Blade Runner : la géniale astuce qui a permis de créer ce détail mémorable dans le chef-d'oeuvre de Ridley Scott
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Dans le chef-d'oeuvre de Ridley Scott, un des moyens pour détecter un réplicant est le fameux reflet doré dans leurs yeux, trahissant leur véritable nature. A une époque où les CGI n'existaient évidemment pas, comment ont-ils créé ce génial détail ?

Trois ans seulement après Alien, Ridley Scott bouleverse à nouveau le paysage de la science-fiction avec son adaptation du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? signé par Philip K. Dick.

Considéré à juste titre comme un des plus grands films de l'Histoire du cinéma, Blade Runner est une oeuvre séminale du genre Cyberpunk, selon William Gibson, écrivain américain et "Pape" du Cyberpunk. Blade Runner a influencé -et continue de le faire- des générations de cinéastes et créateurs de jeux vidéo.

Quant à Scott, il le disait lui-même : "Blade Runner est mon film le plus accompli et le plus personnel". Une vision portée aussi grâce au fabuleux travail du Designer Industriel Syd Mead, et un immense artiste derrière les effets visuels, Douglas Trumbull. Mais ce monument de la SF ne serait certainement pas devenu aussi culte sans son extraordinaire BO signée par Vangélis, qui a durablement hanté notre mémoire cinéphilique.

Reflet dans un oeil d'or

Parmi les tours de force du film de Scott se trouve notamment un élément capital dans l'intrigue du film. C'est le fameux reflet doré dans l'oeil des réplicants, qui trahit leur nature, et qui est toujours montré à un moment ou à un autre par le cinéaste, dans un subtil mouvement de caméra. Même Deckard, incarné par Harrison Ford, n'y échappe pas, ce qui a évidemment longtemps alimenté la spéculation sur la nature même de son personnage; à savoir s'il est humain, ou pas.

A une époque où les CGI étaient évidemment absents, ce trucage concernant le reflet doré dans l'oeil était une vraie prouesse; en tout cas une trouvaille de génie. Ridley Scott l'a d'ailleurs raconté dans un entretien accordé à Wired en 2017, dans le sillage de la promotion de Blade Runner 2049, dont il est le producteur.

"Je réalise le film à une époque où le terme "numérique" n'existe même pas. J'ai dit : "Comment diable puis-je différencier un réplicant ?" J'ai besoin d'avoir de la lumière dans leurs yeux [...]. Je veux que ce soit là occasionnellement, pour que ce ne soit pas insistant, sinon ça deviendrait trop robotique. De temps en temps, je veux un éclat. Alors [Douglas Trumbull] a dit : "Laisse-moi y réfléchir". C'est typique de Doug, qui a trouvé un simple demi-miroir".

Warner Bros.

Pour faire apparaître l'éclat dans l'œil d'un réplicant, comme c'est le cas dans la fameuse scène avec Rachael (Sean Young) pendant qu'elle fume une cigarette en répondant aux questions de Deckard via son test de Voight-Kampff, il fallait orienter une petite lumière dans un miroir hors champ.

"Vous avez une feuille de verre qui est un demi-miroir, et le miroir est monté sur la caméra devant l'objectif à un angle de 45 degrés. Et d'un côté, juste derrière la caméra, se trouve ce qu'à l'époque nous appelions un 'pup', une très petite lumière qui est sur un gradateur.

Vous l'augmentez simplement avec le sujet assis ici, regardant droit dans la caméra, vous augmentez cette lumière, qui se reflète du miroir, dans l'objectif, mais qui n'a pas été photographiée dans la caméra. Et quand elle bougeait, vous obteniez une lumière dorée sur la rétine" explique Scott.

Revoici d'ailleurs la scène, pour le plaisir..

Avec les outils désormais disponibles, on imagine facilement qu'un tel effet visuel serait aujourd'hui presque dérisoire de simplicité à faire. Une autre époque...

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