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    Resistance sur CANAL+ : un biopic sur le mime Marceau "pour raconter la place de l'art face à l'horreur du monde"
    Par Maximilien Pierrette (@maxp26) — 25 nov. 2020 à 18:00
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    Diffusé sur CANAL+ ce mercredi 25 novembre, "Resistance" aborde un aspect méconnu de la vie du mime Marceau. De passage à Deauville, où il était présenté, Clémence Poésy et Félix Moati évoquent ce biopic où ils donnent la réplique à Jesse Eisenberg.

    De son vrai nom Marcel Mangel, le mime Marceau est surtout connu pour son art. Mais savez-vous qu'il a aidé la Résistance française pendant la Seconde Guerre Mondiale, et permis de sauver plusieurs enfants ? C'est l'angle choisi par le biopic Resistance signé Jonathan Jakubowicz (Hands of Stone). Diffusé ce mercredi 25 novembre sur CANAL+, avec le label CANAL+ PREMIERE, le long métrage était passé par le dernier Festival du Cinéma Américain, présenté par Clémence Poésy et Félix Moati, qui interprètent respectivement la compagne et le frère du personnage principal, et ont évoqué le film porté par Jesse Eisenberg à notre micro.

    AlloCiné : Quand on nous présente "Resistance" comme un biopic sur la vie de Marcel Marceau, et qu'on ne connaît le personnage qu'à travers l'art du mime, on ne s'attend pas du tout à ce que l'on voit dans le film. Connaissiez-vous cet aspect de sa vie avant qu'on ne vous parle de ce projet ?
    Félix Moati : Pas du tout.
    Clémence Poésy : Moi non plus.
    Félix Moati : Je suis d'ailleurs très peu familier, en règle générale, du travail du mime Marceau. Et encore moins de ses actions dans la Résistance française pendant la Seconde Guerre Mondiale. Je n'en savais rien.

    Vous dites être peu familier de son art mais est-ce qu'il n'y a pas, malgré tout, un héritage, des aspects de son travail d'artiste qui sont parvenus jusqu'à vous et vous servent, pour la physicalité d'un rôle notamment ?
    Félix Moati : Tout dépend du projet, mais dans quelque chose de burlesque oui. Ou chez Wes Anderson [il a joué dans The French Dispatch, attendu en 2021, ndlr], avec une gestuelle un peu mécanique très huilée, pensée, rythmée. Mais après cela peut très vite passer pour du surjeu, on est au-dessus de la limite. Mais il peut y avoir quelque chose selon le projet et la volonté du metteur en scène.
    Clémence Poésy : Mon papa a beaucoup fait de théâtre, et il s'est beaucoup penché sur le clown, le mime. Donc ce sont des choses avec lesquelles j'ai pas mal grandi. Mais je n'ai pas le sentiment d'avoir le talent pour cela, car c'est d'une difficulté complètement dingue, et une vraie discipline. J'ai vaguement fait ça pendant mes études, mais j'ai très vite réalisé à quel point je n'étais pas au niveau. Mais c'est quelque chose que j'aime voir. J'aime la recherche autour de cela au théâtre.

    Et cette difficulté met en lumière la qualité de l'interprétation de Jesse Eisenberg dans plusieurs scènes du film, et que vous avez pu voir de près sur le tournage.
    Félix Moati : Ah c'est sûr ! Ne pas trop en faire et y prendre plaisir. Faire comme si c'est son art à lui qu'il peaufinait. J'ai l'impression que ça lui a plu à Jesse de faire cela, mais c'était éprouvant.
    Clémence Poésy : C'est presqu'un travail de danseur. Il y a une masse de travail monstrueuse pour que tu ne sentes plus ce travail.

    Dès que l'on attente à l'intégrité d'un être humain, il faut bien évidemment s'indigner et se révolter

    Vous êtes-vous documentés ou avez-vous rencontré des personnes qui avaient connu vos personnages respectifs pour préparer le film ?
    Clémence Poésy : Je ne sais pas si Emma a vraiment existé.
    Félix Moati : Son frère, Alain, oui. Mais quoiqu'il en soit, Jonathan [Jakubowicz], le réalisateur, a pris beaucoup de libertés avec la biographie de tous ces personnages. Il y a beaucoup de fiction derrière le côté histoire vraie. De mon côté j'ai lu des choses sur le mime Marceau, mais nous n'avons rencontré personne.
    Clémence Poésy : Et j'ai surtout senti que Jonathan se servait avant tout de cette histoire pour raconter la place de l'art face à l'horreur du monde, et que nous étions là pour servir cette fable aussi, quand bien même mon personnage n'aurait pas vraiment existé.

    Au même titre que l'art face à l'horreur ici, on a le sentiment qu'il y a, aujourd'hui, de plus en plus de films qui parlent de courage et de résistance face à l'oppresseur. Pensez-vous que ce soit une manière d'avertir, de faire en sorte qu'on ne retombe pas dans les même extrêmes alors que le monde est troublé ?
    Félix Moati : Tout n'est pas comparable. Toutes les barbaries ne se valent pas. Dès que l'on attente à l'intégrité d'un être humain, il faut bien évidemment s'indigner et se révolter, mais tout ne se vaut pas. C'est très bien qu'il y ait des voix contestataires en ce moment, mais je trouve regrettable que l'on ait à faire des piqûres de rappel. On sait, en regardant l'Histoire de l'humanité, que l'on est capables de pires monstruosités. Avant la Shoah, il y avait eu d'autres catastrophes collectives, donc il faut constamment rester vigilants.

    Et cela nous amène à nous demander si le cinéma peut éveiller ou réveiller les consciences.
    Clémence Poésy : Je ne sais pas s'il le peut. Il parle du monde et le raconte de plein de façons différentes. Cette part de mémoire est très importante pour Jonathan, tout comme le fait de continuer à raconter cette résistance, cette horreur, et dire que l'art a pu aider, modestement. Car c'est vraiment modeste ce que l'on voit chez le personnage de Marceau : détourner l'attention pour tenter de préserver une part d'innocence chez les enfants, leur rendre l'horreur moins violente. Mais il y a l'idée d'une piqûre de rappel aussi, oui. Car c'est de plus en plus loin, ça s'efface aussi, et ça laisse la place aux théories les plus absurdes.

    Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 9 septembre 2020

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