Dora, ex-institutrice, gagne sa vie en écrivant des lettres pour les migrants illettrés à la gare centrale de Rio. Ana et son jeune fils Josue font appel à ses services pour retrouver le père de Josue.
Lorsque Dora rentre dans son petit appartement de banlieue, elle fait le tri des lettres de la journée, en envoie certaines, jette les autres et en garde une partie dans un tiroir. C'est ce qui arrive à la lettre de Josue. Quand sa mère meurt, renversée par un bus, Josue demande à Dora de l'aider à retrouver son père. D'abord insensible, Dora finit par accepter de l'aider...
Tandis que son dernier film Je suis toujours là, sorti en début d'année, revient sur les heures noires de la dictature au Brésil, c'est avec bonheur que l'on se replonge dans le film qui consacré Walter Salles en 1998 sur la scène internationale. Et de quelle manière !
Multirécompensé à travers le monde, Central do Brasil avait récolté l'Ours d'or au festival du film de Berlin, l'Ours d'argent de la Meilleure actrice pour Fernanda Montenegro; deux citations aux Oscars ou même le Golden Globe du Meilleur film étranger, pour ne citer qu'une poignée de récompenses.
"N'importe quel être sensible se transforme face à la déchéance sociale"
Dans cette fameuse gare centrale qui donne son nom au titre du film, des millions de visages et d’histoires se croisent, constituant la métaphore d'un pays tout entier, dans sa diversité, sa splendeur et sa misère. Sa foi vibrante aussi, et, au-delà, tend un miroir à l’Humanité. Les pauvres et les faibles, tentés par les mirages de la grande ville, sont broyés dans l’indifférence générale.
Si le film est porteur d'une charge émotionnelle pas loin d'être dévastatrice, il le doit déjà à la merveilleuse incarnation du tout jeune Vinicius de Oliveira, véritable gosse des rues et cireur de chaussures dont le réalisateur a d’abord croisé le regard dans une gare de Rio. Une complicité et une alchimie absolument parfaite avec Fernanda Montenegro, immense actrice de théâtre et légende absolue au Brésil, considérée comme l'équivalente d'une Jeanne Moreau. Et qui est toujours vaillante du haut de ses 95 ans désormais.
"j'ai abordé cette femme en imaginant qu'elle était très proche de moi. je me suis demandé si, dans la même situation, je ne serai pas devenue comme elle ou je n'aurai pas étouffé toute miséricorde face à la vie" disait-elle à l'époque de la sortie du film. "Ce sentiment de miséricorde est toujours resté présent dans un coin de ma mémoire. [...] N'importe quel être sensible se transforme face à la déchéance sociale, à la survie à tout prix, à la violence et à la vieillesse".
Dans cette perspective, Central do Brasil est vraiment une oeuvre qui fait du bien au coeur et à l'âme. A voir sur Arte.tv, disponible jusqu'au 31 décembre 2025.