On ne présente guère plus l'immense acteur que fut Laurence Olivier, estampillé, à juste titre, comme un des plus grands acteurs shakespeariens du XXe siècle, tant son apport au théâtre fut immense. Chef de file même d'éminents confrères, d'immenses acteurs de théâtre aussi, comme John Gielgud ou le dramaturge et acteur Noël Coward.
Lorsqu'Olivier a entamé en parallèle une carrière au cinéma, il se heurta à l'incompréhension de certains de ses pairs, comme Coward justement. Qui lui lâcha ce commentaire peu amène : "Tu n'as aucune intégrité artistique, c'est ton problème; c'est ainsi que tu te dévalorises". A ce moment là, Olivier venait de décrocher un contrat mirifique avec la RKO en 1931.
C'est l'un des pires films du cinéma américain : il y a 88 ans, il a provoqué une vague de panique aux Etats-UnisOlivier a tourné (en tant qu'acteur et réalisateur) une cinquantaine de films. Une filmographie émaillée de nombreux chefs-d'oeuvre et classique absolus, comme Rebecca d'Hitchcock, Spartacus de Kubrick, Khartoum, Bunny Lake a disparu, Marathon Man, l'extraordinaire Limier, le film testament de Joseph L. Mankiewicz...
A côté évidemment, des oeuvres nettement moins bonnes voire mineures, comme le Prince et la danseuse, sur laquelle il entretiendra d'ailleurs les pires relations avec celle qui lui donne la réplique, Marilyn Monroe...
MacArthur et la secte Moon
Et puis il y a une catégorie presque à part pour une oeuvre sortie en 1982 et signée par un réalisateur au CV plutôt solide, Terence Young. Un film de guerre qui se révèlera pourtant être un des pires jamais réalisés. Son nom ? Inchon.
Tandis que Laurence Olivier se glisse dans les habits du général Douglas MacArthur, le film évoque une bataille décisive qui a eu lieu durant la guerre de Corée, en septembre 1950. Si le film est resté infâmant aux yeux de la postérité, c'est en grande partie parce qu'il a été financé par l'Église de l'Unification, autrement appelée secte Moon.
Sous couvert d'une grande épopée guerrière centrée sur la bataille décisive d'Inchon, ce film était en réalité une tentative de redorer le blason terni du général Douglas MacArthur. Le producteur du film, Mitsuharu Ishii, était un membre éminent de la branche japonaise de l'Église de l'Unification, dont le leader, Sun Myung Moon - accessoirement un anti communiste fanatique- affirmait avoir fait réaliser ce film afin de montrer la spiritualité de MacArthur et son lien avec Dieu et le peuple japonais...
MGM
Financé avec une enveloppe de pas moins de 46 millions de dollars, s'offrant les services du chevronné Terence Young à la réalisation et du chef opérateur réputé Bruce Surtees, la production du film fut plombée par de multiples retards et les ingérences du mouvement religieux Moon pendant la production et la post-production.
La première du film, à Washington en 1981, fut un désastre absolu. A telle enseigne que le film fut rangé dans un tiroir jusqu'en septembre 1982, où il se fit assassiner dans les grandes largeurs par les critiques; en plus de voir une oeuvre rabotée, passée de 2h20 à 1h45. La présence au casting -outre Laurence Olivier- de fameux talents comme Toshiro Mifune, Jaqueline Bisset, Ben Gazarra ou Richard Roundtree, n'a rien pu faire pour sortir Inchon de l'abîme.
"Je suis presque épuisé maintenant, et je sens la fin approcher"
Le film n'a rapporté que 5 millions de dollars. Mais il fut une très bonne affaire pour Laurence Olivier, qui était au plus bas dans sa carrière et acceptait avec empressement les rôles qui lui étaient proposés. Pour Inchon, il se fit payer un million de dollars pour six semaines de tournage.
A la sortie du film, un journaliste lui demanda naturellement pour quelle raison il s'était embarqué dans cette aventure. Sa réponse fut aussi savoureuse que tristement lucide et honnête :
"Les gens me demandent pourquoi je joue dans ce film. La réponse est simple. L'argent, mon cher garçon. Je suis comme un vin millésimé. Il faut me boire rapidement avant que je ne tourne à l'aigre. Je suis presque épuisé maintenant, et je sens la fin approcher.
C'est pourquoi j'accepte de l'argent aujourd'hui. Je n'ai rien à laisser à ma famille à part l'argent que je peux gagner grâce aux films. Rien n'est indigne de moi si cela paie bien. J'ai gagné le droit de saisir tout ce que je peux pendant le temps qu'il me reste".
Laurence Olivier est décédé sept ans plus tard, à 82 ans, en juillet 1987. Si la postérité s'est naturellement chargé de placer au firmament cet acteur inoubliable, ce n'est pas exactement le cas du film Inchon. Il n'a ainsi jamais été édité en vidéo aux Etats-Unis, et n'est jamais sorti en DVD et encore moins en Blu-ray. En d'autres termes : il est devenu parfaitement invisible.