Ça parle de quoi ?
Au cœur des montagnes du sud du Maroc, Luis, accompagné de son fils Estéban, recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de ravers en route vers une énième fête dans les profondeurs du désert. Ils s’enfoncent dans l’immensité brûlante d’un miroir de sable qui les confronte à leurs propres limites.
Marche ou rave
"Il fallait être là" : combien de fois a-t-on entendu cette phrase au Festival de Cannes, pour parler de ces séances où le spectacle était aussi bien à l'écran que dans la salle (de façon positive ou négative), ou tout simplement de vrais chocs que les spectateurs ont été les premiers au monde à prendre en pleine figure. Les présentations de The Last Face et Mektoub my Love - Intermezzo, entrent assurément dans cette catégorie, au même titre que celle de Là-haut et de sa fameuse séquence d'ouverture, alors qu'on imagine ce qu'a dû vivre le public qui a découvert Pulp Fiction sans rien savoir dessus en 1994.
Une catégorie dans laquelle Sirât est entré dès ses premières secondes cette année, lorsque les journalistes qui l'ont découvert, à 22h passées, ont eu l'impression de débarquer à une soirée et d'entrer dans un état de transe, lorsque le quatrième long métrage d'Oliver Laxe (Viendra le feu) a débuté, toutes basses dehors, en même temps que la rave party dans laquelle le personnage principal (Sergi Lopez), à la recherche de sa fille disparue, va rencontrer ses nouveaux compagnons de route.
Pyramide Distribution
Une ouverture forte, puissante et (sur)prenante, à l'image d'un film où les pulsions de vie qui transpirent de ces corps qui dansent se heurtent aux différents dangers de mort qui rôdent dans ce désert qui devient très vite une métaphore du monde actuel, déchiré par des conflits armés. Une odyssée qui opère des virages brusques, passant d'un ton à l'autre comme un DJ changerait de disque, et remue fréquemment le spectateur jusqu'à une séquence finale qu'il est bien difficile d'oublier.
Ce qui n'est finalement pas si surprenant, quand on se rappelle que le film s'ouvre sur ce carton disant que "Sirât" désigne, dans le Coran, ce pont sur l'Enfer que tout le monde doit traverser le jour du Jugement Dernier pour atteindre le Paradis, ceux ayant commis peu ou pas de péchés réussissant à passer plus rapidement que les autres. Et qui fait de son décor brûlant l'équivalent d'un purgatoire. "C'est un titre que nous avons choisi un ou deux mois avant la présentation du film à Cannes", nous dit Oliver Laxe.
"Nous avons traversé l'histoire comme les personnages le font dans le film, sans savoir ce que nous allions trouver"
"Le mot en tant que tel désigne la voie, dans un sens physique et métaphysique. Comme le film, qui est un voyage, un film d'aventures, avec des héros, des montagnes et des fleuves à traverser. Mais c'est aussi un voyage intérieur, métaphysique, dans d'autres dimensions." "Il y a quelque chose qui résonnait, dans le voyage que nous proposait Oliver, où la vie peut partir à n'importe quel moment", ajoute Sergi Lopez.
"Il faut accepter cette idée, et nous avons vécu les choses comme ça : ce groupe improbable de ravers est devenu notre famille, que nous avons construite ensemble, et nous avons traversé l'histoire comme les personnages le font dans le film, sans savoir ce que nous allions trouver, en essayant d'accepter ce qu'il nous arrive, mais en tentant d'en faire quelque chose pour, peut-être, grandir." Une chose est sûre : comme eux, vous ne serez plus les mêmes à la fin de cette histoire récompensée par un Prix du Jury à Cannes, où le film a été présenté en Compétition.
Propos recueillis par Yoann Sardet à Paris le 1er juillet 2025