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    Olive : rencontre avec Maud Bettina-Marie, actrice et scénariste de ce court-métrage choc sur la maternité
    18 juin 2021 à 12:00
    Vincent Formica
    Vincent Formica
    -Journaliste cinéma
    Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent Formica découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

    Olive est un court-métrage réalisé par Jean-Baptiste Delannoy, écrit et interprété par Maud Bettina-Marie. Keyvan Khojandi a produit le film et en a composé la musique. Rencontre avec les deux artistes.

    Khojandi Productions

    Disponible sur la chaîne YouTube de Maud Bettina-MarieOlive s’attache au délicat sujet de la fausse-couche, thème rarement traité, à travers le portrait d’une jeune femme confrontée à cette douloureuse épreuve. Retrouvez le lien vers le film à la fin de cette interview.

    Olive a été sélectionné au 25ème Festival du Film Court de Los Angeles (L.A. Shorts International Film Festival) où il sera projeté le 11 juillet. Il concourt dans la catégorie meilleur film dramatique international de l’année. Ce prestigieux festival ouvre les portes aux Oscars 2022, aux Bafta et aux Canadian Screen Awards en cas de prix.

    AlloCiné : Pour nos internautes qui vous découvrent en lisant cet entretien, pouvez-vous nous résumer votre parcours et comment le projet Olive a été conçu ? 

    Maud Bettina-Marie : Pour la faire mi-courte : j’ai démarré le théâtre à 13 ans, je suis montée à Paris à 21 ans pour intégrer les cours Florent et j’ai commencé ma carrière au théâtre dans des pièces plus ou moins réussies !

    Parallèlement, j’ai toujours adoré écrire et j’ai d’ailleurs commencé à « gagner ma vie » en tant qu’auteur pour la télévision (pour des programmes courts principalement), je me suis formée par la suite en écriture de scénario et notamment en écriture de série lors d’une master class de sept mois avec Frédéric Krivine.

    En 2011, il y a eu « Bref », où je tenais un rôle récurrent. En 2015, j’ai créé une première chaîne YouTube qui s’appelait « Parlons peu parlons cul », co-produite par Keyvan Khojandi et Mixicom. Puis en 2017, je crée ma chaine perso avec l’envie d’avoir son propre espace d’expression et de liberté.

    Ma chaîne m’a permis de donner vie à des courts métrages (dont « Coup de foudre » qui remporte le prix du public au festival Nikon en 2018) et surtout à des projets plus ambitieux : « Family ». Olive fait donc partie d’une collection de courts métrages.

    Olive
    Olive
    0h 12min
    De Jean-Baptiste Delannoy
    Avec Maud Bettina-Marie, Keyvan Khojandi, Aude Gogny-Goubert, Elodie Godart
    Spectateurs
    3,1

    À la base, Olive n’était pas prévu mais la vie on en a décidé autrement ; lorsque j’ai vécu cette fausse couche et après être passée par un travail thérapeutique, j’ai ressenti le besoin de transposer notre histoire à l’écran. 

    Lorsque j’ai vécu cette fausse couche et après être passée par un travail thérapeutique, j’ai ressenti le besoin de transposer notre histoire à l’écran.

    Keyvan Khojandi : Je n’ai pas démarré le théâtre à 13 ans pour ma part. Parallèlement à des études en Psychologie dont je suis diplômé d’Etat, j’ai toujours été musicien autodidacte. J’ai arpenté les cafés concerts comme guitariste chanteur pendant près de 15 ans avant de revenir à mes premiers amours : la composition.

    Vers 30 ans, j’ai décidé de m’inscrire au prestigieux Cours Simon pour y suivre une formation professionnelle en Arts Dramatiques et compléter ainsi mon travail de compositeur. En 2011, c’est le programme « Bref » qui nous projette sur le devant de la scène et à la suite duquel nous avons décidé de commencer à travailler ensemble avec Maud qui était, à l’époque, metteur en scène d’un spectacle musical et qui recherchait des musiques intimistes pour coller avec l’univers de ses personnages. 

    En 2014, j’ai créé ma société de productions « Khojandi Productions » avec l’envie d’ancrer dans le réel les nombreux projets de programmes courts et de séries que nous avions dans nos tiroirs avec Maud. La suite vous la connaissez maintenant : création et production dès 2015 et en 2017 des 2 chaînes YouTube (pour lesquelles j’ai signé aussi tous les habillages et les musiques originales) et avec l’émergence des nouveaux fonds du CNC Talent : l’envie de raconter des histoires plus longues de manière beaucoup plus ambitieuse sur le plan cinématographique.

    Chaque projet nous a permis de faire nos armes et de nous élever un peu plus à chaque fois à tous les niveaux. Mais le fil conducteur restera l’envie de créer de belles histoires. Et c’est ce que nous continuons à faire au quotidien.

    Khojandi Productions
    Keyvan Khojandi et Maud Bettina-Marie dans Olive

    Olive aborde de manière frontale le thème de la fausse couche et du traumatisme qu'il peut engendrer, pourquoi ce sujet était si important à vos yeux ? 

    Maud : Déjà parce qu’il est personnel. Cette fausse couche a été traumatisante pour moi, je n’arrivais pas à accepter cette tristesse parce que la fausse couche est minimisée par la société. Je ne pensais pas que ça pouvait m’atteindre autant et j’ai finalement décidé de suivre une psychothérapie.

    L’écriture est un formidable exutoire, le meilleur me concernant et l’idée était de transcender mon histoire personnelle en histoire universelle à travers un film.

    Il y a ce tabou autour de la fausse couche mais également autour des trois premiers mois de grossesse, on demande aux couples de ne rien dire, de faire comme si elle n’existait pas.

    Vous n'hésitez pas à montrer qu'une fausse couche peut être vécue comme un véritable choc, un peu comme un stress post-traumatique, est-ce que vous vouliez ainsi dénoncer certains clichés qui minimisent ce que peuvent vivre les femmes ? 

    Complètement ! Il y a ce tabou autour de la fausse couche mais également autour des trois premiers mois de grossesse, on demande aux couples de ne rien dire, de faire comme si elle n’existait pas, par superstition, alors qu’elle est déjà tellement présente et votre corps est là pour vous le rappeler !

    Chacun et chacune le vit comme il peut et si le deuil est plus long pour certaines, c’est Ok ! C’est un deuil si particulier à faire et tellement légitime.

    Ce qui m'a beaucoup ému dans le film, c'est le fait de montrer que la voie de la guérison passe par le fait d'accepter que le bébé perdu existait vraiment, même s'il faisait la taille d'une olive. Or, j'ai l'impression que dans notre société qui prône un individualisme débridé, on ne fait plus attention à ça, qu'on banalise la souffrance que peut engendrer la perte d'un enfant, quel que soit le stade de la grossesse. Est-ce que vous partagez ce sentiment ? 

    Maud : Tout à fait ! On a l’impression que la tristesse de la personne se mesure en terme de centimètres de l’embryon. Alors que dès le début, ce bébé était tellement voulu et j’ai aimé ce bébé, je me suis sentie maman dès que j’ai vu les deux traits sur mon test de grossesse.

    Vous êtes un couple à l'écran mais aussi dans la vie, comment on collabore quand on est si proches et qu'on doit aborder un sujet aussi délicat ? Et surtout, comment se préserver en interprétant des personnages qui peuvent autant nous toucher ? 

    Maud : Le temps ! Il a fallu du temps pour que je fasse le deuil, tourner ce film trop tôt aurait pu être dévastateur, à une époque je n’arrivais pas à évoquer ma fausse couche sans fondre en larmes.

    J’ai fait mon deuil, je suis retombée enceinte, on a eu notre fils et ensuite, je me suis mise à écrire notre histoire. Quand on a commencé à travailler ensemble sur Olive, on était prêts.

    Khojandi Productions
    Maud Bettina-Marie dans Olive

    Maud, vous avez porté ce projet en l'écrivant et en l'interprétant, pourquoi avoir choisi de ne pas passer derrière la caméra également ?

    Déjà, tout le projet Family a été réalisé par mon frère, Jean-Baptiste Delannoy donc c’était évident qu’il allait également réaliser Olive. Ensuite, il fallait un regard extérieur pour que je me laisse porter. J’ai écrit le film et j’ai fait une entière confiance en mon frère pour le mettre en image.

    Et j’ai bien fait, sa réalisation est subtile et élégante, intime et poétique. Ses images sont magnifiques. Il faut bien souligner le travail admirable de toute l’équipe technique qui a porté ce film avec nous.

    Keyvan, quelle a été votre ligne directrice pour la composition de la très belle musique qui accompagne le film ?

    Avec une histoire comme celle-ci, rajouter trop de drame avec la musique eut été un peu lourd. Par conséquent l’idée était d’accompagner l’évolution du personnage de manière très aérienne et onirique. Rien de terrien, de trop dramatique. D’où les sonorités « dreamy pop » de la BO.

    J’ai choisi aussi des sonorités qui nous connectent à la thématique de l’eau présente tout au long du film que ce soit les environnements physiques dans lesquels évoluent les personnages mais aussi l’environnement intra utérin dans lequel Olive a vu le jour. 

    Je crois profondément en la culture du thème principal qui se décline. C’est un leitmotiv dans chacune de mes créations de musiques à l’image.  Avec Olive, la principale difficulté a été de rester sur un fil tout au long du film. Il fallait que la musique appelle la lumière et l’espoir.

    Je crois profondément en la culture du thème principal qui se décline. C’est un leitmotiv dans chacune de mes créations de musiques à l’image.

    Pouvez-vous nous parler de votre futur projet de long-métrage ? 

    NOS futurs projets ! Nous avons plusieurs projets en développement, Olive en long métrage en fait partie, parce qu’évidemment le format court ne m’a pas permis de raconter toute l’histoire. Nous avons également un projet de comédie pure et une comédie musicale déjà bien avancée. Et puis plein d’autres idées en tête !

    DÉCOUVREZ OLIVE SUR LA CHAÎNE YOUTUBE DE MAUD BETTINA-MARIE

     

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    Commentaires
    • Ashen One
      Hors sujet -> le thème de l'article ce n'est pas la grossesse mais la fausse couche.et mauvaise foi totale ->la réalisatrice ne cherche pas à faire de l'art, à créer, mais à passer un message, d'où son film et cette interview, qui n'est pas réservée qu'aux femmes, et encore moins qu'aux mères.Et tout comme elle a le droit d'avoir son opinion, j'ai le droit d'avoir la mienne et de confronter mes idées aux siennes.Enfin, non elle ne parle pas plus d'expériences réelles que je la ramène avec les séries télés, nous sommes sur un site d'œuvres cinématographiques, sur un article qui nous présente un film abordant la fausse couche comme un sujet de société sponsorisé comme nouveau et peu abordé, alors que les différents médias populaires en parlent à foison depuis 20 ans, et que tous ses exemples se révèlent fortement exagérés voir totalement fantasmés comme jamais illustrés.Encore une barbare pas capable de gérer ses émotions et qui voudrait faire la leçon ...Quand vous aurez appris à avoir un discours cohérent et argumenté, vous repasserez, en attendant, au travail, y'en a apparemment besoin.
    • Ashen One
      Pfff ...Le sujet est juste abordé dans quasiment toutes les séries drama depuis 20 ans, de Beverly Hills, à Dawson, d'Urgences à NY unité spéciale, de Sex & the City à Desperate Housewives, etc ...Encore une fois, la propagande féministe affirme l'objectivation d'un sentiment sans rien démontrer :- Il y a ce tabou autour de la fausse couche mais également autour des trois premiers mois de grossesse, on demande aux couples de ne rien dire, de faire comme si elle n’existait pas. -> non c'est comme tout, les gens se taisent quand ils n'ont pas envie de s'afficher, pour de multiples raison. Enfin personne n'a jamais laissé insinuer qu'il aurait préférer ne rien savoir de la grossesse au cas où son ami ferait une fausse couche ...- la fausse couche est minimisée par la société -> comment ? par quel processus ?- la guérison passe par le fait d'accepter que le bébé perdu existait vraiment, même s'il faisait la taille d'une olive. Or, j'ai l'impression que dans notre société qui prône un individualisme débridé, on ne fait plus attention à ça, qu'on banalise la souffrance que peut engendrer la perte d'un enfant, quel que soit le stade de la grossesse -> ce n'est qu'une impression, teintée de mauvaise foi à mon avis ... je n'ai jamais entendu autre chose que on ne devrait jamais avoir à enterrer son enfant.
    • Ashen One
      Pfff ...Le sujet est juste abordé dans quasiment toutes les séries drama depuis 20 ans, de Beverly Hills, à Dawson, d'Urgences à NY unité spéciale, de Sex & the City à Desperate Housewives, etc ...Encore une fois, la propagande féministe affirme l'objectivation d'un sentiment sans rien démontrer :- Il y a ce tabou autour de la fausse couche mais également autour des trois premiers mois de grossesse, on demande aux couples de ne rien dire, de faire comme si elle n’existait pas. -> non c'est comme tout, les gens se taisent quand ils n'ont pas envie de s'afficher, pour de multiples raison. Enfin personne n'a jamais laissé insinuer qu'il aurait préférer ne rien savoir de la grossesse au cas où son ami ferait une fausse couche ...- la fausse couche est minimisée par la société -> comment ? par quel processus ?- la guérison passe par le fait d'accepter que le bébé perdu existait vraiment, même s'il faisait la taille d'une olive. Or, j'ai l'impression que dans notre société qui prône un individualisme débridé, on ne fait plus attention à ça, qu'on banalise la souffrance que peut engendrer la perte d'un enfant, quel que soit le stade de la grossesse -> ce n'est qu'une impression, teintée de mauvaise foi à mon avis ... je n'ai jamais entendu autre chose que on ne devrait jamais avoir à enterrer son enfant.
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