L'accueil très froid de la presse réservé au Grand Bleu lors de sa présentation cannoise en 1988 n'est un secret pour personne. Les retours après la projection matinale réservée aux journalistes s'étaient en effet révélés particulièrement glacials, ce qui avait profondément affecté Luc Besson (que Gérard Lanvin avait écoeuré sur le tournage du film).
Dans un entretien accordé récemment à nos confrères de Legend, le réalisateur, dont le Dracula est actuellement en salles, est revenu sur une journée particulièrement douloureuse à vivre. "Je me souviens être rentré dans l'hôtel et avoir les gens qui se poussent. Tu sens le gaz. T'as le COVID. Des gens que je connais et qui tournent la tête", se souvient Luc Besson. "C'était une déflagration. Ils ont vraiment tué le film tout de suite, dès 9h du matin..."
"L'image ! Hé, l'image !"
Après la très mauvaise réception critique de son Grand Bleu, programmé en ouverture du Festival, Luc Besson s'attendait peut-être à un moment plus doux avec la projection officielle du soir. Mais celle-ci fut pour le moins chaotique avec un événement assez dingue qui lui a valu d'être "en sueur" pendant deux heures.
"La projection démarre. Et au bout de trois minutes, car c'est du 35 millimètres, y'a l'image qui tout doucement monte, t'as la barre noire et tu commences à voir l'image suivante. Là, je sue...", poursuit le cinéaste, toujours au micro de Legend. "Je me dis "Putain, mais qu'est-ce qui se passe ?" Et y'a deux, trois personnes qui font "L'image ! Hé, l'image !" Et là, je vois un mec qui est en train de bousculer tout le monde dans le rang pour venir me voir et je me dis "Aïe, aïe, aïe...""
Et Besson de poursuivre le récit de cette folle anecdote : "C'est le mec du projectionniste qui me dit "Monsieur Besson, le clapet latéral du projecteur 1 a claqué, donc y'a mon gars qui tient avec son doigt. Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on arrête et on passe tout sur l'autre truc ou on continue ?". Y'a juste 2800 personnes, c'est l'ouverture... T'as trois, quatre secondes, et je dis "Je vous envoie du monde.""
"À chaque fois qu'il changeait de doigt, y'avait l'image qui remontait et puis qui redescendait"
"Je prends trois, quatre mecs qui étaient là, le monteur, le machin, je leur dit "Suivez-le"", conclut le réalisateur. "Et pendant tout le film, y'avait un mec qui avait le doigt sur le curseur et à chaque fois qu'il changeait de doigt, y'avait l'image qui remontait et puis qui redescendait. Et moi, pendant deux heures, je suis en sueur et je ne vois que cette barre qui monte. C'est tout ce que j'ai vu du film."
Au final, la projection officielle du Grand Bleu se déroule correctement (sauf pour Besson), avec "une standing ovation qui dure assez longtemps", comme le précise le réalisateur. "Et c'était du vrai public. La soirée, bizarrement, se passe très, très bien. Y'a plein de gens qui viennent me voir et qui me disent que c'est incroyable, que c'est génial. Du coup, on avait cette espèce de chaud/froid où on savait plus trop quoi penser..."
Après cette journée folle du 11 mai 1988 qui aura vu Le Grand Bleu descendu par la presse puis avoir frôlé la catastrophe lors de sa projection événement, Luc Besson aura quelques jours plus tard la satisfaction de voir son oeuvre plébiscitée par le public. Film générationnel emmené par Jean-Marc Barr, Jean Reno et Rosanna Arquette, il a attiré plus de 9 millions de spectateurs dans les salles hexagonales.
La bande-annonce du "Grand Bleu" :