"T'inquiète pas, p'tit" : il y a 16 ans, sur le tournage de Kaamelott, ce célèbre acteur français a laissé Alexandre Astier sans voix
Corentin Palanchini
Passionné par le cinéma hollywoodien des années 10 à 70, il suit avec intérêt l’évolution actuelle de l’industrie du 7e Art, et regarde tout ce qui lui passe devant les yeux : comédie française, polar des années 90, Palme d’or oubliée ou films du moment. Et avec le temps qu’il lui reste, des séries.

Le réalisateur et scénariste Alexandre Astier avait rendu hommage à l'acteur Pierre Mondy, qui lui avait livré un grand moment d'acting sur la série "Kaamelott".

Alexandre Astier a toujours adoré les acteurs, il en a même des préférés, pour lesquels il apprécie tout particulièrement écrire, mais aucun ne semble l'avoir autant marqué que l'acteur français Pierre Mondy. Ce dernier a été recruté dans la série Kaamelott pour incarner César, le mentor du jeune Arturus, futur roi de Bretagne.

La suite, c'est Alexandre Astier lui-même qui l'a racontée dans une conférence donnée au Comic Con Paris en 2012 :

"T'inquiète pas, p'tit"

"A un moment, il a un long monologue dans un plumard. (...) Je crois qu'il y a 4 pages de monologue. (...) Il l'a eu le matin même et je vais [le] voir pour lui dire : 'Bon, c'était prévu en plan séquence' - ça veut dire qu'on ne coupe pas la cam, qu'il ne peut pas s'arrêter au milieu ou se tromper - donc je lui dis : 'Pierre, on laisse tomber, désolé, tu n'as eu [le texte] que ce matin...' Il m'a [tapé sur l'épaule] et il m'a fait : 'T'inquiète pas, p'tit'. On a allumé la cam, on a fait deux prises, les deux prises sont à la virgule près. 83 ans."

Sur le plateau de Kaamelott, au moment du dernier jour de tournage de Pierre Mondy, il se fait applaudir, comme le veut la grande tradition du cinéma. Face aux applaudissements, Mondy lâche un pudique : "Les gars, j'ai vingt ans de moins". Astier poursuit :

"Ça veut dire qu'il a fallu un connard comme moi pour qu'il ait un texte qui lui plaise depuis 20 ans. Donc je vais dire un truc. Ça ne se dit pas, mais je vais le dire quand même. Les mecs de TF1 qui l'ont mis dans une série où il se faisait lui-même chier, je les emmerde. Je ne vise personne en particulier, mais quand on a un mec comme ça (...), quand un mec joue comme ça, quand il sait faire ce qu'il faire, quand il a cette culture, quand il vient de là où il vient (...), on ne va pas à 30 km/h avec une Ferrari, c'est blasphème."

Une provocation atténuée

Des propos très tranchés voire même provoquants, sur lesquels Alexandre Astier a tenu à revenir :

Pierre Mondy dans CALT
Pierre Mondy dans "Kaamelott"

"C'était un peu con ce que j'avais dit à l'époque", a-t-il précisé en 2024 au podcast LEGEND. "Effectivement, il était dans 'Les Cordier - juge et flic', ça marchait très bien. Mais moi je ne reconnaissais pas Mondy là-dedans. J'avais l'impression qu'on aurait pu écrire ça pour quelqu'un d'autre. Ce n'était pas pour lui. Il n'y avait pas de tendresse dans ce texte. Il n'y avait pas un truc qui était fait et composé sur mesure. Mais en même temps, au moins [TF1] le faisait bosser. C'est à ça que je ne pensais pas à l'époque. Au moins, il était devant les français. C'est con ce que j'ai dit."

Ce qui est certain, c'est que grâce à sa présence dans Kaamelott, et aussi à l'interview de 2012 qui a beaucoup tourné à l'époque sur internet, Alexandre Astier a contribué à faire redécouvrir Pierre Mondy à une nouvelle génération.

Mais c'était qui, Pierre Mondy ?

Gaumont

Décédé en 2012, Pierre Mondy était avant tout un comédien de théâtre, connu notamment pour avoir été le premier à jouer Oscar au théâtre, avant de mettre en scène Louis de Funès dans le rôle. Il avait débuté au cinéma dans Rendez-vous de juillet de Jacques Becker (1949), porté par Daniel Gélin et dans lequel il apparaissait de manière fugace. Il avait obtenu l'un de ses premiers rôles marquants dans l'Austerlitz d'Abel Gance (1960) dans lequel il interprétait Napoléon.

En 1973, il tourne la comédie Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? qui aura un énorme succès, au point qu'il sera suivi par deux suites. De 1992 à 2005, Mondy jouera le rôle du commissaire Pierre Cordier pour TF1, avant de décrocher sa propre série, Commissaire Cordier, de 2005 à 2008.

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