Elles ont, de nombreuses fois, marqué les esprits par leurs interventions soudaines et musclées, parfois violentes, pour défendre les droits des femmes et l'oppression. Fondé à Kiev, le groupe des FEMEN ont fait de cette rage leur signature en apparaissant très souvent les seins nus, le corps recouvert de slogans. Avec le biopic Oxana, la réalisatrice Charlène Favier s'intéresse à sa cofondatrice, Oksana Chatchko, figure tragique du militantisme.
Menacée en Ukraine pour ses actions, la jeune femme devient réfugiée politique en France en 2013, cinq ans après la création du groupe FEMEN. Le film que lui consacre la cinéaste retrace son parcours, de son pays d'origine à ses activités en France.
"Je me suis instantanément retrouvée dans sa révolte, sa fougue et sa liberté, explique Charlène Favier. Comme Slalom [son premier long métrage, ndlr], ce film est une œuvre militante, qui questionne la fin de l’innocence à travers la condition des femmes et le poids du patriarcat. Mais cette fois, il s’agit de conjuguer intimité et contexte politique, car derrière ce personnage envoûtant et complexe, se profile aussi l’histoire d’un groupe qui prend conscience de sa force politique et entreprend de lutter pour la reconnaissance de ses droits."
Un projet marqué par la guerre en Ukraine
Pour incarner la militante, il était impossible pour la réalisatrice de ne pas choisir une actrice ukrainienne. Malgré le contexte difficile qu'est celui de la guerre, l'équipe a trouvé leur Oxana en la personne de Albina Korzh. Initialement, le film devait être tourné sur place, en Ukraine, mais le conflit, démarré en février en 2022, a forcé la cinéaste à revoir ses plans.
Le biopic met en lumière à la fois le travail de la jeune femme dans le milieu militant mais aussi son talent artistique pour la peinture, notamment dans le domaine de l'iconographie orthodoxe.
Une militante "dénigrée" et "dévalorisée" en France
"En France, Oxana a été dénigrée, on ne l’a pas prise aux sérieux et elle s’est sentie dévalorisée, ajoute Charlène Favier. Ça a été très violent pour elle. Faire ce film, c’était aussi une manière pour moi de lui rendre justice. Oxana était visionnaire, artistiquement mais aussi politiquement. Son engagement et celui des Femen n’a malheureusement jamais été d’autant d’actualité."
Elle poursuit : "Poutine et Loukachenko sont toujours là. Aujourd’hui quand je regarde l’actualité, je suis effarée de voir que le droit des femmes est encore fragile et que la démocratie est encore mise à mal dans de nombreux pays."
Le 23 juillet 2018, le corps d'Oksana Chatchko est retrouvé dans son appartement à Paris. Elle laisse une lettre politique pour dénoncer le système patriarcale de la société. Elle avait 31 ans.
Oxana de Charlène Favier, actuellement au cinéma