Aujourd’hui acclamé comme un classique du genre, Incassable de M. Night Shyamalan n’a pourtant pas toujours eu les honneurs qu’il mérite. Lorsqu’il est sorti en 2000, le film a été accueilli avec beaucoup de réserve par son propre studio, qui refusait même de le présenter comme ce qu’il était vraiment : un film de super-héros.
Dans une interview accordée à Variety l’an dernier, à l’occasion de la sortie de son long-métrage Trap, le réalisateur est revenu sur ce moment charnière de sa carrière. Malgré le succès phénoménal de Sixième Sens – qui avait rapporté plus de 670 millions de dollars au box-office et remporté 6 nominations aux Oscars – Shyamalan a dû faire face à une véritable frilosité de la part des producteurs lorsqu’il a voulu explorer l’univers des comics à travers un prisme réaliste et intime.
À l’époque, les studios avaient en effet du mal à croire que le public pourrait s’intéresser à un film de super-héros qui ne suivait pas les codes traditionnels du genre.
“Si vous niez ce que c’est parce que vous avez peur que ce soit différent, alors vous lui volez toute sa force. Ils disaient : ‘Nous avons eu l’un des plus grands films de tous les temps et les deux mêmes personnes sont en train de faire un autre film. Faisons en sorte que cela ressemble à ce film.’ Contrairement à ce que Incassable était, qui était le début d’un tout autre genre. Ils ne s’en sont pas rendu compte parce qu’ils avaient trop peur pour prononcer le mot ‘comics’.”
Il a ajouté : “Ils disaient que personne n’irait voir un film de comic book ! Des personnes disaient : ‘Ce n’était pas effrayant !’ Mais qui a dit que [Incassable] allait être effrayant ?”
Buena Vista Pictures Distribution
Pourtant, Incassable a su poser les bases d’une nouvelle façon de raconter l’héroïsme. En s’éloignant des effets spéciaux tapageurs et des affrontements spectaculaires, le film choisit la voie du réalisme, en explorant la condition d’un homme ordinaire découvrant des capacités extraordinaires (Bruce Willis) face à son opposé tragique, un homme brisé aussi brillant que dangereux (Samuel L. Jackson).
Un chef-d’œuvre en avance sur son temps
Quentin Tarantino lui-même n’a jamais caché son admiration pour le film. Dans une interview accordée à Sky Movies il y a quelques années, il n’avait pas hésité à le qualifier de “chef-d’œuvre de notre époque”.
“Incassable contient la meilleure performance jamais livrée par Bruce Willis, je le trouve absolument génial dans ce film. Incassable, qui est une brillante relecture de la mythologie de Superman, est l’un des chefs-d’œuvre de notre époque.”
Buena Vista Pictures Distribution
Même si le X-Men de Bryan Singer était sorti quelques mois auparavant, Incassable a clairement contribué à faire entrer les films de super-héros dans une nouvelle ère, bien avant que Spider-Man de Sam Raimi ne vienne exploser les compteurs en 2002.
Avec le recul, il est clair que Shyamalan était en avance sur son temps. Il a d’ailleurs conclu son entretien sur une note lucide : “Et donc, [j'ai appris] une leçon vraiment intéressante sur le fait que si je veux être le pourvoyeur d'histoires originales, je dois avoir des partenaires qui comprennent que nous allons nous réinventer à chaque fois [...].”
Noté 3,7 sur 5 par les spectateurs d’AlloCiné, Incassable a rapporté 248,1 millions de dollars au box-office mondial, contre un budget de production de 75 millions de dollars. En 2011, Time l’a classé 4e parmi les 10 meilleurs films de super-héros de tous les temps. Le film a eu droit, plus de 15 ans plus tard, à deux suites, toujours signées M. Night Shyamalan et elles aussi acclamées : Split en 2016, noté 4 sur 5, et Glass en 2019, noté 3,5 sur 5. Un véritable succès.
Incassable et Glass sont à revoir en streaming sur Disney+. Split, quant à lui, est disponible sur Netflix.