C'est une success story comme on en voit peu, mais faut-il s'en réjouir ? Squid Game n'était pas censée être une série à rallonge. Conçue comme une œuvre unique, elle a attiré l'attention grâce à sa critique acerbe du capitalisme en mettant en scène des personnes endettées et désespérées dans un jeu mortel pour gagner des millions.
Hwang Dong-hyuk, son créateur, a longtemps porté ce projet, le présentant comme une réflexion sur les inégalités économiques en Corée du Sud. Et le propos est aisément transposable dans n'importe quel pays développé. Pourtant, son succès fulgurant a poussé Netflix à commander une suite, une décision qui a pris Hwang par surprise. Après avoir lutté financièrement pendant des années, il a révélé qu'il n'a pas gagné beaucoup d'argent avec la première saison, malgré l'énorme investissement personnel et créatif qu'il a fourni pendant plus de dix ans.
Après avoir subi cette précarité financière, l'arrivée de cette opportunité inattendue était forcément impossible à refuser. Le succès de la série a conduit Hwang à accepter de prolonger Squid Game, mais à quel prix ? En se laissant envoûter par les sirènes du succès, il semble trahir sa vision initiale d'une critique sociale. Ce qui devait être une œuvre d'art engagée s'est transformé en produit de consommation.
Marchandisation à gogo
Avec le succès jamais vu et international de Squid Game, l'exploitation de produits dérivés s'est imposée comme une évidence. Les costumes emblématiques des soldats en rose, armés de leurs masques – tellement pop – ont franchi l'écran pour habiller les fans. Ces tenues, qui symbolisent la brutalité et la violence de la série, sont désormais vendues comme des déguisements pour Halloween. Ironie de voir une série, qui dénonce le cynisme d'un système capitaliste où la dignité humaine est anéantie au nom d'un divertissement mortel, se retrouver à promouvoir des produits dérivés qui exploitent cette même violence.
No Ju-han/Netflix
Cette marchandisation ne s'arrête pas aux costumes. Netflix a même lancé une émission de télé-réalité inspirée de la série, Squid Game: Le Défi, où les participants s'affrontent pour un prix de 4,5 millions de dollars. Bien que tous les participants soient repartis en un seul morceau, ce concept reflète une exploitation cynique de l'œuvre originale. La série, qui devait être un cri de révolte, est devenue alors un pur spectacle commercial sans aucun fond.
Le jackpot pour Netflix
Aujourd'hui, Squid Game est bien plus qu'une série : c'est une véritable marque. Son succès a permis à Netflix de capitaliser sur cette franchise, de générer d'énormes profits. Bien que rien n'ait été officiellement annoncé, des rumeurs de spin-offs planent, et un remake américain sous la direction de David Fincher est dans les cartons. De quoi se poser des questions sur l'intégrité du message original de la série. Comment une œuvre qui critique le capitalisme peut-elle devenir une machine à cash ?
Hwang Dong-hyuk, tout en reconnaissant le succès commercial, semble conscient du paradoxe. Il admet que la série existe dans un système capitaliste et que les partenariats avec des marques – en l'occurrence McDonald's et Uber – sont inévitables. "On a commencé par vouloir créer un produit commercial. Ce serait trop facile de critiquer le fait de vouloir tirer profit de quelque chose qui critique le système capitaliste. Aucun studio ne voudra créer une histoire trop critique envers la société," dit-il au Guardian.
No Ju-han/Netflix
Finalement, Squid Game incarne la dualité d'une œuvre qui dénonce le capitalisme tout en profitant de ses dérives. Hwang Dong-hyuk a réussi à créer une série qui captive et questionne, mais il a également ouvert la porte à une exploitation commerciale qui pourrait compromettre son message. Mais au final, c'est toujours le consommateur et/ou le spectateur qui choisit. On peut bien critiquer la série, mais on ne peut nier que Squid Game nous pousse à interroger notre propre rapport à la consommation et à la culture.