"J'étais terrorisé par lui" : il y a 55 ans, Pierre Richard était intimidé à l'idée de travailler avec ce légendaire acteur français
Clément Cuyer
Clément Cuyer
-Journaliste
Clément Cuyer apprécie tous les genres, du bon film d’horreur qui tâche à la comédie potache. Il est un "vieux de la vieille" d’AlloCiné, journaliste au sein de la Rédaction depuis maintenant plus de deux décennies passionnées. "Trop vieux pour ces conneries" ? Ô grand jamais !

Pierre Richard, dont le film "L'Homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme" s'apprête à sortir en salles, a récemment évoqué son travail avec Bernard Blier sur le tournage du "Distrait". Et il s'amuse toujours de la grande mauvaise foi du comédien.

Le légendaire Pierre Richard, 91 ans, s'apprête à dévoiler L'Homme qui a vu l'ours qui a vu l'homme, en salles le 17 septembre. L'occasion pour lui d'effectuer une tournée promotionnelle au cours de laquelle il revient évidemment sur son incroyable carrière. Invité du podcast À voix nue sur France Inter, il a par exemple évoqué son premier grand succès, Le Distrait, une comédie qu'il a lui-même réalisée et qui le voyait diriger le grand Bernard Blier.

"J'adorais Bernard, mais j'avais très peur au début", raconte Pierre Richard, dont l'un des personnages culte a été joué par Tom Hanks dans un remake américain méconnu. "Il avait fait 103 films, c'était mon premier, et en plus, il était sous mes ordres. C'est pas facile de dire "Coupez ! Bernard, t'es pas bien, t'es pas très bon." J'étais terrorisé par lui, surtout qu'il avait la réputation de ne pas toujours être très facile. Un jour, je lui avais dit "Tu sais que tu as la réputation d'être méchant ?" Il m'avait répondu "Je suis pas méchant, mais j'aime pas les cons !""

Le Distrait
Le Distrait
Sortie : 9 décembre 1970 | 1h 25min
De Pierre Richard
Avec Pierre Richard, Marie-Christine Barrault, Maria Pacôme
Spectateurs
3,1
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Pierre Richard se souvient alors avec gourmandise de son travail avec l'inoubliable star des Tontons flingueurs. "C'est l'homme avec la plus grande mauvaise foi que j'ai jamais connu. À ce point, ça devient poétique", sourit-il, avant de donner un exemple de ce trait de caractère.

"Un matin, il arrive. Il avait un long monologue dans un long couloir", raconte Pierre Richard. "Il me dit "Dis donc, j'y ai pensé cette nuit. Si j'avais un dossier ?" Moi je lui dit "Bernard, pourquoi un dossier ? Et il me fait "Ben, parce que je suis président. Un président de société, il a un dossier !" J'appelle donc l'assistant et lui dit de donner un dossier à Bernard. Bernard va se faire maquiller et l'assistant, qui regarde s'il est bien parti, me dit "Il sait pas son texte. Quand il sait pas son texte, il demande un dossier et il met le texte dans le dossier." Et c'était vrai !"

"C'est pas un trou, c'est un temps !"

Pierre Richard décrit alors de manière savoureuse le tournage de la fameuse scène de monologue. Une scène interrompue à de nombreuses reprises car Bernard Blier, tentant maladroitement de lire son texte dissimulé en même temps qu'il marchait, hésitait beaucoup et forçait donc l'apprenti cinéaste à couper la caméra.

"Bernard me dit "Pourquoi t'as coupé ? Moi, je réponds "Y'avait un blanc, j'ai cru que t'avais un trou." Et là, il dit "C'est pas un trou, c'est un temps." Il se retourne vers l'équipe et il leur sort, en me regardant, "Cette mauvaise foi !"", rigole Pierre Richard. Qui conclut néanmoins en affirmant qu'en dépit de ce défaut qui lui a fait tourner 18 fois la scène, Bernard Blier était "un énorme comédien."

Sorti en salles en 1970, Le Distrait voit Pierre Richard incarner un jeune homme maladroit et tête en l'air engagé dans une agence de publicité dirigée par Bernard Blier. La comédie, beau succès public avec plus d'1,4 million d'entrées dans les salles hexagonales, a lancé la carrière de l'acteur, qui enchainera avec Le Grand blond avec une chaussure noire deux ans plus tard.

La bande-annonce du "Distrait" :

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