Quand une cuisine devient huis clos brûlant
C’est le coup de feu dans la cuisine du Grill, restaurant très animé de Manhattan. Pedro (Raúl Briones), cuisinier rebelle, tente de séduire Julia (Rooney Mara), l'une des serveuses. Mais quand le patron découvre que l’argent de la caisse a été volé, tout le monde devient suspect et le service dégénère.
Copyright L'Atelier Distribution
Crédité pour plusieurs épisodes des séries à succès Narcos : Mexico et Andor, le réalisateur Alonso Ruizpalacios revient au cinéma avec son nouveau film : The Grill. Présenté lors de la Berlinale et récompensé du Prix Barrière du 50e anniversaire au festival du film américain de Deauville, ce 4e long-métrage prend la forme d’un huis clos – la cuisine fermée du restaurant éponyme – traversé d’énergies brûlantes : intensité du service, relations passionnelles et rancœurs personnelles, le tout pimenté d’une sombre histoire de vol… Autant d’arches narratives qui s’entremêlent derrière les fourneaux pour aboutir à un film choral d’une rare intensité.
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Chaque élément de composition de The Grill devient alors facteur de tension : l’image se brouille, saturée de figurants, rythmée par des bruits d’ustensiles omniprésents, aux allures de métronome… Serveurs et cuisiniers courent en tous sens, les mains pleines et la sueur au front, poursuivis par une hiérarchie pointilleuse prête à tout pour épingler le voleur dans leurs rangs.
Véritable fourmilière, la cuisine de The Grill ne devrait pas dépayser les amateurs de The Chef et The Bear : y règne la même tension, la même passion, mais surtout la même énergie.
Plongez dans le quotidien des travailleurs immigrés
Après Il reste encore demain et Tatami, The Grill fait lui aussi le pari du noir et blanc. Mais loin d’être un simple choix esthétique, ce parti pris révèle les intentions profondes du réalisateur, Alonso Ruizpalacios : “Habituellement, on associe la nourriture à des couleurs vives, analyse-t-il, et les films ou émissions culinaires regorgent de visuels presque “pornographiques” sur la nourriture, avec des couleurs éclatantes, des images qui font saliver. Je voulais m’éloigner de cela. Pour moi, retirer la couleur permettait de détourner l’attention de la nourriture et de la concentrer sur les visages des travailleurs. C’est une des raisons principales de ce choix esthétique.”
Car plus encore que la densité de ses arches narratives, c’est de la diversité de sa distribution que The Grill tire sa plus grande richesse : états-uniens, mexicains, marocains, blancs ou noirs de peau… La cuisine de The Grill fait la part belle à une Amérique des travailleurs immigrés, main d’œuvre essentielle trop souvent invisibilisée.
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Autant que le choix du noir et blanc, le cadre de l’intrigue – qui se déroule en plein cœur de Time Square – devient alors éminemment politique : “Pour The Grill, évidemment, c’est New York qui est au cœur du film, explique le cinéaste. Cela faisait longtemps que je voulais tourner un film sur cette ville, parce qu’elle incarne la grande histoire du Nouveau Monde, à savoir l’expérience de l’immigration.
Ce qui m’attirait, c’était de raconter l’histoire de l’autre Times Square, celui que l’on ne voit pas, celui des personnes qui font tourner cet endroit au quotidien. Ces invisibles qui permettent à cet espace d’exister.”
Huis clos brûlant doublé d’un passionnant sous-texte politique, The Grill est à découvrir dès maintenant au cinéma.