"Chaque fois que je sors d'une rencontre avec Stanley, je dois aller m'allonger" : Kubrick était un obsessionnel, et cette incroyable anecdote sur Shining le prouve encore une fois
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Les exemples illustrant le contrôle absolu et obsessionnel de Stanley Kubrick sur ses oeuvres sont largement documentés. Matt Damon raconte à ce propos une saisissante anecdote concernant la préparation du tournage de "Shining"...

Disparu à l'âge de 70 ans, Stanley Kubrick n'a signé que treize longs métrages en cinquante ans de carrière. Du mélodrame (Eyes Wide Shut) à la science-fiction (2001 : L’odyssée de l’espace) en passant par l’horreur (Shining), de la comédie (Docteur Folamour) au film de guerre (Les Sentiers de la gloire et Full Metal Jacket) ou d'époque (Barry Lyndon), Stanley Kubrick a offert à chaque genre un incontestable joyau du Septième Art.

On peut volontiers rajouter à cette courte mais brillante filmographie le genre du Péplum avec un classique absolu du genre : Spartacus. Pourtant, le maître ne fut pas satisfait de ce film. Tellement en fait qu'il l'a même renié, parce qu'il n'avait presque aucun contrôle sur cette production dont il ne fut absolument pas à l'origine.

"Chaque fois que je sors d'une rencontre avec Stanley, je dois aller m'allonger"

Une expérience et une frustration qui pèseront très lourd sur la suite de sa carrière, tant Kubrick fut justement notoirement connu comme l'un des cinéastes les plus exigeants, tenant à contrôler absolument tout, jusqu'au moindre détail.

"Au cinéma, il est certain que plus vous avez de contrôle, plus vous évitez que les autres vous empêchent de faire ce qu'il faut" expliquait Kubrick au journaliste Michel Ciment, venu l'interviewer à l'époque de Shining. Ajoutant : "Ce n'est pas une garantie que vous ferez effectivement ce qu'il faut, mais cela empêche les autres de vous faire perdre l'équilibre".

Une exigence véritablement obsessionnelle, qui a usé plus d'une personne... "Stanley est un homme extrêmement difficile et talentueux" dira l'un de ses décorateurs, Ken Adam. "Nous avons développé des rapports très étroits et le résultat est que je dus vivre presque complètement sous tranquillisants".

Même le grand Arthur C. Clarke, le coscénariste de 2001 : l'odyssée de l'espace, ne dira pas vraiment autre chose du maître : "Chaque fois que je sors d'une rencontre avec Stanley, je dois aller m'allonger".

Les exemples illustrant ce contrôle absolu sont largement documentés, comme sur Shining, avec les 148 prises effectuées pour une scène, sans même parler des 127 prises effectuées par l'actrice Shelley Duvall pour une autre scène; la fameuse séquence de l'escalier.

"C'est magnifique en termes de niveau artistique, de folie et d'obsession"

Sur la chaîne Artist on Art, Matt Damon a raconté une saisissante anecdote qu'il adore, toujours à propos de ce film, et concerne le chef décorateur, qui avait également travaillé sur Le Talentueux Mr. Ripley.

"J'ai plusieurs anecdotes que j'adore à propos de Shining. J'adore le chef décorateur. Le dernier film sur lequel il a travaillé était Le Talentueux Mr Ripley, et c'était l'homme de confiance de Kubrick. Il m'a raconté une anecdote formidable à propos de la conception de ce film. Stanley Kubrick avait une maquette de l'hôtel Overlook dans son bureau de production, et ils se tenaient tous autour.

C'était en 1978 ou 1979, et il installait des lumières pour photographier ce petit hôtel. Il installait des lumières miniatures, ce qui lui prenait des heures, tandis que ses chefs de production se tenaient autour.

Puis il prenait une photo et la donnait à un assistant qui partait en courant, et c'était avant l'apparition des photos en une heure, il partait en courant, la développait et revenait avec un 8x10, et Kubrick la regardait pendant environ 5 minutes, puis il la posait, retournait à sa place et commençait à installer les lumières.

Ce processus durait des jours. Il installait tout exactement comme il le voulait, puis il notait la position de chaque lumière. Il savait que ses sources provenaient exactement du même endroit dans le monde réel. Il a mis au point un algorithme qui lui permettait de tout installer, puis il installait simplement les lumières.

Royce a dit qu'on pouvait tenir le support 8x10 dans les couloirs, s'éloigner et tu verrais exactement la même chose que ce qu'il a filmé sur la maquette miniature, ce qui est tout simplement magnifique en termes de niveau artistique, de folie et d'obsession".

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