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    Le Traducteur : "Les femmes ont été un pilier de la révolution syrienne"
    13 oct. 2021 à 10:00
    Vincent Formica
    Vincent Formica
    -Journaliste cinéma
    Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent Formica découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

    Le Traducteur nous emmène en Syrie, au coeur de la répression des citoyens manifestant pour la dignité et la liberté. Rencontre avec deux cinéastes engagés autour de cette oeuvre percutante.

    Réalisé par Rana Kazkaz et Anas KhalafLe Traducteur nous conte une histoire poignante en partie tirée d'une histoire vraie. En 2000, Sami était le traducteur de l’équipe olympique syrienne à Sydney. Un lapsus lors de la traduction le contraint à rester en Australie, où il obtient le statut de réfugié politique. En 2011, la révolution syrienne éclate et le frère de Sami est arrêté pendant une manifestation pacifique. Malgré les dangers il décide de tout risquer et de retourner en Syrie pour aller le libérer.

    Les cinéastes, très engagés dans le combat pour la liberté dans leur pays d'origine, ont répondu à nos questions autour de ce long-métrage au message politique puissant et important.

    Le Traducteur
    Le Traducteur
    1h 45min
    De Rana Kazkaz, Anas Khalaf
    Avec Ziad Bakri, Yumna Marwan, David Field, Sawsan Arsheed, Miranda Tapsell
    Presse
    3,2
    Spectateurs
    2,9

    AlloCiné : Pouvez-vous nous expliquer l'origine du projet ? 

    Rana Kazkaz et Anas Khalaf : Nous vivions en Syrie en mars 2011 avec nos deux enfants quand la révolution a eclaté. Immédiatement, nous avons su qu’il fallait faire un film sur ces événements historiques. Nous avons commencé a créer une histoire de deux frères : un activiste et un aux antipodes de cela, un traducteur qui se cache derrière les mots des autres pour exister ! 

    L'intrigue autour du problème de traduction est-elle basée sur une histoire vraie ? 

    Pas exactement. L’équipe olympique syrienne à sydney avait bel et bien un traducteur, mais il n’a pas fait d’erreur de traduction. Toutefois, nous avons entendu plusieurs histoires de lapsus ou erreurs infimes de traduction qui ont entrainé l’arrestation, voire la torture de leurs auteurs, en Egypte mais aussi en Irak, en plus de la Syrie.

    Cela nous semblait un point de départ tellement dramatique pour notre protagoniste, et aussi une prise de conscience pour les spectateurs occidentaux de la gravité des conséquences d’une telle erreur, pourtant infime, dans ces pays.

    Le silence n’est pas une option.

    Pourquoi ce personnage de Sami est-il important pour vous ? 

    Sami représente tous ces gens à travers le monde qui ont besoin de prendre le risque de dire tout haut ce pour quoi ils se battent et ce à quoi ils aspirent. Le silence n’est pas une option.

    Pourquoi avoir choisi Ziad Bakri pour le rôle principal ? 

    Nous avons travaillé avec lui sur notre court-metrage Mare Nostrum, nous pensons qu’il est un des meilleurs acteurs au monde. Il est devenu notre muse. Le script a été écrit en pensant à lui pour le rôle de Sami. 

    Dans quels décors avez-vous tourné pour recréer la Syrie ? 

    Nous avons tourné à Amman et dans la banlieue de Amman. Nous avons vécu en Jordanie entre 2014 et 2017, donc nous avons eu le temps de prendre connaissance des quartiers et des lieux qui ressemblent le plus à Damas. Nous voulions créer une illusion pour que le spectateur croit qu’il regarde Damas sur l’écran, même le spectateur qui connaît la capitale syrienne ! 

    Avez-vous rencontré des difficultés et des pressions de la part du gouvernement Syrien pour vous dissuader de faire ce film ? 

    Non, pas de la part de la Syrie. Mais la Jordanie, même si elle nous a accordé les permis de tournage pendant 5 semaines, a été plutot inquiète de voir ce que nous étions en train de créer, avec la reconstitution de scènes de manifestations pacifiques reprimées dans le sang par le régime syrien.

    Au final, la commission du cinéma jordanien a preferé ne pas apparaître au générique du film. Aujourd’hui on comprend pourquo. Il y a une semaine, le rapprochement entre Damas et Amman a ete enclenché après 10 années de silence radio entre les 2 capitales.

    GEORGES FILMS
    Ziad Bakri incarne Sami

    Comment parvenir à monter un financement avec un sujet aussi sensible ? 

    Avec beaucoup de patience, énormément de persévérance et un peu de chance ! Nous avons dû frapper à la porte de nombreux pays pour aller chercher des financements et des subventions audelà de la France et meme au-delà de l’Europe !

    Par exemple, l’Allemagne ou encore la Norvège ont dit non, mais la Suisse et la Belgique ont dit oui à cette histoire. Au final ce film est une co-production entre 8 pays, sur 4 continents.

    Les femmes ont été un pilier de la révolution syrienne.

    Vous montrez aussi la situation difficile des femmes en Syrie à travers des personnages différents et forts comme Loulou (Sawsan Arsheed) et Karma (Yumna Marwan). Quel est votre regard sur la place des femmes dans votre pays d'origine ? 

    Nous connaissons beaucoup de femmes fortes dans nos familles et parmi nos amis. Par conséquent, cela etait une évidence pour nous de créer des personnages féminins forts dans cette histoire. Les femmes ont été un pilier de la contestation et de la révolution syrienne.

    Comment travaillez-vous à deux réalisateurs sur le plateau ? 

    Nous essayons de travailler en totale symbiose, en prenant toutes les decisions ensemble, comme si nous n’étions qu’un ! Evidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire car nous avons aussi chacun notre propre sensibilité et nos propres émotions à gérer devant les images qui se créent sous nos yeux. Le plus important est d’avoir la même vision du film que nous voulons faire.

    La situation n’a cessé de se dégrader depuis 10 ans, entre la guerre civile, puis les armes chimiques, l’avènement de Daech.

    Est-ce que la situation en Syrie a-t-elle évoluée selon vous, depuis la révolution de 2011 ? 

    Non, elle a plutot régressé ! La situation n’a cessé de se dégrader depuis 10 ans, entre la guerre civile, puis les armes chimiques, l’avènement de Daech, l’intervention des russes et des iraniens. Il y a aussi eu le Hezbollah puis des combattants étrangers envoyés en Syrie, l’exode de millions de refugiés vers l’etranger, le déplacement de millions de syriens à l’intérieur de la Syrie. C'est une tragédie.

    Est-ce que les événements récents en Afghanistan ont détruit définitivement les espoirs suscités par les Printemps arabes ? 

    Les espoirs suscités par les Printemps arabes ont été détruits par les intérêts des politiciens des grandes puissances, mais aussi le mépris et le dédain de la communauté internationale pour ces peuples qui manifestaient pacifiquement pour leurs droits les plus basiques, liberté et dignité, alors qu’ils vivaient dans des dictatures impitoyables. 

    Quel regard portez-vous sur la prise de pouvoir des Talibans ? Peut-on dire que la situation de 2011 en Syrie s'est répétée en Afghanistan ? 

    La re-prise du pouvoir par les Talibans a pris (presque) tout le monde de court, et tout cela s’est passé très très rapidement. Toute la difficulté pour cette milice de 70.000 hommes est de se maintenir au pouvoir dans un pays de 38 millions d’habitants, c’est là le vrai challenge pour les Talibans, pas aussi facile que cela en a l’air. 

    La situation en Syrie est totalement inverse, la milice au pouvoir a vu des millions de citoyens descendre dans la rue pour réclamer leurs droits. Daech est apparu sur la scène régionale puis internationale 2 ans plus tard, à la fin 2013.

    Il faudrait que les grandes puissances de ce monde laissent les citoyens du Moyen-Orient prendre leur destin en main.

    Comment sortir de cette spirale autoritaire au Moyen-Orient ? 

    Compliqué, il faudrait que les grandes puissances de ce monde laissent les citoyens du Moyen-Orient prendre leur destin en main.

    Avez-vous un nouveau projet sur le feu ? Pouvez-vous nous en dire un mot ? 

    Oui ! 2 autres films sur la Syrie :  Le Photographe, sur l’incroyable épopée de César, le transfuge syrien qui a exfiltré de Syrie 50.000 photos des syriens torturés par le régime pour les présenter à l’ONU en vue de faire tomber Bachar el-Assad. 

    Honest Politics, l’histoire d’une femme embauchée par un politicien syrien en vue de lui apprendre comment manier l’anglais afin de susciter de l’empathie malgré les actions violentes de son gouvernement.

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