L’un des rôles les plus délicats à attribuer dans Boogie Nights de Paul Thomas Anderson a sans doute été celui du réalisateur de films pornographiques Jack Horner, un rôle qui a été finalement attribué à Burt Reynolds.
Cependant, ce dernier ne s’est pas bien entendu avec le réalisateur pendant le tournage. Dans ses mémoires, publiés en 2015, l’acteur a ainsi déclaré : “Je n’étais pas ravi d’être dirigé par un gars plus jeune que certains sandwichs que j’ai mangés.” Paul Thomas Anderson avait 26 ans à l’époque du tournage.
Plus tard, lors d’une apparition sur le plateau du talk-show de Conan O’Brien (via WhatCulture), Burt Reynolds a également admis avoir eu envie de “frapper” Anderson pendant le tournage et n’avoir jamais vu le film. Une fois le tournage terminé, l’acteur aurait même licencié son agent pour lui avoir recommandé le projet.
Mais dans un retournement de situation assez hilarant, Reynolds a finalement remporté le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle pour sa performance dans Boogie Nights, tout en recevant sa première et unique nomination aux Oscars dans la même catégorie.
Pour rappel, le film, noté 3,8 sur 5 par les spectateurs d'AlloCiné, raconte l’histoire du jeune Eddie Adams, en 1977, plongeur dans une boîte de nuit à la mode de San Fernando Valley. Sa vie de famille n’est pas rose entre un père muet et une mère qui lui reproche d’être un raté. C’est alors qu’il fait la connaissance de Jack Horner, qui va le propulser dans le monde du cinéma porno. Eddie devient alors une star internationale sous le nom de Dirk Diggler. Outre Reynolds, le long-métrage met aussi en scène Mark Wahlberg dans le rôle principal, accompagné de Julianne Moore, Don Cheadle, John C. Reilly, Heather Graham, William H. Macy, Philip Seymour Hoffman ou encore Luis Guzmán.
New Line Cinema
Ainsi, malgré son aversion pour le long-métrage et son réalisateur, Burt Reynolds a livré dans Boogie Nights l’une des performances les plus marquantes de sa carrière. Ironiquement, ce rôle qu’il a tant détesté est aussi celui qui lui a valu la reconnaissance critique la plus prestigieuse : preuve que, parfois, les plus grandes réussites naissent dans les conditions les plus inattendues – un fait qui l’a probablement encore plus énervé !
L’avis de Paul Thomas Anderson
En 2017, un an avant le décès de Burt Reynolds, Paul Thomas Anderson a lui aussi évoqué le sujet, notamment à la radio face à Andy Cohen.
“J’ai appris récemment qu’il avait accordé une interview où il semblait dire qu’il appréciait désormais le film (...)”, a expliqué le réalisateur. “Il y avait un décalage entre ce qu’il imaginait et le résultat final. Et pendant des années, ce rôle ne lui a pas vraiment plu. Mais vous savez, je pense que suffisamment de gens lui ont dit au fil des ans : ‘C’est l’une de tes plus belles performances, c’est un film formidable”, que peut-être – je ne lui en ai pas parlé – qu’il le perçoit différemment aujourd’hui.”
Concernant la tension entre eux, il a ajouté : “Il y avait une certaine tension. J’avais 26 ans, j’étais vraiment plein d’assurance et de confiance, je criais des ordres à tout le monde, et j’essayais simplement de faire en sorte que ce film se réalise. Et je pense qu’une partie de tout cela visait probablement Burt, et il ne l’a pas bien reçu – non pas qu’il aurait dû.”
New Line Cinema
Le cinéaste a toutefois tenu à préciser qu’il n’y a pas eu que de mauvais moments sur le tournage, loin de là : “Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de beaux moments. Je me souviens de la fois où j’ai dirigé Burt Reynolds dans un jacuzzi. C’était une journée formidable, il était formidable, on s’entendait à merveille et tout s’est bien passé. Je me souviens avoir pris du recul et avoir eu une perspective plus large et je me suis dit : ‘J’ai fait tourner John Reilly, Marky Wahlberg et Burt Reynolds dans un jacuzzi.’ Et je me suis dit : ‘C’est une bonne journée.’ Vous savez, il y en a eu plein.”
Boogie Nights est à revoir en VOD.