C'est l'une des scènes d'ouvertures les plus brillantes du cinéma : il y 16 ans, elle ne nous a pas laissé respirer pendant 20 minutes
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

On le sait tous, Quentin Tarantino est le Mozart du dialogue, le Beethoven de la réplique qui tue ! En 2009, il nous a offert une séquence qui restera gravée au panthéon des plus belles ouvertures du cinéma !

Le 19 août 2009, en tant que fan de Quentin Tarantino, vous vous souvenez sûrement du jour où vous avez pris place dans votre cinéma préféré pour découvrir Inglourious Basterds. Confortablement installé sur le fauteuil rouge molletonné, vous avez fébrilement attendu le début du long-métrage, impatient de découvrir le nouvel opus du natif de Knoxville.

Inglourious Basterds
Inglourious Basterds
Sortie : 19 août 2009 | 2h 33min
De Quentin Tarantino
Avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz
Presse
3,7
Spectateurs
4,3
Streaming

À ce moment-là, personne n'avait prévu la claque que Tarantino allait nous donner avec sa scène d'ouverture. Habituellement, les blockbusters débutent avec une séquence explosive et très rythmée, afin de mettre le spectateur immédiatement dans le bain et fixer son attention.

Une ouverture magistrale

Tarantino choisit l'option inverse. Un fondu au noir laisse apparaître un joli coin de la campagne française. L'ambiance est douce et champêtre. On peut même sentir le vent nous caresser le coin de la nuque.

Au loin, un homme coupe du bois, pendant qu'une inscription apparaît à l'écran : 1941. Une femme étend son linge, puis aperçoit au loin une voiture de l'armée allemande, escortée par 2 motos. L'homme plante sa hache sur la souche d'arbre et ordonne aux enfants de rentrer puis de fermer la porte.

En quelques plans, Tarantino installe une tension qui taquine l'échine du spectateur. Il nous montre un homme qui coupe du bois habillé avec des bretelles, mais on est loin de l'ambiance Charles Ingalls dans La Petite maison dans la prairie. Rythmées par une réorchestration dissonante de La Lettre à Elise de Beethoven, ces première secondes donnent immédiatement le ton.

Universal

La voiture arrive et le Colonel SS Hans Landa se présente à Perrier LaPadite. Le ton est très cordial et rien ne laisse supposer de ce qui va se passer par la suite. Ces deux personnages sont incarnés par deux acteurs qui allaient ensuite avoir une grande carrière, Christoph Waltz et Denis Ménochet.

Une des filles de LaPadite est d'ailleurs jouée par une certaine Léa Seydoux. Tarantino a le chic pour dénicher les talents et Inglourious Basterds ne fait pas exception à la règle. Au cours de la discussion entre Landa et l'exploitant laitier, on comprend que la famille cache des Juifs dans son sous-sol.

Mise en scène brillante

Si le Colonel le découvre, c'est la fin pour tout le monde. Le réalisateur nous le montre grâce à une idée visuelle géniale, un travelling vertical descendant doucement à travers le plancher. La caméra nous laisse apercevoir des personnes dissimulées, retenant leur respiration pour ne pas être repérées.

Tarantino tisse tranquillement sa toile pendant cette séquence, déployant toute sa maîtrise de la tension, s'inspirant du concept hitchcokien de "la bombe sous la table". Le spectateur sait quelque chose que les personnages ignorent (ou prétendent ignorer), ce qui crée une tension dramatique extrême. On sait que ça va exploser, mais on ne sait pas quand, ni comment, et on reste scotchés à notre siège.

Universal

Pendant 20 minutes, Landa cuisine LaPadite, lui faisant perdre ses moyens en passant du français à l'anglais, lui faisant petit à petit perdre ses moyens. Le militaire allemand, sous ses airs aimables et joviaux, cache une personnalité manipulatrice, glaciale et cruelle. Tarantino l'a doté d'une attitude courtoise et bienveillante pour mieux nous entraîner dans son récit.

Au début, le réalisateur prend le temps d'installer des cadres larges, avant de resserrer petit à petit ; ainsi, le spectateur se sent peu à peu pris au piège, comme le personnage de LaPadite, qui va se retrouver coincé dans la toile d'araignée tissé par l'inquiétant SS. Intelligemment, Tarantino isole le public et le fermier dans un environnement bucolique (une ferme de campagne) qui devient angoissant et oppressant.

Tarantino, virtuose des mots

Cette séquence, d'une virtuosité d'écriture et de mise en scène, est sûrement l'une des meilleures jamais écrites par Tarantino. Dialogue long, détaillé, rythmé et polyglotte (français, anglais, allemand), on boit ces paroles comme du petit lait.

Chaque ligne sert à creuser les personnages et à faire monter la tension. Landa utilise sa maîtrise du langage comme arme, contrôle la conversation et impose le passage à l’anglais (ce qui est aussi un choix de mise en scène pour dévoiler ce que les Juifs cachés ne comprennent pas). Brillant !

La séquence explore aussi l'idée que les monstres ne sont pas toujours bruyants ou grotesques ; parfois, ils sont polis, cultivés, bien habillés et impeccablement rasés. En écrivant ce personnage de méchant de cette manière, Tarantino prend tout le monde à contre-pied. Personne ne s'attendait à un Colonel SS aussi cruellement affable.

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En 2015, lors du Comic Con de San Diego, Tarantino a d'ailleurs révélé que cette séquence était sa favorite : "Je pense que ma scène préférée parmi tout ce que j’ai écrit, c’est celle de la ferme française au début d'Inglourious Basterds", a révélé Tarantino. "C'est mon meilleur film", a-t-il également confié au micro du podcast Church of Tarantino.

Grâce à sa performance, Christoph Waltz obtiendra l'Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle en 2010. Son incarnation habitée du Colonel Hans Landa fera entrer ce personnage dans la légende, et cette scène restera aussi gravée dans la mémoire des spectateurs à tout jamais.

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