le film est une adaptation très libre du feuilleton Les aventures de Poly, diffusé en 1961.

    Poly
    Poly
    Sortie le 21 octobre 2020 | 1h 42min
    De Nicolas Vanier
    Avec François Cluzet, Julie Gayet, Elisa de Lambert, Patrick Timsit, Orian Castano
    Presse
    2,7
    Spectateurs
    3,7

    Le récit suit Cécile, 10 ans, une fillette qui déménage dans le sud de la France avec sa mère, Louise. L’intégration avec les autres enfants du village n’est pas facile. Lorsqu’un cirque de passage s’installe à côté, Cécile découvre que Poly le poney vedette est maltraité .Elle décide de le protéger et d’organiser son évasion ! Poursuivis par Brancalou, l’inquiétant directeur du cirque, et le mystérieux Victor, Cécile et Poly s’embarquent dans une cavale pleine de rebondissements, un véritable voyage initiatique et une incroyable histoire d’amitié.

    À l'occasion de la sortie du long-métrage, AlloCiné est allé à la rencontre de François Cluzet et Nicolas Vanier. Le comédien nous a livré ses anecdotes sur les 5 rôles les plus originaux de sa carrière dans la vidéo ci-dessus. Quant au metteur en scène, il a répondu à nos questions autour de Poly et de ses thèmes forts comme la maltraitance animale.

    AlloCiné : Vos films ont eu de beaux succès en salles, du Dernier Trappeur à Belle et Sébastien en passant par les récents L'Ecole buissionnière ou Donne-moi des ailes, comment expliquez-vous l'intérêt du public ?

    Nicolas Vanier : C'est difficile d'analyser ce qui fait ou non le succès d'un film, si on savait, ça changerait le monde du cinéma. Je crois, au travers de l'expérience de 6 films qui ont eu un certain ou un grand succès, que c'est dû notamment au parti pris de refuser l'artificiel, les effets spéciaux. Pour mon précédent film, Donne-moi des ailes, il aurait été tellement facile de rajouter des petites oies autour de l'ULM fabriquées sur ordinateur. On sait tellement bien faire, c'est tellement parfait... et justement, rien n'est parfait dans la nature. 

    On s'est beaucoup moqué de mon premier film, Le Dernier Trappeur, pendant la préparation, car je souhaitais tourner en plein hiver par moins 40, moins 50. Les canadiens me disaient que ce n'était pas un petit français qui allait leur expliquer comment on faisait un film à moins 40 ou 50. On tourne au mois de mars, avril, où les jours sont très longs, où il fait moins 10, on rajoute de la glace et de la buée et tout le monde pensera qu'il fait moins 40... C'est ce qu'on m'expliquait. J'ai tenu bon et je pense que c'est ce qui a fait le succès du film. C'était aussi le cas pour Donne-moi des ailes ou L'Ecole buissonnière avec ce grand cerf qui n'a pas été fabriqué sur ordinateur. Il se dégage là une vérité qui rassure.

    La tentation est grande d'année en année d'utiliser les effets spéciaux mais je tiens bon.

    Systématiquement, dans toutes les salles où je présente mes films, un enfant prend la parole pour me demander si c'est vrai. C'est un grand soupir de soulagement lorsque je lui explique que ce qu'il vient de voir est réel. Des enfants, et même des adultes aujourd'hui, ne savent plus faire la différence entre un animal fabriqué numériquement et un vrai. Ça rassure aussi car on est entré dans une période où on a besoin de vérité, de revenir à certaines choses importantes à mon sens. Au cinéma, la plupart du temps, on tourne avec l'animal, puis après l'enfant, et on assemble ça au montage. Il est en effet difficile et très cher d'obtenir la bonne attitude pour l'animal et pour l'enfant. Mais moi je tiens à cette vérité. 6 mois avant le début du tournage, je mets l'enfant en relation avec Poly et il se dégage une authenticité qui ne se mesure pas de façon consciente, mais je suis persuadé que ça touche les gens de façon inconsciente. C'est ce qui provoque une émotion qui fait le succès d'un film.

     

    Vous n'avez jamais été tenté de vous faciliter la tâche avec quelques effets spéciaux ?

    La tentation est grande d'année en année d'utiliser les effets spéciaux pour par exemple filmer séparément un ULM et des oies ou un poney et un enfant. Mais je tiens bon, et je pense que je tiendrai bon jusqu'au bout ou alors j'abandonnerai le cinéma. Je tiens à cette marque de fabrique qui est devenue la mienne. Dans Poly, j'ai choisi très en amont la jeune actrice [Elisa De Lambert] qui interpréte Cécile pour pouvoir la mettre tous les week-ends au contact du poney. De cette façon, une vraie relation se crée et je peux obtenir, de façon naturelle, quelque chose qui va servir le film.

    C'est aussi ce qui rend ces tournages passionnants car on arrive, avec mon équipe, à obtenir ces cadeaux que les animaux vous offrent, que la nature vous offrent... Les animaux sont des éponges, si vous avez une équipe dans le stress et l'impatience, vous communiquez ce stress à l'animal qui ne va pas vouloir faire quoi que ce soit de la journée. Aujourd'hui, on a une attitude totalement différente sur mes tournages qui fait que par moments, on est émus aux larmes. C'est ce qu'on a ressenti notamment sur mon film avec les loups [Loup]. Ces derniers vous renvoient cette affection, ce respect que vous avez pour eux et vous offrent ce que vous attendez d'eux. C'est absolument incroyable.

     

    Comment on préserve le poney de la dureté du récit ? Poly parle notamment de la maltraitance animale de façon frontale.

    Malheureusement, le film est un sujet on ne peut plus d'actualité au travers de ces images absolument horribles de chevaux mutilés par ces malades qui n'ont pas encore été identifiés. C'est aussi d'actualité autour de toute cette réflexion sur les cirques : on ne veut plus aujourd'hui autoriser des spectacles où des félins sont forcés d'exécuter des numéros. Ce sont des pratiques qui n'existent plus dans le cinéma depuis longtemps et bien évidemment particulièrement dans mes films.

    Par exemple, au début du film, on voit que Poly est forcée de faire un numéro avec un clou planté sous sa selle. Sa blessure est bien évidemment du maquillage ; lorsque Cécile touche la plaie et que Poly est censée avoir mal, on a identifié que Poly adorait être chatouillée à un endroit particulier. Du coup le poney a une vive réaction qui donne l'illusion qu'il souffre alors qu'il en redemande, il adore ça.

    Je ne sais pas ce qui nous est arrivé en un demi-siècle pour qu'on soit devenus aussi tristes.

    Ce qui frappe également dans le film, c'est l'authenticité des décors, est-ce que vous mettez aussi un point d'honneur à tourner en décors réels ?

    À chaque film, je considère que le territoire est un acteur ; les montagnes dans Belle et Sébastien, la Sologne dans L'Ecole buissionnière etc... Là, lorsque j'écrivais Poly, j'ai visité cette région (Les Cévennes) que je ne connaissais pas, je suis tombé amoureux de ces paysages. Ça collait particulièrement à ce festival de couleurs que sont les années 60. Les costumes, les voitures... tout était coloré.

    Je ne sais pas ce qui nous est arrivé en un demi-siècle pour qu'on soit devenus aussi tristes. Les voitures sont toutes grises aujourd'hui... J'avais envie de toutes ces couleurs. Je prends un plaisir particulier à choisir ces cartes postales que sont ces paysages pour en faire un des acteurs du film.

    Comment on évite un écueil à l'écriture, celui de passer pour un moralisateur ou un donneur de leçons, notamment en ce qui concerne l'écologie ?

    J'essaie déjà de faire des films qui s'adressent autant aux enfants qu'aux adultes. Au-delà de ça, vu la situation d'aujourd'hui, nos rapports à la nature et aux animaux qu'il faut totalement repenser, ça me paraît essentiel d'essayer de faire passer quelques messages. Je n'ai toutefois pas la prétention de pouvoir changer le monde avec un film. Je tente de faire passer des messages de façon un peu sporadique, au travers de quelques dialogues et situations. J'ai plaisir à voir que ça passe.

    Beaucoup de parents, grands-parents, me disent : Ce qu'il y a de formidable dans vos films, c'est qu'on se fait plaisir d'abord, et le soir, en rentrant, on peut évoquer avec les enfants des sujets comme ceux portés par Julie Gayet dans Poly. En se replaçant dans le contexte de l'époque, on peut expliquer aux enfants que les femmes n'avaient pas le droit d'avoir un compte en banque, pas le droit de conduire, de voter... Ça permet de parler de la progression qui doit encore être la nôtre. Tout cela vis-à-vis des animaux et de la nature également.

     

    Poly se déroule dans les années 60, une époque sans réseaux sociaux. Quel est votre regard sur ces derniers ?

    Je ne suis pas pour revenir à l'époque de la charette à cheval pour régler les problèmes d'aujourd'hui. Je suis pour qu'on utilise toute l'intelligence humaine pour faire des choses merveilleuses. Pour autant, ce qu'on constate, c'est qu'on n'a jamais connu dans toute l'Histoire de l'Humanité, une telle évolution, en une cinquantaine d'années.

    On est allés tellement vite, qu'il est bien aussi de regarder un peu dans le rétroviseur pour pouvoir remettre à l'ordre du jour ce qu'on a perdu en chemin. Quand on voit cette bande de gamins à vélo dans Poly, on ne peut pas s'empêcher de dire que c'est mieux, bordel, que de passer ses journées sur un écran.

    Vous avez déjà un nouveau projet en tête ?

    J'ai plusieurs projets, notamment un film où je vais sortir de ma zone de confort car ça va être une comédie sur l'amitié. J'ai aussi un autre projet remis à plus tard de par le contexte sanitaire. C'est l'adaptation d'un roman que j'ai écrit et qui parle de la ruée vers l'or en Alaska. Et il y a un autre film en écriture dans lequel on retrouvera entres autres François Cluzet.

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    Commentaires
    • Fonzie
      il est génial !
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