Dans un rituel quasi immuable, la période de fin d'année -voire le début de l'année suivante- est traditionnellement celle des bilans. Côté cinéma, c'est bien entendu l'occasion de passer en revue les succès comme les échecs.
Mais on peut aussi faire le choix de se donner un peu de temps (et de recul), et repousser sine die l'exercice. C'est le choix effectué par le site Deadline, qui a livré fin avril le top 5 des plus gros échecs au box office de l'année 2024. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a effectivement été absolument dévastateur pour ces oeuvres...
5 - Kraven The Hunter
Sorti le 13 décembre aux Etats-Unis (et le 18 chez nous), Kraven The Hunter de J.C. Chandor a eu un destin particulièrement cabossé en salle, lui permettant de directement faire son entrée en 5e position.
Plombé par un démarrage très compliqué, ce film de super-héros connecté à l'univers de Spider-Man produit par Sony n'a rapporté que 62 millions de dollars, sur un budget estimé d'environ 110 millions; et même 190 millions en lui adjoignant son budget promotionnel.
Deadline rapportait fin avril que le film a vu ses revenus portés à 120 millions $ grâce à la manne du streaming. Il n'empêche. Les pertes sont estimées à plus de 70 millions de dollars. Autant dire qu'une éventuelle suite est de l'ordre de l'ultra hypothétique...
4 - Megalopolis
A l'époque de la sortie de son film L'homme sans âge, en 2007 (une éternité...), Francis Ford Coppola assurait la main sur le coeur ne plus avoir le goût ni l'envie surtout de se replonger dans ces films de démiurge, taillés comme des opéras, coûteux, aux tournages homériques. Même pour un film comme Mégalopolis, projet qu'il avait tenté de mettre sur pied durant des années avant que les attentats du 11 septembre 2001 n'enterrent le projet. Qui sera au bout du compte une très longue mise en sommeil plutôt.
Maturé au final pendant 40 ans (!), Coppola s'est finalement résolu à le tourner coûte que coûte, dans le sens le plus littéral du terme. Il auto-produira son Mégalopolis, sorti en septembre 2024, à hauteur de 120 millions de dollars; et même 146 millions $ en ajoutant des coûts additionnels.
Film de génie aux idées brillantes pour les uns, fourre-tout absolument grotesque pour les autres, Mégalopolis est sorti laminé de sa carrière en salle : il a ramassé moins de 14 millions $ au box office international. C'est dire si la gifle a eu la vigueur d'un uppercut. Triste de voir le légendaire réalisateur de la saga du Parrain et d'Apocalypse Now tutoyer les abîmes avec ce film, qui devrait enregistrer une perte de 75,5 millions de dollars.
3 - Borderlands
Doté d'un budget de 110-120 millions de dollars, Borderlands, adaptation de la licence culte du jeu vidéo du même nom, est sorti 4 ans après le début de son tournage principal, tandis que de nombreux fans se lamentaient déjà en apprenant que la violence du jeu, partie intégrante de son univers, était totalement anesthésiée pour rentrer dans les clous d'un PG-13.
Des reshoots furent décidés en 2023, mais Eli Roth n'était pas disponible, car il tournait Thanksgiving, ce qui a conduit Lionsgate à engager le réalisateur de Deadpool, Tim Miller, pour terminer le film, avec des réécritures de script effectuées par près de sept scénaristes. Déjà bien mal engagé, le film a aussi pâti d'une mauvaise publicité lorsque le scénariste Craig Mazin, derrière Chernobyl et The Last of Us, a carrément demandé que son nom soit retiré des crédits...
Sorti dans la torpeur estivale de 2024, Borderlands a été un des plus gros échecs au box office de l'année. Une gifle cinglante : le film a été incapable de ramasser plus de 34 millions $ au box office international. Sur le seul territoire américain, il n'a récolté que 15,4 millions $. Montant estimé des pertes : 80 millions de dollars. Une ardoise bien salée et dure à avaler pour son studio.
2 - Furiosa : une saga Mad Max
Sérieux candidat au titre d'un des meilleurs films de l'année, mis en scène avec une époustouflante maestria par un George Miller en pleine possession de ses moyens, Furiosa avait tout pour être la parfaite pépite complémentaire de son Fury Road.
Si le film a, dans un large ensemble, bénéficié de critiques de la Presse plutôt favorables, louant le travail du cinéaste, cette génèse consacrée à celle qui deviendra l'Imperator Furiosa et incarnée avec conviction par Anya Taylor Joy n'a pas réussi à susciter l'intérêt du public. Peut-être aussi parce que le personnage principal de la saga, (Mad)Max, clairement identifié par le public lui, n'est justement pas au coeur de cet opus.
Selon le site Deadline, Furiosa a coûté la bagatelle de 168 millions $. Ce à quoi il faut rajouter 162 millions de dollars supplémentaires en frais marketing divers, l'addition se porte alors à 330 millions. Les pertes, elles, sont estimées à 119 millions de dollars. En février dernier, le cinéaste assurait au micro du site Vulture avoir déjà sous le coude le script de Mad Max 6. Vu le fiasco au box office de Furiosa, il risque de rester au fond d'un tiroir pendant un moment...
1 - Joker : folie à deux
En 2019, Joker avait frappé très fort. Cette itération d'une noirceur absolue sur le mythique personnage incarné à l'écran par un Joaquin Phoenix oscarisé, a incontestablement fait souffler un vent nouveau sur les films brodés autour des personnages issus des écuries DC. Fort d'un budget de 55 millions de dollars (hors marketing, comme toujours), le film a ramassé plus de 1,07 milliards au box office international. C'est dire si l'annonce d'une suite, trois ans plus tard et intitulée Joker : folie à deux, a suscité beaucoup d'enthousiasmes...
Qui seront bien vite refroidis. N'ayant plus qu'un lointain rapport avec sa matrice comic book, film musical mettant plus d'une fois les nerfs et la patience des spectateurs à rude épreuve, le film a été en outre plombé par une enveloppe budgétaire absolument délirante de près de 200 millions de dollars. Ce à quoi il a fallu rajouter plus de 100 millions pour toute la promotion du film.
Dire que Joker : folie à deux a sous-performé au box office international est encore en-dessous de la vérité. Avec 227 millions de dollars de revenus (incluant ceux générés par le streaming et la TV), le film de Todd Philips a fait perdre à Warner Bros. plus de 144 millions de dollars.
Une catastrophe industrielle, contraignant même le studio à le sortir en Premium VOD fin octobre 2024 aux États-Unis, soit seulement 25 jours après sa sortie en salles outre-Atlantique. Une gifle telle que Michael De Luca et Pam Abdy, les deux Top Executives de la division cinéma de Warner Bros, se sont fait convoquer par David Zaslav en personne, qui n'est autre que le tout puissant président du groupe Warner Bros. Discovery.