"Le film ne peut pas se faire sans toi" : il y a 52 ans, Coppola a tout fait pour que cette légende du cinéma revienne dans Le Parrain 2
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Quand il découvre Taxi Driver alors qu'il n'est qu'un jeune adolescent, Vincent tombe amoureux du cinéma. Biberonné aux films des maîtres Coppola, Spielberg, Scorsese ou De Palma, il dévore toutes les œuvres du Nouvel Hollywood.

En 1973, Francis Ford Coppola tente une dernière fois de convaincre Marlon Brando de revenir pour "Le Parrain 2". Il lui envoie alors une lettre très touchante mais qui ne suffira malheureusement pas à le convaincre de faire son retour en Vito.

En 1972, Francis Ford Coppola révolutionne le cinéma avec Le Parrain, fresque monumentale autour de la famille Corleone, portée par Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Robert Duvall, Talia Shire, Diane Keaton ou encore John Cazale.

Trois ans après le succès phénoménal du Parrain, le réalisateur nous offre le second opus, qui deviendra un véritable monument du 7ème art. On le sait tous, Marlon Brando ne reprend pas son rôle de Don Vito Corleone dans cette oeuvre.

Le Parrain, 2e partie
Le Parrain, 2e partie
Sortie : 27 août 1975 | 3h 20min
De Francis Ford Coppola
Avec Al Pacino, Robert De Niro, Diane Keaton
Presse
4,7
Spectateurs
4,5
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C'est Robert De Niro qui le remplace, incarnant une version plus jeune du personnage joué par Brando dans le premier volet. Pourtant, cela n'était pas vraiment prévu au départ. Coppola voulait absolument que Marlon Brando reprenne son rôle dans Le Parrain 2 mais le légendaire acteur a refusé.

La lettre de la dernière chance

En conflit avec les producteurs, il s’était notamment plaint de la manière dont il avait été traité et il était mécontent de certains aspects du tournage et de la promotion du film. Cela a laissé des rancunes tenaces, notamment avec le studio Paramount. En avril 1973, Coppola tente une dernière approche auprès de Marlon Brando, en lui envoyant une lettre émouvante, que vous pouvez lire ci-dessous dans son intégralité.

Lettre de Francis Ford Coppola à Marlon Brando (avril 1973)

Lundi, Cher Marlon,

J'ai entendu dire que tu étais de retour du Sud du Pacifique ; mais je ne voulais pas t'appeler car je me sens toujours un peu bête lorsque j'aborde la question du Parrain. Je sais que tu réponds à mes appels de façon personnelle et amicale, du coup je ne parviens pas à vouloir en faire mauvais usage et mentionner ce qui me dérange.

Mon problème est simplement que je remets le projet sans cesse à plus tard car je pense qu'il est possible que tu décides de jouer le jeune Vito Corleone. J'ai vu, auparavant, comment un fait peut naître d'une maigre possibilité, et j'ai donc fait de mon mieux pour susciter une telle issue.

Je suis devenu un vrai monstre agissant en coulisses pour me jouer à la fois de Frank Yablans, Robert Evans et Charles Bludhorn, tentant de les convaincre de me laisser faire ce que je veux. Je dis à Yablans que seul lui peut y parvenir. Puis, je dis la même chose à Evans.

Je leur dis que le film ne peut pas se faire sans toi ; je dis à Yablans qu'il doit s'excuser auprès de toi. À présent, Yablans dit qu'il essaie de faire le nécessaire, et de faire un effort pour l'argent etc., mais tu ne réponds pas à ses appels. Evans veut te rencontrer ; mais Yablans est terrifié à l'idée qu'il réussisse là où lui a échoué… donc il empêche que cela se réalise.

Mais ce dont s'agit réellement, c'est de moi. Marlon, je te respecte énormément ; et si tu me disais que tu ne voulais pas le faire, quelles que soient les circonstances… bien sûr, je respecterais ta décision et n'en ferais plus jamais mention. Et si tu le voulais, je ne le dirais à personne d'autre. Tu m'as appris beaucoup de choses… l'une d'entre elles est qu'il ne s'agit que d'un film, bien peu comparé à tout ce que le monde contient.

Par moments, j'essaye ardemment d'imaginer ce qu'il se passe dans ton esprit. J'ai réalisé que tu as été dans cette étrange condition d'adoration et d'exposition depuis maintenant 25 ans, intensément… et je pense que ça m'aurait rendu fou. Et le fait que tu sois réellement un homme bon, chaleureux, et que tu aimes les gens, est un accomplissement exceptionnel, étant donné que tu as été dans une boîte en verre durant la moitié de ta vie.

J'ai toujours souhaité te dire tout cela, bien que cela n'ait rien à voir avec cette lettre. Tout ce que je veux dire, c'est que tu feras partie de ce film ; je ferai de mon mieux pour qu'il soit bon, humain, et qu'il exprime l'idée que la Mafia est juste une métaphore sur l'Amérique et son capitalisme, qui est prête à tout pour se protéger et se préserver. (Je le ferai quoiqu'il arrive, si tu n'es pas dans le film, mais il serait meilleur si tu en faisais partie, et tu m'aiderais avec tes idées pendant que je travaille sur le scénario.)

Si tu n'en fais pas partie, je ne t'aimerais pas moins. Tout ce que je demande c'est que tu me le dises sans me faire douter plus longtemps, je t'en prie. Je suis très heureux et passe un très bon moment ici. Après ce film, je quitte l'industrie du cinéma, et je ferai d'autres choses qui me passionnent (qui peuvent concerner le cinéma).

En toute sincérité, Francis

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