C'est l'une des ascensions les plus fulgurantes du cinéma français : avec une trentaine de rôles en cinq ans, Raphaël Quenard est devenu un acteur incontournable et populaire auprès du public.
L'acteur de 34 ans en a fait du chemin depuis ses premières armes au théâtre et dans des courts-métrages. Révélé dans les séries HP et Family Business, Raphaël Quenard a ensuite enchaîné les petits rôles dans Zombi Child de Bertrand Bonello, La Daronne avec Isabelle Huppert, Mandibules de Quentin Dupieux mais aussi Vaurien avec Pierre Deladompchamps.
Il s'illustre ensuite dans Fragile d’Emma Benestan, Les Olympiades de Jacques Audiard et La Troisième Guerre de Giovanni Aloi, mais aussi dans Coupez! de Michel Hazanavicius et Novembre de Cédric Jimenez.
Mais c'est son rôle dans Chien de la casse de Jean-Baptiste Durand qui lui apporte la consécration et lui permet de remporter le César du meilleur espoir masculin. C'est de ce film qu'est né son premier projet en tant que réalisateur que vous pouvez découvrir dès maintenant au cinéma.
Une histoire d'amitié
C'est sur le tournage de Chien de la casse que Raphaël Quenard rencontre Hugo David, alors chargé d'en réaliser le making-of. De leur amitié hors plateau naît le court-métrage L'Acteur ou la surprenante vertu de l'incompréhension (disponible sur france.tv) et des envies de long-métrage.
Le duo se lance alors dans un projet fou de documentaire intitulé I love Peru, sorte de road ego trip que les deux ont coécrit et coréalisé. L'acteur s'y raconte intimement et y narre sa course au succès et ses questionnements intérieurs avec le bagou qu'on lui connaît avant de se lancer dans une quête spirituelle qui l'amène jusqu'au Pérou à la recherche d'un condor.
Le pacte
"Au tout début, on a essayé un autre dispositif où je ne tenais pas la caméra", nous explique Hugo David. "Parce que, pour le coup, moi, tenir la caméra, ce n'était pas ma vocation première, mais en fait, on perdait cette proximité qu'on avait. Et donc, le seul moyen de continuer à être autant authentique, je dirais, quand bien même c'est dans la fiction et la gaudriole, il y a beaucoup d'authenticité, et ça, on pouvait l'atteindre qu'à travers ce dispositif réduit d'être tous les deux".
Si la réalité et la fiction se mélangent dans I love Peru - comme l'indique la citation de Neruda "La vérité, c'est qu'il n'y a pas de vérité" qui l'introduit - Raphaël Quenard et Hugo David cherchaient avant tout l'authenticité dans leur aventure cinématographique.
Ce dispositif a permis, selon Raphaël Quenard, de trouver "une profondeur des émotions qui est inatteignable dans un dispositif de cinéma plus classique".
Questionner la vie d'acteur
Présenté en avant-première au Festival de Cannes dans la sélection Cannes Classics, I love Peru a fait sensation sur la Croisette avec la montée des marches de l'acteur et d'Hugo David, accompagné d'un condor mais aussi d'acteurs présents dans le documentaire.
Le pacte
Car le duo a pu également filmer quelques coulisses de tournage de films avec des comédiens allant de Jean-Pascal Zadi à Jonathan Cohen, en passant par François Civil, Marina Foïs, Eric Judor, Panayotis Pascot, Gustave Kervern, José Garcia et Anaïde Rozam.
Si Raphaël Quenard se lance dans une quête spirituelle jusqu'au Pérou dans ce documentaire, il y questionne aussi le métier et la vie d'acteur. "Je pense que le métier d'acteur – je ne sais pas si ça a été analysé par les institutions médicales compétentes –, mais en vrai, il y a quelque chose de profondément pas normal dans la pratique de ce métier", confie-t-il.
I love Peru lui permet d'exorciser certaines choses à travers des bouts de vie et des gaudrioles cartoonesques qui le protègent. "Un acteur peut se revoir en train de jouer un rôle et il s'auto-analyse", explique-t-il, "C'est un labyrinthe psychologique qui est digne des prisons les plus sécurisées. C'est un Alcatraz psychologique dont je ne sais pas s'il a des effets que bénéfiques".
D'autant que Raphaël Quenard est désormais partout. Après Chien de la casse en 2023, l'acteur est apparu dans pas moins de 14 films, dont Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry, Yannick de Quentin Dupieux, L'Amour ouf de Gilles Lellouche ou encore Leurs enfants après eux de Ludovic et Zoran Boukherma.
"J'ai l'impression aussi que Raphaël est suffisamment sain, qu'il aborde tout ça avec une sérénité qui lui offrira la longévité", estime Hugo David. On lui souhaite celle du monstre de la musique qu'il s'apprête à bientôt incarner, à savoir Johnny Hallyday dans le biopic de Cédric Jimenez.
Propos recueillis par Mégane Choquet le 17 mai 2025 à Cannes.
Le film "I love Peru" est actuellement au cinéma.