C'est l'une des meilleures scènes d’action du cinéma : 22 ans après, elle est toujours aussi jubilatoire
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

En 2003, Quentin Tarantino nous offrait une des scènes de combat les plus mémorables de tous les temps ! Retour sur ce moment de cinéma qui a provoqué des frissons à des millions de spectateurs.

En novembre 2003, Quentin Tarantino revenait au cinéma après Jackie Brown avec une nouvelle oeuvre attendue au tournant : Kill Bill. Porté par Uma Thurman, le film a mis un véritable claque aux spectateurs, notamment grâce à ses scènes d'action absolument dantesques !

Pour rappel, le récit nous relate l'histoire de la Mariée. Au cours d'une cérémonie de mariage en plein désert, un commando fait irruption dans la chapelle et tire sur les convives. Laissée pour morte, l'héroïne enceinte retrouve ses esprits après un coma de quatre ans.

Celle qui a auparavant exercé les fonctions de tueuse à gages au sein du Détachement International des Vipères Assassines n'a alors plus qu'une seule idée en tête : venger la mort de ses proches en éliminant tous les membres de l'organisation criminelle, dont leur chef Bill qu'elle se réserve pour la fin.

Kill Bill: Volume 1
Kill Bill: Volume 1
De Quentin Tarantino
Avec Uma Thurman, Sonny Chiba, Lucy Liu
Sortie le 26 novembre 2003
Presse
4,0
Spectateurs
4,2
Streaming

Une scène d'action à couper le souffle

Parmi les différents morceaux de bravoure menés par Uma Thurman, une séquence a particulièrement marqué le public, celle du combat contre les 88 cinglés (Crazy 88). À la fin du film, la Mariée parvient à infiltrer le club géré par la redoutable O'Ren Ishii. Cette dernière faisait partie du commando responsable de la mort de ses proches.

Pour assouvir sa vengeance envers O'Ren, la Mariée doit d'abord éliminer ses 88 hommes de main, des féroces yakuzas ! Armée de son katana forgé par Hattori Hanzo, elle va se livrer à un bain de sang qui va laisser les spectateurs sans voix. Avec son survêtement jaune à bandes noires, référence à Bruce Lee dans Le Jeu de la mort, elle en met déjà plein la vue.

D'abord, elle se débarrasse de Gogo Yubari, garde du corps de O'Ren. Jeune femme d'une cruauté sans nom, elle est habillée en écolière japonaise et se bat avec un meteor hammer, sorte de chaîne sur laquelle est attachée une boule sertie de piques.

Miramax

Après avoir tué cette dangereuse combattante au terme d'un affrontement épique, elle se présente seule face aux 88 cinglés. Elle ne fait qu'une bouchée de ces hommes de main, tranchant des bras, perçant des torses et coupant des têtes. La Mariée, habitée par une furieuse frénésie de vengeance, se livre à un véritable déchaînement de violence.

De son côté, Tarantino filme avec brio ce sanglant spectacle nimbé de giclées d'hémoglobine, hommage appuyé au cinéma asiatique. Les cadres sont parfaits, l'action est toujours lisible, le tout sublimé par un montage d'une rare minutie par Sally Menke. Cette dernière était la technicienne fétiche du cinéaste avant son décès en 2010.

Un artiste légendaire

Cependant, la personne qui a largement contribué à rendre cette scène mémorable est un certain Yuen Woo-Ping. Réalisateur et artiste martial chevronné, c'est l'un des meilleurs chorégraphes de combat au monde. Il a notamment travaillé avec Jackie Chan, Donnie Yen ou Jet Li et s'est occupé des combats dans Matrix ou Tigre et Dragon.

Grâce à lui, les affrontements du film, et en particulier de cette séquence, peuvent être qualifiés de virtuoses. L'artiste nous offre un ballet sanglant absolument splendide, le tout emmené par un Tarantino inspiré comme jamais.

Pour les besoins de cette scène, le réalisateur, aidé par le chef maquilleur Greg Nicotero, a utilisé des centaines de litres de faux sang. Le gourou des effets spéciaux maquillage, qui a notamment travaillé sur The Walking Dead, a déclaré qu'il savait à quoi s'attendre en acceptant de travailler avec Tarantino.

"Vous savez, avec Quentin, son intention était de rendre hommage à beaucoup de films où la quantité de sang scandaleuse fait partie intégrante du charme et de l'attrait. Nous savions donc pertinemment que ce serait un bain de sang, sans jeu de mots", a confié Nicotero au micro du New York Post en octobre 2024.

Miramax

Créativité et bain de sang

Quant au décor qui devait accueillir ce bain de sang, il a été conçu par Yohei Taneda et son équipe, qui ont créé le club d'O'Ren sur le modèle de l'établissement Gonpachi à Tokyo. Dans ce bel écrin, Yuen Woo-Ping a eu carte blanche pour laisser libre cours à sa créativité. "Tarantino m'a laissé faire. L'important pour moi, c'est que même si la scène est exagérée, elle doit être crédible", a-t-il indiqué dans les colonnes du média Inverse en octobre 2023.

"Je n'avais jamais vu les films de Quentin avant de le rencontrer, mais j'avais entendu dire que c'était un réalisateur unique. Il m'a envoyé le scénario. C'était une lecture passionnante, et dès que je l'ai rencontré, j'ai su que c'était un réalisateur visionnaire qui voulait faire quelque chose de spécial avec Kill Bill", a-t-il souligné.

Je n'avais jamais vu les films de Quentin avant de le rencontrer, mais j'avais entendu dire que c'était un réalisateur unique.

La scène, qui a nécessité 30 jours de tournage pour 15 minutes de film, a demandé des mois de préparation et de répétitions, surtout pour Uma Thurman, qui est de tous les plans. Quelques mois après avoir accouché, l'actrice n'avait aucune expérience du kung-fu ; elle s'est entraîné aux côtés de Yuen Woo-Ping et de plusieurs cascadeurs pour être prête pour les combats du film, notamment cette scène dantesque qui reposait énormément sur elle.

La scène en question :

Combat de groupe

Fort de son expérience du cinéma hong-kongais, le chorégraphe a utilisé l'architecture à plusieurs niveaux du club pour rendre crédible l'improbable tuerie de la Mariée. "Uma n'avait jamais fait de film comme celui-ci auparavant, il fallait donc que son personnage soit capable de combattre 88 tueurs. C'est pourquoi j'ai donné à Uma un avantage de taille à mesure que le nombre augmentait. Cela créait un effet de poursuite et divisait le combat en plusieurs parties", a-t-il précisé.

Miramax

"Nous avons utilisé des sabres en bambou enveloppés d'un matériau souple pour tout, sauf pour un gros plan. Ils font toujours mal si on est touché, mais ça ne blesse pas", a expliqué Yuen Woo-Ping. "Il est très difficile de réussir une scène de combat de groupe. Avec un groupe, je veux que les personnages en arrière-plan se battent de toutes leurs forces, sans avoir l'air d'attendre leur tour pour se joindre au combat", a confié l'artiste martial.

Cela a ouvert les films d'action asiatiques à une nouvelle génération de spectateurs. Kill Bill occupe une place très spéciale dans mon cœur.

"Le fait d'avoir la hauteur nécessaire sur le plateau a donc permis de résoudre ce problème. Les assassins tentent d'attraper Uma, et elle crée une séparation, ce qui rend son personnage plus crédible. Uma a fourni un travail incroyable. Cela a ouvert les films d'action asiatiques à une nouvelle génération de spectateurs. Kill Bill occupe une place très spéciale dans mon cœur", a-t-il conclu.

Tourné avec un budget de 30 millions de dollars, Kill Bill Volume 1 a rapporté 180 millions de billets verts à l'international. En France, il a attiré 1,7 million de spectateurs à la fin de l'année 2003. Le second volet, sorti en mai 2004, a quant à lui engrangé 154 millions pour un budget similaire au premier opus. Au pays de Molière, il a réuni 1,4 million de curieux.

FBwhatsapp facebook Tweet
Sur le même sujet