Si l'on écarte les documentaires -souvent tout à fait remarquables- consacrés aux anciens criminels de guerre nazis, leurs traques et / ou leurs procès (citons Hotel Terminus, consacré à Klaus Barbie; Un spécialiste, consacré au procès d'Adolf Eichmann en 1961, enlevé à Buenos Aires...), la traque et la cavale d'anciens nazis a fait l'objet de nombreuses fictions.
Entre 1974 et 1978, Hollywood produisit une trilogie non officielle de films centrés sur de vastes réseaux conspirationnistes mettant en scène des nazis. Des films très solides, qui plus est : Le dossier Odessa de Ronald Neame.
L'extraordinaire Marathon Man de John Schlesinger, qui voie Dustin Hoffman pourchassé par un Laurence Olivier en ancien criminel de guerre nazi, contraint de sortir de sa tanière en Amérique du Sud pour récupérer son trésor de guerre. Et Ces garçons qui venaient du Brésil de Franklin J. Schaffner.
Trois fictions, toutes basées sur des romans à succès d'ailleurs. Hasard (ou pas...) très troublant du calendrier : un an après la sortie de Ces garçons qui venaient du Brésil, le Département de la Justice aux Etats-Unis a créé l'OSI, l'Office of Special Investigations, dont le but fut de traquer les anciens criminels de guerre nazis confortablement installés dans le pays, leur retirer la citoyenneté américaine et les traduire devant les tribunaux pour leurs crimes de guerre durant l'Holocauste...
Un ange de la mort toujours vivant
Basé sur le roman d'Ira Levin, Ces garçons qui venaient du Brésil plante son intrigue au début des années 70. Ezra Lieberman, qui traque depuis plus de vingt ans les criminels nazis, reçoit un étrange coup de téléphone du Paraguay : un jeune américain prétend avoir surpris une conférence tenue par le sinistre docteur Mengele.
L'ancien médecin-chef d'Auschwitz, réfugié en Amérique du Sud après la guerre, aurait commandité l'assassinat de 94 fonctionnaires aux quatre coins du monde. Quand la source est assassinée, Lieberman décide d'enquêter sur cette mystérieuse affaire, sans savoir qu'il s’apprête à découvrir une conspiration d'une horreur inqualifiable...
Swashbuckler Films
Il n'est guère étonnant que les créateurs de la série Hunters, diffusée sur Prime Video, citaient ouvertement le film de Franklin J. Schaffner comme une influence prépondérante. Cette fiction qui mélange les genres, entre l'espionnage, la science-fiction (l'uchronie même), le récit politique et le thriller, reste toujours aussi saisissante et glaçante, en retraçant ce qui aurait pu être la cavale et les dessins de l'atroce Dr Joseph Mengele, l'ange de la mort, le bourreau d'Auschwitz, qui a vécu 35 ans en Amérique du Sud et y mourut accidentellement, en 1979 au Brésil, quelques mois après la sortie du film.
Un rôle unique pour Grégory Peck
Lorsqu'on songe à un acteur de la trempe de Gregory Peck, on pense naturellement aux personnages qu'il a incarné dans sa grande carrière; souvent d'une grande rectitude morale, adorés par le public.
A l'image de son extraordinaire composition oscarisée dans le merveilleux Du Silence et des ombres, où il incarne Atticus Finch, l'avocat veuf élevant ses deux enfants dans une Amérique sudiste en proie à la ségrégation. Il y a bien eu quelques incarnations de personnages moralement contestables, comme le capitaine Achab de Moby Dick, ou celui de son western classique Duel au soleil. Il n'empêche.
Swashbuckler Films
Les équipes du studio avaient bien conscience que ce rôle de méchant absolu joué par Gregory Peck dans Ces garçons du Brésil était véritablement le premier rôle de salaud jamais incarné par lui à l'écran, et en avaient même fait un argument promotionnel autour de l'oeuvre. Peck, lui, dira que la principale raison pour laquelle il avait accepté de jouer dans le film était de donner la réplique à son illustre collègue Laurence Olivier.
Non sans une certaine ironie, Olivier incarne ici l'exact opposé de son rôle tenu dans Marathon Man. Dans Ces garçons qui venaient du Brésil, son Ezra Lieberman n'est autre que le pendant fictionnel de Simon Wiesenthal, le vrai chasseur de nazis après la guerre.
"Ils vont cloner des gens en un rien de temps"
Cette histoire de recréation d'un IIIe Reich avec des clones d'Hitler était sacrément en avance sur son temps. Quinze ans avant Jurassic Park, le film de Franklin J. Schaffner parlait de clonage, mais humain; un domaine qui relevait à l'époque de la pure science-fiction.
"A cette époque, qui connaissait le clonage ? Le livre était radical. Toute cette idée était absolument incroyable et n'avait pas été abordé par un autre auteur" racontait Heywood Gould, le scénariste du film, dans un entretien avec SYFY Wire.
"J'ai eu une idée de la manière dont le clonage était effectué et je l'ai intégrée au scénario. J'avais l'impression d'être un scientifique, bien que je ne le sois pas". Dans ses recherches, le scénariste est allé voir un scientifique en Pennsylvanie, qui avait réussi à cloner une crevette.
"Il m'a expliqué comment ils procédaient et m'a dit : "Ils vont cloner des gens en un rien de temps". Je me suis dit : “Non, ce n'est pas possible”, mais il m'a répondu : "si, ça va arriver. C'est un processus technologique et à un certain moment de l'Histoire, tout le monde sera capable de le faire, et c'est ce qui est en train de se passer".
Swashbuckler Films
Si la brebis Dolly fut le premier clone de mammifère de l'histoire, née en juillet 1996, on n'en est pas encore tout à fait à cette réalité du clonage humain. Le 8 mars 2005, l'Assemblée générale des Nations unies a décidé d'interdire le clonage, même à des fins thérapeutiques. La Déclaration des Nations unies sur le clonage des êtres humains n'est toutefois pas contraignante. Chaque pays légifère en la matière. Et c'est peu dire que d'immenses questions d'éthiques sont soulevées...
Envie de découvrir Ces garçons qui venaient du Brésil ? Le film n'est hélas disponible sur aucune plateforme de streaming, mais il l'est en revanche en DVD / Blu-ray.