A l'évocation du nom de Mohammad Rasoulof, on repense à ces images très fortes, vécues au sein même du Grand Théâtre Lumière du Festival de Cannes, en mai 2024. Le cinéaste était là, fier, souriant, marchant d'un pas assuré, sous les applaudissements d'une salle pleine à craquer. Un moment historique.
Condamné à 8 ans de prison, le réalisateur iranien avait réussi à fuir son pays pour venir présenter son film en compétition à Cannes, Les Graines du figuier sauvage.
Le cinéaste vit en exil depuis. Ce lundi, il était au Festival de Locarno, où on lui a décerné le premier Locarno Città della Pace Award. Il s'agit d'un nouveau prix récompensant des œuvres et des cinéastes engagés pour la paix, le dialogue et la diplomatie, qui sera décerné tous les deux ans).
A Locarno, il a accordé des entretiens, notamment à Variety et The Hollywood Reporter. L'occasion de prendre des nouvelles depuis la sortie en France de son dernier film, le 18 septembre 2024, Les Graines du figuier sauvage, prix spécial du jury à Cannes.
Dans The Hollywood Reporter, il fait le point sur ses projets et sur la possibilité de retourner en Iran. "Ma question n’est plus : “Quel scénario tourner en premier ?” mais : “Que dois-je faire ?” Dois-je rester ici [en Europe] ou retourner en Iran ?"
Il indique sa peur à l'idée de peut être retourner en Iran : "Oui, j’ai peur. C’est humain. Mais ce qui m’importe aujourd’hui, plus que d’affronter mes propres peurs, c’est de savoir comment résister à ce régime. Est-ce en rentrant, malgré les dangers, ou en restant ici pour travailler sur un nouveau film ?"
Le cinéaste précise avoir 3 scénarios prêts, se déroulant soit en Europe soit aux États-Unis, tout en restant intimement liés à l’Iran : "Le premier date de 2012, avec un producteur qui attend toujours que je le tourne. Le deuxième a été écrit vers 2022-2023, alors que je vivais en Iran, entre deux séjours en prison. Le dernier est une histoire récente, très personnelle, qui me touche profondément."
Qui suis-je ? Que signifie être moi ? Où poursuivre mon combat ? C’est cela qui déterminera mon prochain film
Dans Variety, il souligne qu'il est prêt à partir sur un nouveau projet, tout en insistant sur la réflexion qui l'occupe actuellement sur les choix à faire : "Si je voulais tourner un film en Europe ou en Occident aujourd’hui, tout serait prêt. (...) La question n’est pas de savoir quand commencer à le faire. Ce qui m’importe, c’est : “Qui suis-je ? Que signifie être moi ? Où poursuivre mon combat ?” C’est cela qui déterminera mon prochain film."
Lorsque nous l'avions rencontré en septembre 2024, il nous avait déjà fait part des questionnements qui l'animaient : "Je me demande quels moyens trouver dans cette nouvelle géographie où je me trouve à vivre, étendre mes relations humaines. Ca m'intéresse de rencontrer de nouvelles personnes, de nouveaux peuples, et donc essayer d'imaginer des histoires qui puissent établir cette relation nouvelle, qui puissent à la fois être liées à un peuple, mais aussi à la nouvelle géographie qui m'accueille. C'est ce qui me travaille en ce moment."
Il nous avait également partagé sa vision du cinéma : "L'art et la création, c'est une thérapie pour moi. J'ai beaucoup de questions sur la vie, sur l'existence, sur ce qui m'environne. Mais parce que j'ai toujours vécu dans un système autoritaire, je n'ai jamais pu porter mon regard vers ce qui est de l'ordre existentiel. Je me suis toujours retrouvé à me confronter aux droits les plus élémentaires.
L'art et la création, c'est une thérapie pour moi.
Pour moi-même, comme pour nos peuples. Pourquoi est-ce que ces droits-là nous en sommes privés. Pour moi, c'est vraiment une liberté d'expression dans son sens le plus basique aussi. Cc'est le fait de faire des films qui me donne le sentiment de pouvoir revendiquer cette liberté. Pour moi, c'est de l'ordre de la création."
A la fin du mois, Mohammad Rasoulof sera au Festival de Venise, en tant que membre du jury.
Les Graines du figuier sauvage est disponible en VOD et DVD.