C'est le plus grand loser du cinéma ! 27 ans après, pourquoi est-il toujours aussi marquant ?
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

Au cinéma, la figure du héros sans peur et sans reproche est très souvent mise en valeur. Cependant, il existe une autre catégorie de protagoniste qui mérite d'être mise en lumière : les losers magnifiques.

Au cinéma, on fait très souvent la part belle aux héros intrépides et courageux, prêts à tout pour sauver la veuve et l'orphelin. Mais on oublie souvent une catégorie de héros, moins clinquante, moins glamour, celle des meilleurs losers du 7ème art !

En général, ces derniers sont relégués au rang de second rôle rigolo ; on peut ainsi retrouver l'ami sympa et maladroit du héros, le paresseux du groupe qui ne pense qu'à manger et dormir ou celui qui ne fait que des bêtises. Ces archétypes sont créés pour mettre en valeur le protagoniste de l'oeuvre afin que les spectateurs puissent s'identifier plus facilement.

Cependant, certains cinéastes ont réussi à subvertir complètement ce cliché. Parmi ceux-ci, on peut citer les frères Joel et Ethan Coen. En 1998, il nous ont offert le roi des losers au cinéma, le grand manitou de la paresse, l'empereur de la couette, de la flemme et de la vie sans soucis : The Big Lebowski.

The Big Lebowski
The Big Lebowski
Sortie : 22 avril 1998 | 1h 57min
De Joel Coen, Ethan Coen
Avec Jeff Bridges, Julianne Moore, John Goodman
Presse
3,8
Spectateurs
4,1
Disponible sur HBO MAX

Dans ce long-métrage absolument fabuleux, Jeff Bridges interprète un des personnages les plus mémorables des années 90, Jeff Lebowski. Prénommé le Duc (The Dude), Jeff est un paresseux qui passe son temps à boire des coups avec son copain Walter et à jouer au bowling, jeu dont il est fanatique. Un jour deux malfrats le passent à tabac.

Il semblerait qu'un certain Jackie Treehorn veuille récupérer une somme d'argent que lui doit la femme de Jeff. Seulement, Lebowski n'est pas marié, il s'agit d'une méprise ! Le Lebowski recherché est un millionnaire de Pasadena. Le Duc part alors en quête d'un dédommagement auprès de son richissime homonyme...

Working Title

L'empereur des losers

Loser magnifique, le Duc est l'opposé total des héros classiques. Il est paresseux, fauché, sans ambition professionnelle. Il préfère fumer des joints, boire des "Russes Blancs", écouter du vieux rock et faire du bowling avec ses potes fêlés. Pourtant, c’est lui le protagoniste d’une intrigue de film noir absurde tissé par des frères Coen inspirés comme jamais.

Mais alors pourquoi on adore ce personnage qui, de prime abord, peut paraître détestable ? Le Duc devient finalement extrêmement attachant car son inertie devient une forme de résistance passive au monde chaotique autour de lui. Il est l'incarnation d'un refus tranquille de jouer selon les règles du capitalisme ou de la virilité dominante.

Ainsi, Jeff Lebowski s'oppose aux archétypes masculins classiques (comme le Big Lebowski, joué par David Huddleston, qui incarne l'autorité, la richesse, la prétention). Il ne se bat qu'en dernier recours et sait rester cool, zen, en toutes circonstances. Le Duc est souvent à côté de la plaque, mais il reste tout de même étrangement lucide. Cela le rend paradoxalement plus humain, voire plus sage qu’un héros "traditionnel".

Le style façon Duc

Avec ses longs cheveux, sa barbe hirsute, ses claquettes et son peignoir pouilleux, le Duc a aussi inventé l'image du loser magnifique, jusque dans sa tenue. Depuis 1998, les fans du monde entier s'amusent à imiter le look du héros dans des conventions ou des soirées déguisées, ancrant le personnage dans la pop culture au même titre qu'un Luke Skywalker ou Tony Stark.

Le Duc a réussi à créer une réelle identité culturelle. Fun fact : Tout cela lui a valu d’inspirer un vrai culte : le "Dudeism", une pseudo-religion prônant la détente et l’acceptation du monde tel qu’il est.

Le look façon Duc Working Title
Le look façon Duc

Par ailleurs, à la fin du 20ème siècle, le monde fait face à une sorte de désenchantement post-Guerre froide et à l’essor du néolibéralisme. À contrepied de ces idées, The Big Lebowski propose un monde absurde, où personne ne contrôle rien. Le Duc est à l’image de cette époque : désengagé, mais pas idiot ; inactif, mais pas indifférent.

In fine, Jeff Lebowski est marquant non pas malgré son statut de loser, mais grâce à lui. Il cristallise une forme de rébellion passive, une critique ironique de la société, et un modèle alternatif de vie. En refusant les codes habituels du succès, il devient un symbole culturel durable. 27 ans après, son héritage est toujours prégnant et redonne du baume au coeur à tous ceux qui traversent des périodes difficiles.

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