Le cimetière des projets abandonnés recèle parfois d'étonnantes découvertes. Par exemple, vous êtes peut être un inconditionnel du premier volet de la saga des Dirty Harry, le flic dur à cuire incarné par Clint Eastwood ? Vous l'ignorez sans doute, mais il fut question d'un jeu vidéo dont le développement sera annulé en 2007.
Le jeu devait reprendre l'histoire du film éponyme de 1971, avec Clint Eastwood dans le rôle de Harry Callahan. Eastwood devait non seulement prêter sa voix, mais aussi se voir modélisé dans le jeu, et même servir en tant que consultant. Gene Hackman, Lucy Liu et Laurence Fishburne devaient également prêter leur voix pour des rôles dans la distribution du jeu. Ce Dirty Harry en jeu vidéo sera finalement débranché par Warner Bros. Interactive.
La suite des (més)aventures de Travis Bickle en jeu vidéo
Si l'on peut comprendre la pertinence - quoique relative quand même - d'un jeu conçu autour de l'iconique personnage de l'inspecteur Harry, on peine davantage à comprendre le comment du pourquoi d'un projet développé à peu près au même moment, qui sera quant à lui tué en 2005 : un jeu basé sur Taxi Driver. Oui oui, vous avez bien lu, un jeu basé sur l'univers du chef-d'oeuvre de Martin Scorsese, pensé comme une suite directe du film, et devait même débuter là où il se termine.
En 2005, un éditeur du nom de Majesco cherchait un studio pour développer une adaptation du film Taxi Driver, dans un jeu vidéo inspiré de Grand Theft Auto III. Il fut alors approché par un développeur prometteur connu sous le nom de Papaya Studio.
Majesco
Papaya a montré à Majesco une première version de son jeu intitulé Outlaw Taxi, alors en cours de développement, qui a suffisamment impressionné l'éditeur pour que Papaya se mette rapidement au travail, transformant Outlaw Taxi en un jeu Taxi Driver; après quoi Majesco a acquis les droits du film Taxi Driver auprès de Sony Pictures. Prévu pour les consoles Playstation 2 et X-Box, ce jeu Taxi Driver visait une sortie au printemps 2006.
Une ébauche de version jouable fut présentée à l'E3, le salon mondial du jeu vidéo, en 2005. L'expérience du jeu a semble-t-il créé un certain malaise au sein de la Presse spécialisée. Estimant, à juste titre, qu'un tel film et la noirceur de son background ne se prêtait absolument pas à une gamification.
Voici un montage de séquences de gameplay du jeu, présenté et joué durant l'E3...
"Marty ne veut pas que nous sortions Taxi Driver"
Bien que Martin Scorsese et Paul Schrader, le scénariste, aient cédé leurs droits sur "tous les supports, connus et inconnus, présents et futurs" à Sony, le studio du film, il n'était pas question pour eux de voir leur film souillé de la sorte.
Plusieurs mois après le début du développement du jeu, Dan Kitchen, producteur exécutif de Majesco, a reçu un appel contrarié de Mark Caplan, responsable des licences chez Sony, pour lui faire remonter le mécontentement de Scorsese sur ce projet, comme le relate cet article d'unseen64.
"Nous avons reçu un appel de Marty aujourd'hui. Il est très mécontent de l'accord de licence pour Taxi Driver. Il ne veut pas que le film soit transformé en jeu vidéo. Si vous continuez avec le jeu, il s'assurera que vous n'obtiendrez plus jamais de licence pour un autre titre à Hollywood". J'ai raccroché le téléphone et je suis allé directement dans le bureau de Jesse Sutton, le président de Majesco, et j'ai dit (...) "Marty ne veut pas que nous sortions Taxi Driver. Nous devons l'annuler aujourd'hui" raconte Dan Kitchen.
Majesco
Il est aussi possible que ce (gros) coup de pression de Marty sur ce projet de jeu vidéo soit également dû au fait qu'à cette époque, il caressait l'idée -avec Robert de Niro- de réaliser une suite à Taxi Driver, avec un Travis Bickle plus âgé, comme le rapportait cet article du Guardian en février 2005. Mais cette idée n'a jamais été concrétisée.
Avec deux jeux qui avaient gravement sous-performé en 2004 et l'annulation de ce jeu Taxi Driver, Majesco fut en grande difficulté financière et contraint de se restructurer. Papaya Studio attaqua en justice l'éditeur pour rupture de contrat à la fin de l'année 2005, avant qu'un accord financier ne soit trouvé deux ans plus tard. En 2013, le studio fermera ses portes. Marty qui use d'une méthode que n'aurait pas renié un de ses affranchis pour mettre la pression, ce n'est pas banal.