Sorti il y a 49 ans, ce très grand film oscarisé que tout le monde a oublié est pourtant l'un des meilleurs du cinéma américain des années 70
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Hal Ashby fut l'un des cinéastes américains les plus importants dans les années 70. En 1976, il signait un puissant et émouvant film, rarement cité dans sa filmographie : "En route pour la gloire", consacré au légendaire chanteur folk Woody Guthrie.

Largement tombé dans l'oubli aujourd'hui, Hal Ashby fut pourtant un des plus importants cinéastes américains des années 70. Avant de sombrer dans la drogue et la paranoïa dans les années 80, pour décéder en 1988 alors qu'il n'a que 59 ans.

"Hal Ashby avait le palmarès le plus remarquable de tous les réalisateurs des années 1970. Après Le Propriétaire, en 1970, il fit Harold et Maude, La Dernière corvée, Shampoo, Retour, et Bienvenue Mister Chance en 1979" écrivait Peter Biskind à propos de celui que l'on surnomma "le hippie d'Hollywood", dans son monumental ouvrage consacré au Nouvel Hollywood.

"Ses films, avec leur manière si singulière de combiner la satire et le désenchantement, ont constitué l'une des voix majeurs du Nouvel Hollywood" abonde le cinéaste et historien Jean-Baptiste Thoret, dans son ouvrage "L'esprit retrouvé : Retour de Hal Ashby", édité à l'occasion de la sortie chez Carlotta de ce puissant film porté par Jon Voight et Jane Fonda.

Il ajoute : "à l'époque, il est l'égal d'un Francis Ford Coppola, d'un William Friedkin ou d'un Robert Altman. Et, plus tard, une source d'influence essentielle pour bon nombres de cinéastes contemporains, qu'il s'agisse de Cameron Crowe ou de Wes Anderson".

La voix des sans voix de l'Amérique de la Grande Dépression

Dans la liste de ses oeuvres égrenées plus haut, une d'entre elles manque pourtant à l'appel, et n'est guère souvent citée : En route pour la gloire, sortie en 1976 (et 1977 chez nous). Une oeuvre hélas bien trop méconnue, qui mérite pourtant largement la découverte et une sérieuse réévaluation. En apparence, ce film semble éloigné de cette période contestataire de l'Amérique des 70's dans laquelle Hal Ashby ancre ses oeuvres. En réalité, elle est tout à fait cohérente et complémentaire de ses préoccupations.

En route pour la gloire, c'est le portrait de l'Amérique des laissés pour compte, des migrants et fermiers ruinés par la crise de 1929, qui jette sur les routes des millions d'américains, prenant les chemins de l'exode pour tenter leurs chances en Californie, avec la vague promesse d'un avenir meilleur. Pour souvent, à l'arrivée, cruellement déchanter. Le fil conducteur de ce formidable film, porté à bout de bras par un David Carradine très habité (le futur Bill de Tarantino !), retrace en réalité la vie d'un immense chanteur et guitariste folk américain, Woody Guthrie.

United Artists

Figure emblématique de la culture américaine des hobos («vagabonds» produits par la Grande Dépression), il devint un important porte-parole musical des sentiments ouvriers et populaires. Très marqué politiquement, il composa des chansons exprimant les luttes des pauvres et des opprimés, tout en célébrant leur esprit de résistance libertaire indomptable. Ses chansons militantes inspirèrent le renouveau du folk américain des années 1960, à la tête desquelles on trouve des interprètes tels que Bob Dylan ou Joan Baez. Guthrie est depuis largement entré au panthéon de la mémoire et la conscience de l'Amérique.

Une technique révolutionnaire au service du film

En route pour la gloire a été cité six fois aux Oscars en 1977, et a remporté deux statuettes. Celle de la Meilleure musique, méritée vu son sujet, décernée à Leonard Rosenman. Et l'Oscar de la Meilleure photographie, décerné à Haskell Wexler, immense chef opérateur, qui avait notamment signé la photo de Vol au-dessus d'un nid de coucou et Dans la chaleur de la nuit.

Là aussi un trophée mérité, avec une particularité. Contrairement à une idée largement répandue qui attribue à Shining la paternité du premier usage de la steadicam, c'est le film de Hal Ashby qui l'utilisera pour la première fois.

En fait, il s'agit probablement du seul candidat au prix du meilleur film dont vous n'avez pas entendu parler cette année-là... Il faut dire qu'en face, c'étaient des compétiteurs catégorie poids super lourd : Les hommes du président, Network, Taxi Driver, et le vainqueur dans la catégorie, Rocky...

Envie de découvrir ce superbe film ? Edité chez nous en DVD il y a... 22 ans, il a enfin bénéficié d'une parution en Blu-ray en 2018 chez ESC editions. Une édition très correcte, qui plus est désormais disponible à tout petit prix, sous les 10€. Aucune raison de se priver, donc. Surtout qu'il reste un sacré travail d'évangélisation autour de ce film : il n'a que 54 malheureuses notes sur sa fiche...

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