La saison 7 de Black Mirror, arrivée le 10 avril dernier sur Netflix, marque un tournant décisif dans l'univers de la série. Ou plutôt un retour aux sources, après une saison 6 qui penchait vers l'horreur.
Charlie Brooker, son créateur, nous propose cette fois une approche résolument plus humaine et émotionnelle, où l'amour et la complexité des relations humaines constituent le cœur battant de la saison. Explications.
Un tournant centré sur l'humain
Dès le premier épisode de la saison 7, "Des gens ordinaires", le ton est donné. Et on vous prévient : vous aurez envie de vous rouler en boule au générique de fin... C'est une histoire d'amour, ordinaire au départ, entre Amanda et Mike, interprétés par Rashida Jones et Chris O'Dowd.
Mais c'est une histoire qui vire au drame quand Amanda est victime d'un grave problème de santé. Pour survivre, elle doit recourir à une nouvelle technologique appelée Rivermind et dont l'abonnement ne va cesser d'augmenter... (Toute ressemblance avec une plateforme connue ne saurait être fortuite !)
Cet épisode ne se contente pas de frapper fort ; il touche au cœur. La lutte d'Amanda et Mike contre une technologie médicale à la logique mercenaire, avec son tarif prohibitif qui crée un déclassement, s'illustre comme une critique acerbe de notre société de consommation. Ce n'est plus seulement une question de survie, mais aussi de sacrifice et de dévotion. Un thème qui résonne profondément avec notre époque. C'est un épisode qui nous fait vraiment nous interroger sur de nombreux thèmes, y compris celui tabou de la fin de vie.
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La nostalgie et l'amour au cœur des récits
La saison explore également la nostalgie – un thème cher à Charlie Brooker finalement, même s'il regarde l'avenir droit dans les yeux – à travers des récits qui évoquent des souvenirs perdus et des amours oubliées. Dans "Eulogie", par exemple, Paul Giamatti incarne un homme qui est confronté à ce qu'il lui reste de souvenirs de sa grande histoire d'amour, il y a bien longtemps.
La technique visuelle, où les personnages pénètrent littéralement dans leurs vieilles photographies, devient un moyen puissant d'explorer le regret et la douleur. Cela vient questionner la façon dont nos souvenirs façonnent qui nous sommes. Ici, il reste malheureusement de l'aigreur dans les souvenirs. Mais c'est aussi un rappel (comme un électrochoc) que la technologie peut avoir des répercussions émotionnelles inattendues. Et que tout n'est pas perdu.
Et que dire de "Hotel Rêverie" ? Un véritable bijou qui nous rappelle à bien des égards "San Junipero"... Cet épisode avait marqué un vrai tournant dans l'histoire de Black Mirror avec son histoire d'amour qui se finit bien. Cette fois, la technologie sert à lier deux êtres qui n'étaient pas voués à se connaître. C'est à la fois un voyage dans le temps et une histoire d'amour littéralement impossible portée par Issa Rae et Emma Corrin qui irradie de beauté et de justesse dans le rôle d'une star à l'âge d'or hollywoodien.
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Un regard critique sur la technologie
À travers ces histoires, Charlie Brooker nous pousse à réfléchir sur notre relation avec la technologie, encore et toujours. Il vient nous chercher là où ça gratte, là où ça fait mal. Dans un monde où l'innovation est omniprésente, il est crucial de se demander si ces avancées nous rapprochent vraiment ou nous isolent.
"Bête Noire" joue avec cette idée en abordant le thème de la vengeance, où des sentiments profondément humains comme la jalousie et la haine dévastent tout sur leur passage. C'est la bêtise humaine qui est à l'œuvre, celle qui ne parvient pas à surpasser une blessure d'enfance pour la transformer en moteur, un moteur créatif et non destructeur.
La technologie joue son rôle, mais elle n'est qu'un prétexte pour nous rappeler encore une fois, via sa mauvaise utilisation, que ce sont encore et toujours nos émotions qui nous poussent à la faute.
Parisa Tag/Netflix
Une conclusion marquante
La saison se termine avec "USS Callister: Into Infinity", avec les retrouvailles aussi bien attendues que redoutées avec l'équipage de la saison 4. Oui, on se demandait ce qu'étaient devenus les clones numériques de Nanette (Cristin Miliotti), Nate (Osy Ikhile) ou James (Jimmi Simpson), perdus dans l'infini virtuel d'un jeu vidéo.
Cet épisode, tout en étant riche en surprises, approfondit les dilemmes moraux liés à la technologie et à l'identité. Un double numérique a-t-il une vraie existence ? Sa vie a-t-elle autant de valeur que celle de son original humain ? La question de savoir jusqu'où nous sommes prêts à aller pour échapper à nos réalités devient centrale, à travers tous ces joueurs qui se perdent des heures durant dans ce jeu qui consiste à s'éliminer les uns et les autres. Un rappel cruel dans un enrobage pop que derrière chaque avancée technologique se cache une humanité souvent négligée.
En somme, cette saison 7 de Black Mirror réussit à marier drame humain et satire mordante. Elle nous invite à réfléchir sur notre rapport à la technologie et à nos émotions, tout en offrant des récits qui résonnent profondément avec notre réalité. Dans ce monde de plus en plus technologique, Black Mirror nous martèle que l'humanité et l'émotion sont essentielles – une piqûre de rappel ne sera jamais de trop – et que les histoires que nous nous racontons sont ce qui nous définit vraiment.