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    Les amours d’Anaïs par sa réalisatrice : "il fallait que la question de l'orientation sexuelle n'en soit pas une"
    16 sept. 2021 à 10:30
    Mégane Choquet
    Mégane Choquet
    -Journaliste ciné et séries Streaming
    Journaliste spécialisée dans l'offre ciné et séries sur les plateformes quel que soit le genre. Ce qui ne l'empêche pas de rester fidèle à la petite lucarne et au grand écran.

    Actuellement au cinéma, Les amours d’Anaïs est le premier long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet, qui réunit Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi et Denis Podalydès. Rencontre à Cannes où le film était présenté à la Semaine de la Critique.

    AlloCiné : Vous étiez déjà venue présenter votre court métrage Pauline asservie à la Semaine de la Critique et vous revoilà dans la même sélection avec votre premier long métrage Les amours d'Anaïs. C’est une jolie façon de revenir au Festival de Cannes.

    Charline Bourgeois-Tacquet : J'en suis très heureuse. C'était déjà fou d'être là avec mon premier court métrage il y a trois ans et je dois dire qu'il y avait un endroit où j'avais envie d'être avec le long, c'était la Semaine de la Critique. Parce que c'est une sélection qui découvre des jeunes cinéastes, qui a découvert énormément de cinéastes qui comptent pour moi. Et puis j'aime leur regard, leur enthousiasme, leur ferveur et la manière dont ils accompagnent les films.

    Les Amours d’Anaïs
    Les Amours d’Anaïs
    1h 38min
    De Charline Bourgeois-Tacquet
    Avec Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès, Jean-Charles Clichet, Xavier Guelfi
    Presse
    3,7
    Spectateurs
    3,3
    Séances (43)

    Qu’est-ce qui vous a donné l’inspiration pour écrire Les amours d’Anaïs ?

    Les amours d'Anaïs est un projet que j'avais depuis longtemps, j'avais envie d'écrire cette histoire de triangle amoureux, de désir un peu nouveau, d'attirance d'une jeune femme pour une autre femme. J'avais une première version de scénario avant le court métrage, et après avoir fait le court avec Anaïs Demoustier, j'ai eu envie de réécrire pour que le personnage principal soit plus proche du personnage de Pauline, dans tout ce qu'elle peut avoir d'excessif et de comique. J'ai donc réécrit le scénario en pensant à Anaïs Demoustier.

    Vous avez donc fait exprès de donner son prénom à l'héroïne du film ?

    Alors, j'avais une liste de trois prénoms pour ce personnage. La raison pour laquelle j'avais Anaïs dans ma liste, c'est que je voulais que ce soit un prénom qui ne soit pas marqué socialement. Et évidemment, quand j'ai su que ça allait être Anaïs Demoustier, j'ai choisi celui là exprès parce que j'aime bien brouiller le réel et la fiction. C'était une manière de m'amuser un peu avec ça.

    Haut et Court

    Vous vous attaquez à une période charnière dans la vie d’une personne : la trentaine, le cap de tous les questionnements, de la recherche et Anaïs se cherche beaucoup et part dans tous les sens. Ce mouvement se ressent beaucoup dans le montage, le film est très rythmé. Vous aviez l’intention de construire le film de cette manière dès le début ?

    Évidemment. C'était déjà le cas avec le court métrage, qui était un film sur l'attente amoureuse, mais là c'était un vrai défi pour moi de faire un long métrage très rythmé dans lequel on ne s'ennuie pas. Mais ça passe aussi beaucoup par les dialogues, en fait.

    Pour le long, j'avais envie de retrouver ce personnage tourbillonnant, avec une parole qui dicte l'énergie de son corps qui entraîne la mise en scène. Il y a quelque chose de très physique dans sa manière de parler. Ensuite, je travaille beaucoup cette énergie, cette vitesse et ce mouvement sur le tournage en faisant des plans séquence assez chorégraphiés, en demandant beaucoup de déplacement aux acteurs.

    J'ai demandé à Anaïs de jouer, bouger et parler rapidement. Après, ça se retravaille au montage. Par exemple, au premier visionnage du film, j'ai coupé vingt minutes. Il y a beaucoup de scènes qui ont sauté parce que j'avais envie que les choses décollent. Le montage est un moment crucial.

    Vous parliez des mouvements de la parole. Effectivement, Anaïs parle très vite. Est-ce qu'il y avait de la place pour de l'improvisation ou est-ce que tout était très écrit ?

    Aucune improvisation. Tous les dialogues sont écrits à la virgule près. J'ai la chance qu'Anaïs Demoustier soit très à l'aise avec le fait d'apprendre beaucoup de texte et de le restituer tel quel. Elle s'est appropriée les dialogues avec beaucoup d'aisance et c'était assez fabuleux.

    Haut et Court

    Vous connaissiez déjà Anaïs Demoustier mais c'est la première fois que vous travaillez avec Valeria Bruni Tedeschi. Comment s'est passée la collaboration avec elle ?

    J'ai adoré travailler avec Valeria. Encore aujourd'hui, quand je vois le film, je suis subjuguée, je la trouve sublime. C'était assez intéressant parce que j'avais envie de lui proposer ce personnage qu'elle a rarement joué, voire presque jamais, c'est-à-dire une femme solide, puissante, accomplie.

    Et Valeria aime bien faire rire donc les premiers jours de tournage, elle était assez déstabilisée. Je pense même qu'elle était un peu frustrée parce qu'elle voyait qu'Anaïs et Denis [Podalydès, ndlr] nous faisaient rire.

    Je n'avais vraiment pas envie qu'elle soit en souffrance sur le tournage mais j'ai quand même tenu bon, je lui ai expliqué qu'il fallait qu'elle me fasse confiance et que son personnage allait être marquant même s'il ne faisait pas rire. Et elle a fini par comprendre ce que j'avais derrière la tête et par accepter de s'abandonner.

    Il fallait que la question de l'orientation sexuelle n'en soit pas une et que le personnage ne se la pose jamais. Parce que la seule chose qui guide Anaïs, c'est son désir.

    Le duo Anaïs Demoustier - Valeria Bruni Tedeschi fonctionne à merveille. Elles apportent beaucoup de lumière à cette relation entre le désir sexuel mais aussi une certaine fascination intellectuelle. C'était important qu'il y ait aussi cet aspect cérébral dans la relation ?

    C'est vrai que le personnage d'Anaïs éprouve à l'égard de celui de Valeria tout un cortège de sentiments, de l'intérêt, de la curiosité, de l'admiration mais aussi de la projection et de l'identification. Elle se dit peut-être "Ah, j'aimerais bien être comme ça plus tard". Le fait que ce soit une écrivaine, une intellectuelle n'est pas anodin, c'est une histoire de désir et d'amour qui passe aussi par la reconnaissance intellectuelle, un échange entre deux sensibilités, deux subjectivités.

    Haut et Court

    Ce qui est intéressant dans cette histoire, c'est qu'Anaïs ne se pose pas du tout de question sur sa sexualité. Elle ressent du désir pour quelqu'un, peu importe son genre, et elle fonce.

    Oui, il fallait que la question de l'orientation sexuelle n'en soit pas une et que le personnage ne se la pose jamais. Parce que la seule chose qui guide Anaïs, c'est son désir. Et elle a cette capacité à suivre son désir de manière aveugle, sans se poser de questions. Elle se laisse emporter par ses pulsions et ses envies. Je trouvais ça beau qu'elle aille jusqu'au bout sans se poser de questions.

    En terme de mise en scène, est-ce qu'il y a des films qui vous ont inspiré ? Même s'il y a beaucoup de rythme avec les dialogues, il y a des séquences plus posées, de silence et de jeux de regards, avec en fond des décors splendides.

    Ce qui était important pour moi, c'était vraiment l'énergie, la vitesse, le mouvement et avec mon chef opérateur, on avait une référence : Éric Gautier, le chef opérateur des premiers films d'Arnaud Desplechin, d'Olivier Assayas et de Patrice Chéreau. C'est beaucoup de plans séquences, très fluides, très chorégraphiés. Et j'ai accordé, en effet, beaucoup d'attention aux décors.

    Le film commence à Paris et plus on avance, plus il s'ouvre quand on arrive à la campagne verdoyante en Bretagne et vers la fin on est carrément au bord de la mer avec cet horizon infini. Sans vouloir tomber dans trop de symbolisme, c'était aussi une trajectoire vers la liberté et le fait de suivre son désir jusqu'au bout et sans limites.

    Propos recueillis par Mégane Choquet le 11 juillet 2021 à Cannes.

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    Commentaires
    • steven
      Hâte de voir ça, ça me fait penser au très sympathique A trois on y va.PS : Anaïs, je t'aime. Bisous.
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