De quoi ça parle ?
Certains combats peuvent changer le cours de l'histoire. Denis Mukwege, médecin congolais et futur Prix Nobel de la paix, soigne — au péril de sa vie — des milliers de femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo. Sa rencontre avec Guy Cadière, chirurgien belge, va redonner un souffle à son engagement.
Attention, cet article traite de sujets sensibles.
C’est le prix du public du dernier Festival du film francophone d’Angoulême ! Un prix très convoité, qui s'est accompagné de deux autres récompenses (Valois des étudiants francophones et Valois de l'acteur pour Isaach de Bankolé).
Muganga est film inspiré de faits réels suit la trajectoire de Denis Mukwege, médecin congolais et futur Prix Nobel de la paix, et Guy Cadière, un chirurgien belge. Le combat du Docteur Mukwege avait déjà fait l’objet d’un documentaire, L’Homme qui répare les femmes, sorti en 2015.
Ici, sa réalisatrice Marie-Hélène Roux fait le choix d’un film empruntant à la fiction, en s'éloignant du documentaire donc. Elle ne cherche pas à faire un film purement biographique. Le but est plutôt une "mise en lumière d’un moment clé" : celui de la rencontre entre Denis Mukwege et Guy Cadière, "où l’on perçoit la violence mais aussi la résistance, la dignité et l’action commune", comme le souligne la réalisatrice et scénariste.
Ces femmes sont des survivantes !
Le film insiste également sur les femmes qui les entourent. "Le docteur Mukwege rappelle souvent qu’il ne travaille pas seul. Et pour moi, il était essentiel que les femmes soient incarnées pleinement, qu’elles ne soient pas réduites à des chiffres, à des symboles ou à des figures de victime. Ce sont des survivantes ! Je voulais montrer comment elles vivent, comment elles rient, comment elles s’entraident, et surtout comment elles sont les véritables actrices de leur propre reconstruction."
Cela donne un long métrage puissant, avec des images fortes, parfois dérangeantes. Il témoigne de la brutalité dont font l’objet les femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo et le climat de terreur que cela instaure.
Le viol détruit tout : les corps, les familles, les communautés, la société
"Le viol est devenu une arme de guerre parce qu’il est à la fois peu coûteux et redoutablement efficace, indique Marie-Hélène Roux, précisant se baser sur ce que lui a expliqué le docteur Mukwege. Une balle, dans un pays où le salaire moyen est d’un dollar par jour, coûte cinq dollars. Le viol, lui, ne coûte rien — et il détruit tout : les corps, les familles, les communautés, la société. Il provoque l’exode des populations, détruit les villages, installe la peur. Et derrière, ce vide laissé par la terreur permet aux groupes armés d’accéder plus librement aux ressources naturelles.
Et d'ajouter : "Le Kivu concentre à lui seul 80 % des réserves mondiales de coltan, un minerai indispensable à la fabrication de nos téléphones, de nos ordinateurs, de nos objets connectés. Ce que j’ai compris sur le terrain, c’est que cette violence n’est pas accidentelle. Ce n’est pas une expression du chaos : c’est une stratégie. Une mécanique cynique, pensée pour contrôler des zones entières et faciliter l’exploitation de leurs richesses."
10 ans de travail
Muganga est un projet qui a nécessité 10 ans de travail avant d’arriver dans nos salles de cinéma. Il est d'ailleurs soutenu par Angelina Jolie qui s’est investie en tant que coproductrice.
"J’espère que le film éveillera. Qu’il bousculera. Qu’il donnera envie d’agir aux côtés de ces femmes et de ces hommes qui nous montrent le chemin. La situation au Kivu est dramatique, et on en parle trop peu. Le docteur Mukwege m’a dit : « J’ai reçu toutes les médailles. Ce qu’il faut maintenant, c’est que les choses changent. Je crois que ce film peut impulser le changement ».
Le cinéma peut créer un espace d’écoute, de regard, de conscience
Le cinéma ne change pas le monde, mais il peut provoquer un sursaut. Il peut créer un espace d’écoute, de regard, de conscience. Si Muganga peut, à sa mesure, faire émerger une parole, un débat, une prise de conscience, alors il aura trouvé sa place", conclut Marie-Hélène Roux.
Le film réunit notamment Isaach de Bankolé, Vincent Macaigne, Manon Bresch, Déborah Lukumuena. Il sort au cinéma ce mercredi 24 septembre.