Cas d’école
Lorsqu'un incident se produit à l'école, les parents des jeunes Armand et Jon sont convoqués par la direction. Mais tout le monde a du mal à expliquer ce qu'il s’est réellement passé. Les récits des enfants s’opposent, les points de vue s’affrontent, jusqu’à faire trembler les certitudes des adultes…
Récompensé par la Caméra d’or au dernier Festival de Cannes, La Convocation est le premier long métrage du cinéaste norvégien Halfdan Ullmann Tøndel. Servi par son esthétique magnétique autant que par sa tension, presque palpable, ce huis clos captivant doit aussi beaucoup à ses personnages. Des parents d’élèves au personnel de l’école, tour d’horizon des différents personnages avant de découvrir leurs secrets au cinéma, le 12 mars prochain.
Un duel d’actrices au sommet
Si La Convocation est le premier film du réalisateur Halfdan Ullmann Tøndel, le long-métrage fait office de véritable confirmation pour la comédienne Renate Reinsve. Il marquait en effet son grand retour au Festival de Cannes, près de trois ans après le triomphe de Julie (en 12 chapitres), qui lui avait valu de décrocher le prestigieux prix d’interprétation féminine. Une fois encore, la comédienne livre dans La Convocation une performance absolument vertigineuse , entre manipulations et fragilités.
En effet, Renate Reinsve incarne Elisabeth, la mère du petit Armand. Lorsque ce dernier est accusé par l’un de ses camarades d’une agression, Elisabeth est convoquée par l’équipe pédagogique, puis confrontée aux parents de la victime supposée. S’engage alors un jeu de faux-semblants, puisque tous les protagonistes de l’affaire semblent liés les uns aux autres par des événements de leur passé. Elisabeth parviendra-t-elle à innocenter son fils ?
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Face à Elisabeth, Sarah fait office de figure d’opposition. Mère de Jon, le jeune garçon prétendument violenté par Armand, elle prend particulièrement à cœur la défense de son enfant. Mais ce combat est-il vraiment sa priorité ? En effet, de vieilles querelles semblent l’opposer à Elisabeth, à tel point que le conflit des enfants semble progressivement devenir celui des adultes…
C’est à l’actrice Ellen Dorrit Petersen que Halfdan Ullmann Tøndel a confié le rôle de Sarah, un personnage de prime abord antipathique mais en réalité infiniment plus complexe. Un choix qui, pour le cinéaste, est apparu comme une évidence.
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“Ellen est l’une des meilleures actrices norvégiennes et son talent est incontestable, explique-t-il. On a rencontré bon nombre d’actrices pour ce rôle, et de styles très différents. Mais j’ai senti, pendant le casting, qu’Ellen était très ouverte, curieuse, courageuse, et que son alchimie avec Renate était très intéressante. C’est vraiment ce qui m’a décidé.”
Si la comédienne s’était déjà illustrée dans la catégorie “Un certain regard” du Festival de Cannes en 2021, pour sa prestation dans The Innocents, ce nouveau rôle face à Renate Reinsve ne rend sa performance, toute en secrets et en fragilités, que plus captivante.
Mais la lutte ne se limite pas à ces figures maternelles, tiraillées entre leur passé trouble et l’envie de défendre leur enfant. En effet, le personnel de l’école fait tout ce qu’il peut pour les accompagner dans leurs échanges. Du moins, c’est ce que les spectateurs pourraient croire…
Un vision satirique et pessimiste du système scolaire
Présente tout au long de la discussion entre les parents, l’équipe pédagogique joue un rôle médiateur entre les deux partis. Parmi eux figure la jeune institutrice Sunna (Thea Lambrechts Vaulen), mais aussi le directeur Jarle (Øystein Røger). Bien vite, leur apparente assurance s’estompe pour laisser apparaître les failles de leur fonctionnement.
D’abord, Sunna. Enseignante de Jon et d’Armand, elle semble vouloir faire de son mieux, malgré son manque d’expérience et la pression que sa direction fait peser sur ses épaules. Pourtant, Sunna n’a pas été directement témoin de l’incident. Elisabeth, Sarah et Anders peuvent-ils vraiment lui faire confiance ?
Celui qui fait pression sur Sunna, c’est Jarle, le directeur de l’école où Jon et Armand sont scolarisés. Pédagogue expérimenté, il est surtout prêt à tout pour maintenir la réputation de son établissement, quitte à manipuler l’affaire. Pourtant, ses problèmes de santé de plus en plus récurrents semblent le mettre en difficulté, voire dans l’incapacité d’exercer son jugement…
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Symboles d’un système scolaire défaillant et surmené, ces personnages, figures d’un enseignement tantôt inexpérimenté, tantôt vieillissant, peinent à jouer leur rôle de médiateurs et, pire, à simplement entrevoir la vérité dans cette trouble affaire d’agression.
Une incapacité à prendre des initiatives symptomatique de la Norvège, d’après le cinéaste Halfdan Ullmann Tøndel : “À mon sens, étant donné l’importance de l’État dans la gestion du pays (ce qui est une bonne chose), c’est sans doute plus difficile pour nous de prendre des initiatives individuelles et d’assumer la responsabilité d’événements qui peuvent se produire, surtout au sein d’institutions gérées par la puissance publique.
En poussant cette réalité jusqu’à la satire, si on n’a pas un document décrivant la situation exacte, et le mode d’emploi pour y faire face, alors personne ne sait quoi faire, regrette-t-il. Du coup, le moindre incident qui se produit dans les écoles, les hôpitaux, les bureaux d’aides sociales etc., qui sort un peu de la norme, peut se révéler un énorme problème pour chacune de ces institutions – et on dépend, d’une certaine manière, de gens qui osent prendre des décisions à l’échelle individuelle.”
Drame magnétique doublé d’une satire mordante du système éducatif, La Convocation est à découvrir en salle dès le 12 mars.