Sorti il y a 45 ans, ce chef-d’oeuvre du film de guerre injustement méconnu est un des plus grands films jamais réalisés du cinéma australien
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Cité à l'Oscar du meilleur scénario en 1981, unique film ayant pour toile de fond un conflit très méconnu, la terrible guerre des Boers en Afrique du Sud, "Héros ou salopards" est un très grand film, resté invisible des décennies en France.

A la fin de la seconde guerre des Boers (1899-1902), qui oppose l'empire britannique aux républiques Boers (l'État libre d'Orange et la république sud-africaine du Transvaal), trois officiers australiens membres de l'unité des carabiniers Bushveldt (infanterie montée) sont traduits en cour martiale. Lorsque le capitaine de leur unité tombe dans une embuscade et est tué par les Boers, ces trois soldats, menés par le lieutenant Harry "Breaker" Morant, cherchent à se venger.

Capturant un Boer portant la veste du défunt capitaine, celui-ci est immédiatement passé par les armes en représaille. Ce meurtre et la disparition d'un missionnaire allemand conduisent à l'arrestation des trois soldats.

Lord Kitchener, qui commande les troupes britanniques dans cette guerre, espère achever la Seconde Guerre des Boers par une conférence de paix. Il utilise donc le procès du lieutenant Morant et les deux autres pour montrer sa volonté de juger ses propres soldats fermement, ayant outrepassé les règles de la guerre.

Mais l'affaire est compliquée, car il s'agit d'une mise en accusation de meurtre par des soldats en service actif. Et on ne laisse qu'une seule journée à l'avocat de la défense, le Major Thompson, pour se préparer à sauver la vie de ses clients...

Une des affaires les plus iniques des annales de l'Histoire de la justice militaire

L'Australie a révélé de très grands réalisateurs, comme Peter Weir ou George Miller, pour ne citer que les plus connus. En 1980, il a fallu compter sur Bruce Beresford, avec son extraordinaire film Héros ou salopards. Car cette oeuvre est l'un des très rares, sinon la seule, à être intégralement consacrée à l'épisode de la guerre des Boers (un mot hollandais qui signifie "paysans").

Une guerre terrible qui reste très méconnue par le grand public. Porté notamment par le formidable et regretté comédien britannique Edward Woodward sous les traits du lieutenant Morant, avec un casting restant 100% australien, et une somptueuse photographie signée par le chef op' réputé Donald McAlpine, cette authentique histoire est considérée comme l'une des affaires les plus iniques des annales de l'Histoire de la justice militaire. Aujourd'hui, Harry Morant est devenu une figure populaire en Australie.

Le film fut cité à l'Oscar du Meilleur scénario en 1981. L'acteur Jack Thompson, qui campe l'avocat, remporta le Prix du Meilleur acteur dans un second rôle au festival de Cannes en 1980, tandis que le film concourait pour la Palme d'or. Par ailleurs, le film obtint 10 récompenses décernées par l'Australian Film Institute, parmi lesquelles celle de Meilleur réalisateur pour Bruce Beresford, celle de Meilleur film et Meilleur scénario.

Une oeuvre rare, invisible en France durant plusieurs décennies

En dépit de ces couronnes de lauriers, le film reste malheureusement trop largement méconnu chez nous. Il suffit de jeter un oeil sur sa fiche : il n'a que 35 malheureuses notes... C'est dire s'il reste du travail pour évangéliser les foules. Par bonheur, le film a bénéficié en 2022 d'une belle édition combo DVD / Blu-ray, édité par Rimini.

C'est un très grand film, historiquement passionnant qui plus est. Les Boers étaient en effet les vrais inventeurs des tactiques de guérilla dans un conflit. Tout comme c'est l'occasion de battre en brèche une idée reçue par le grand public : les premiers camps de concentration n'ont pas été construits par les nazis, mais bien par les britanniques, pour y interner dans des conditions effroyables les populations civiles boer et indigène.

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