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Mehdi (Sami Outalbali) a prévu de passer un été tranquille dans la somptueuse demeure de ses beaux-parents. Mais dès son arrivée, un conflit éclate entre la famille de sa fiancée et le couple de gardiens de la villa. Comme Mehdi est issu d’un milieu modeste, il pense pouvoir mener les négociations entre les deux parties et ramener tout le monde à la raison. Pourtant, tout s’envenime…
Le retour aux sources d’un réalisateur accompli
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Vingt ans après le conte social Douches froides en 2005 suivi des longs métrages Gaspard va au mariage et Happy Few et des séries OVNI(s) et Irrésistible, Antony Cordier adopte un nouveau ton résolument mordant pour aborder le sujet des différences sociales. Classe moyenne, son quatrième long-métrage, a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025.
Dans un décor estival faussement paisible, Antony Cordier choisit la comédie pour aborder le sujet des tensions de classe, entre ironie cruelle et faux semblants. Le film est d’ailleurs décrit par ses producteurs comme “une comédie à l’italienne, un peu noire”.
En effet, sous ses allures de comédie légère, Classe moyenne se révèle un ring social où chacun frappe avec ses armes. Les dialogues, ciselés et savoureux, regorgent d’humour. Ainsi, le personnage bourgeois de Philippe Trousselard (Laurent Lafitte) use de locutions latines pour asseoir sa supériorité intellectuelle… au grand dam, ou au grand plaisir, de la famille Azizi (Ramzy Bedia et Laure Calamy).
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Une comédie humaine, aussi tendre que féroce
Classe moyenne s’inscrit dans une tradition satirique. Le réalisateur le revendique d’ailleurs clairement : “Classe moyenne est une satire et la satire offre d’autres codes, d’autres possibilités. Elle requiert de la cruauté afin d’exprimer la vraie violence des rapports sociaux. C’est le plaisir de la comédie à l’italienne.” À mesure que les tensions s’accumulent, les rapports hiérarchiques explosent, dans un crescendo qui rappelle le magistral Parasite de Bong Joon-ho, récompensé d’une Palme d’Or en 2019. Là aussi, les employés de maison se rebellent contre leurs employeurs, condescendants malgré eux. Si le contexte diffère, le cœur du propos est similaire : quand le vernis social craque, tout peut basculer.
En convoquant à la fois le vaudeville familial et la chronique sociale, Classe moyenne brouille habilement les pistes. Antony Cordier précise : “avec Julie Peyr [co-scénariste], Chabrol était une de nos inspirations. On tenait par exemple à développer une première partie un peu grinçante où les scènes sont des combats à fleurets mouchetés entre les personnages”. En effet, deux clans s’affrontent, entre joutes verbales et tensions feutrées : qui s’alliera à qui ? Que cache chaque sourire ? “On sent que ça va craquer, mais on ne sait pas où ni comment. Tout peut se passer”, résume le réalisateur, qui joue avec cette division, conduisant les personnages à se comporter souvent de manière odieuse. Selon lui, “le fait de filmer les situations sociales produit un effet de loupe grossissante qui ramène la vie vers la comédie ou le grotesque. Le simple fait de filmer peut rendre les gens ridicules, hypocrites… ou monstrueux. Le cinéma est un révélateur des rapports sociaux”. Ce regard cynique et lucide irrigue toute la mise en scène, où la satire devient un révélateur des violences symboliques.
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Des personnages forts en quête d’accomplissement
Derrière les mots d’esprit et les joutes verbales, c’est une réalité plus intime qui se dessine. Mehdi, au centre du récit, apparaît comme un personnage directement inspiré du vécu d’Antony Cordier, qui se définit lui-même comme un transfuge de classe. Ce personnage incarne la dualité de ceux qui cherchent à s’élever sans se trahir, et tentent de naviguer entre deux univers aux codes irréconciliables.
Ce tiraillement individuel fait écho à un dispositif narratif plus large : celui de deux familles en miroir, chacune dysfonctionnelle à sa manière. Entre rivalités et frustrations, tous les personnages sont animés par une même pulsion : le désir de changer. Le réalisateur précise : "Ce qui m’intéressait, c’est que tous les personnages soient animés par la même passion : ils veulent changer."
Et la villa dans tout cela ? Personnage à part entière, elle est bien plus qu’un simple décor. “On a trouvé cette maison très ronde, dont l’architecture s’inspire de la forme de l’escargot” explique Antony Cordier. “Cette rondeur permettait d’alimenter le thème de l’engrenage, du verrou, de la fuite en avant. C’est une maison où tout va couler, tout va déborder : l’évier, l’eau de la piscine, les larmes…”. La maison incarne l’enfermement d’un système : les personnages y tournent en rond, y étouffent… jusqu’à l’explosion.
Dès lors, le long-métrage s’assume comme une comédie sociale où le rire, quelquefois amer, masque une lucidité désarmante. C’est souvent grinçant, parfois cruel, mais toujours juste. Classe moyenne n’épargne aucun de ses personnages, et c’est précisément ce qui le rend aussi savoureux.
Satire sociale, drame familial, comédie noire… Classe moyenne brouille habilement les pistes. Une pépite à découvrir le 24 septembre au cinéma !