Heatest plus qu'un simple polar. C'est une histoire vraie agrémentée d'une longue et étonnante gestation. Michael Mann entreprend l'écriture du scénario dès 1979 après avoir entendu son ami et ex-flic, Chuck Adamson, lui parler de la quête qu'il a menée dans les années 60 pour traquer le braqueur Neil McCauley. L'histoire finit dans les mains de NBC qui compte en faire une série. Malheureusement, ce projet n'aboutit pas et les téléspectateurs n'en découvrent que le pilote, le téléfilm L. A. Takedown en 1989.
Mais Mann est frustré. Il n'a pas donné à son idée l'ampleur qu'elle méritait. Six ans plus tard, il en reprend donc la trame et réalise Heat. Porté par de fabuleux comédiens, dont évidemment le duo Al Pacino / Robert de Niro, ce polar majuscule est considéré par beaucoup comme le plus grand film de Mann; en tout cas l'un des films majeurs des années 1990, dont la scène de fusillade est entrée par la grande porte au panthéon du 7e Art.
"Nous savions que c'était une scène terriblement importante"
C'est aussi, bien entendu, la légendaire scène de face-à-face entre deux monstres de cinéma, tous les deux formés sur les bancs de l'Actors Studio, et réunis pour la première fois à l'écran.
En 2014, un journaliste du Hollywood Reporter, Stephen Galloway, demanda à Mann s'il avait eu peur de diriger ces deux icônes hollywoodiennes. "Il y avait une bonne dose d'appréhension, nous savions que c'était une scène terriblement importante et nous voulions tous les trois être très prudents sur la manière de l'aborder. Très tôt, j'ai décidé que je ne voulais jamais répéter cette scène, je voulais que chacun apporte sa propre compréhension [...]" répondait le cinéaste.
L'impératif était de garder ça frais pour que ce qui se produise spontanément puisse arriver là, sur le moment. Et dans cette optique, ils avaient un éclairage très simple, une installation très simple, les deux côtés étaient filmés simultanément, il y avait une troisième caméra qui filmait un plan à deux, dont je n'ai jamais utilisé aucune prise, [...]
et nous attendions tous cette scène avec tellement d'impatience que je savais qu'il y aurait une unité organique à chaque prise, en raison des actions des personnages, de la raison pour laquelle ils font ce qu'ils font, de la raison pour laquelle ils se rencontrent, de la raison pour laquelle ils se parlent, de la raison pour laquelle Pacino est allé le chercher et de la raison pour laquelle Neil McCauley pensait qu'il pouvait aussi tirer quelque chose de cette rencontre. [...] Tout ce langage corporel, ils le décryptaient, ils étaient si intensément concentrés l'un sur l'autre. Tout ce que vous voyez est la onzième prise". Ce qui s'appelle une masterclass, tout simplement.