Tom Cruise suspendu à un avion à 3 000 mètres du sol : comment a été tournée la cascade la plus spectaculaire du nouveau Mission Impossible ?
Maximilien Pierrette
Les collaborations de Tom Cruise avec les plus grands, son image qu’il façonne de film en film, les Mission Impossible… Une carrière fascinante qu’il suit depuis longtemps.

Comme d'habitude, Tom Cruise fait en sorte que vous ayez le souffle coupé devant un "Mission : Impossible". Et vous aurez encore plus froid dans le dos en découvrant les coulisses du tournage de la séquence des avions dans "The Final Reckoning".

Qui dit Mission : Impossible dit "cascades folles". Cela ne rime pas, mais c'est bien le programme que nous réserve la saga portée par Tom Cruise à chaque épisode, avec cette volonté d'aller toujours plus haut, plus fort, plus vite, sous l'eau, sur la terre ferme ou dans les airs. Présenté comme le dernier opus de la franchise presque trentenaire, The Final Reckoning ne déroge pas à la règle, et nous offre l'une des séquences les plus spectaculaires vues dans les aventures d'Ethan Hunt.

Mission : Impossible – The Final Reckoning
Mission : Impossible – The Final Reckoning
De Christopher McQuarrie
Avec Tom Cruise, Hayley Atwell, Ving Rhames
Sortie le 21 mai 2025
Presse
3,4
Spectateurs
3,5
Voir sur Canal+

Il s'agit en effet de celle qui voit le héros s'accrocher à un biplan qui décolle, en prendre le contrôle pour ensuite se rapprocher de celui de Gabriel (Esai Morales), qui détient l'objet permettant de venit à bout de l'Entité. Un véritable ballet aérien aux couleurs éclatantes, où le visage de la star se déforme sous les effets conjugués de la vitesse et de la pression atmosphérique, alors que le public retient son souffle à chaque looping, vrille ou tentative du super espion (et de son interprète) de prendre le dessus sur son adversaire au péril de sa vie.

Rares sont, en revanche, les spectateurs qui ont découvert l'existence de ce morceau de bravoure dans la salle de cinéma. Entre les photos de tournage qui montraient Tom Cruise la tête à l'envers, accroché aux ailes d'un avion (ce que beaucoup appellent "un lundi comme les autres" dans sa vie), cette vidéo dans laquelle il remerciait les exploitants pour le succès de Top Gun : Maverick assis sur la carlingue ou, tout simplement, les bandes-annonces et autres featurettes, il a servi de produit d'appel pour The Final Reckoning, comme le saut à moto de Dead Reckoning ou l'escalade du Burj Khalifa de Dubaï dans Protocole fantôme avant lui.

Mais comment Christopher McQuarrie a-t-il mis cette séquence en boîte ? Avec difficulté et à distance. "Il faut bien avoir en tête qu’il n’y a pas d’équipe avec Tom dans un avion à 10 000 pieds [environ 3 000 mètres, ndlr] au-dessus de l’Afrique", a précisé le réalisateur pendant sa masterclass donnée au Festival de Cannes. "Tom éclaire le plan grâce à la manière dont il positionne l’avion et sa relation avec le soleil, et il fait la mise au point sans toucher à la caméra. Il EST l’équipe dans chaque plan que vous voyez dans le film."

"Et lorsque vous le voyez sur l’aile de l’avion, la seule façon de communiquer avec lui à ce moment-là est par des signaux manuels. Il n’a pas de radio, ce qui signifie que je dois voler à côté de lui dans mon hélicoptère et qu'il ne peut pas me voir à moins que je n'ouvre la porte et que je mette le pied sur le dérapage alors notre première assistante réalisatrice Mary Boulding m’avait rappelé de garder ma ceinture de sécurité attachée. Je lui fais des signes de main alors que lui doit se souvenir de son environnement. Mais cela donne les choses amusantes dont parlent la plupart des spectateurs."

"Je n'avais pas réalisé que je ne parviendrais pas à respirer à cette altitude"

"Je ne sais pas si vous avez déjà passé la main par la fenêtre d'une voiture roulant à 233 km/h, mais vous aurez une idée de l'intensité", raconte de son côté Tom Cruise sur le plateau du Tonight Show de Jimmy Fallon. "Je n'avais pas réalisé que je ne parviendrais pas à respirer à cette altitude, donc j'ai dû apprendre comment faire face au vent pour trouver un moyen de le faire. Et il y a les particules qui proviennent de l'hélice et volent à la vitesse du son, et l'air tourne autour du fuselage, avec une force particulièrement brutale. Sans compter le fait que, quand l'avion tourne sur lui-même, le moteur s'arrête."

"Nous avons mis très longtemps à concevoir cette séquence, et notamment jusqu'où nous pouvions aller une fois le moteur arrêté. C'est sans aucun doute l'entraînement le plus intense que j'aie fait. Avez-vous déjà soulevé un poids si lourd que vous ne pouvez pas le faire une seconde fois ? Voilà ce que vous ressentez après quelques minutes sur l'aile, car les manoeuvres nous font osciller entre 152 et 233 km/h et je suis ballotté dans tous les sens, mais c'était aussi dingue qu'amusant à faire."

Peut-être pas si amusant que cela pour le réalisateur : "Quand vous sortez du cockpit de l’avion, c’est comme si vous marchiez sur la surface d’une autre planète", expliquait-il, toujours à Cannes. "Le vent vous frappe à plus de 225km/h à cause de l’hélice. Les molécules de l’air sont si dispersées que vous respirez, certes, mais seulement physiquement. Vous ne recevez pas vraiment d’oxygène. A mes côtés, Mary Boulding a un chronomètre et, dès que Tom sort du cockpit, elle le lance et me dit à chaque fois que nous dépassons une nouvelle minute, car Tom n'en avait que douze possibles."

"Nous savons, grâce aux expérimentations, qu'au bout d'une douzaine de minutes, la fatigue liée au fait d’être soufflé par ce vent brise tout son corps comme s'il venait de passer deux heures dans une salle de sport. Tom étant le perfectionniste que l'on connaît, je savais qu'en atteignant la douzième minute il tenterait de pousser jusqu'à la treizième. Il y même eu un moment - plusieurs en fait - où Tom avait poussé au point qu’il était tellement épuisé physiquement qu’il ne pouvait pas se relever sur l'aile : il était couché dessus, les bras pendant par-dessus, et nous ne pouvions pas déterminer s’il était conscient ou non. Et nous savions que, s'il ne le demandait pas comme nous l'avions convenu, nous ne pouvions pas couper."

"Comme il ne pouvait pas le faire en étant inconscient, nous devions attendre de voir si Tom allait bien. C'est-à-dire que je me posais et que je devais attendre qu'il nous fasse signe. Donc nous avions Tom couché sur l'aile de l'avion, et John Romain [l'homme de main de Gabriel dans la séquence] resté dedans afin qu'il puisse être manoeuvrable. En sachant que nous ne partions pas en ayant fait le plein mais avec une charge de carburant très faible, afin que l'appareil puisse faire les acrobaties nécessaires, et qu'à un moment, John nous a fait remarquer que nous étions en vol depuis 22 minutes et qu'il ne restait du carburant que pour 3."

"Personne d'autre que Tom Cruise ne pourrait faire ça dans le monde"

"C'était donc un jour de tournage classique en Afrique, et j'ai oublié de préciser que nous ne pouvions pas atterrir si Tom était sur l'aile, j'aurais dû le mentionner. Donc quand John nous dit qu'il reste 3 minutes, c'est le temps qu'il lui fait pour se relever alors que cela fait 20 minutes qu'il est sur l'aile. C'est alors que nous le voyons se relever, mettre sa tête dans le cockpit pour reprendre un peu d'oxygène avant de s'y glisser tout entier pour poser l'avion tranquillement. Personne d'autre que Tom Cruise ne pourrait faire ça dans le monde."

"Lorsque nous avons commencé à concevoir cette séquence, nous avons fait appel à des personnes qui font cela de manière professionnelle. Quand ils nous ont demandé ce que nous voulions faire et que Tom a répondu qu'il voulait être en apesanteur entre les ailes, ils nous ont répondu que ce ne serait pas possible. Tom les a donc remerciés pour leur temps, nous nous sommes tournés vers d'autres personnes, et vous verrez à l'écran ce que nous avait dit que nous ne pourrions faire."

Une séquence absolument ahurissante et stressante (même lorsque l'on est bien assis dans son fauteuil au cinéma), qui illustre finalement très bien cette réplique d'Anthony Hopkins dans l'épisode 2 signé John Woo : "Ce n'est pas Mission : Difficile mais Mission : Impossible, M. Hunt. Difficile serait un jeu d'enfant pour vous."

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