A Hollywood, le thème religieux a toujours permis de réunir deux éléments à succès : des histoires qui se veulent avant tout universelles (elles parlent à tout le monde), doublées d'un spectacle grandiose. Il y a aussi un très gros avantage : il n'y a aucun droit d'adaptation à acheter à coups de millions de dollars ni même de royalties à verser; les personnages étant dans le domaine public.
Hollywood gravement menacé par la télévision
"Il faut se souvenir que le cinéma s'est très régulièrement tourné vers la Bible et les histoires épiques lorsqu'Hollywood s'est senti en danger" argumentait David Shepherd, spécialiste de la Bible enseignant à l'Université de Chester, dans une interview donnée à la BBC.
"Au début du XXe siècle, le cinéma s'est tourné vers la Bible pour prouver à ses détracteurs que le cinéma était une force du bien et non du mal. Dans les années 1950, c'est la spectaculaire ascension de la TV qui a poussé des réalisateurs comme Cecil B. DeMille à se tourner vers la Bible, et à produire ou réaliser des films tels que Samson et Dalilah, Les Dix commandements ou Ben-Hur".
C'est dans cette logique concurrentielle de la TV, qui a débarqué en force dans les foyers américains, que l'industrie Hollywoodienne a donc relancé la vague des péplums. Quo Vadis, sorti en 1951, en est un de ses plus illustres représentants.
Signé par Mervyn Leroy, le film est porté par un très solide casting, au milieu duquel émergent un excellent Robert Taylor dans le rôle titre, et Deborah Kerr, la femme chrétienne dont Taylor s'éprend. Et surtout un Peter Ustinov absolument génial et impérial - c'est le cas de le dire -, sous les traits du cruel empereur romain Néron, amateur de poèmes et de chants composés à l'aide de sa lyre, déclamant ses "vers médiocres" comme le rappelle cruellement son conseiller Suétone dans le film, devant le spectacle hallucinant de la ville de Rome dévorée par les flammes...
Le film le plus rentable depuis "Autant en emporte le vent"
Le titre du film place justement l'oeuvre dans cette veine des péplums bibliques, car il raconte la persécution des premiers chrétiens. Il est en fait tiré de la phrase "Quo Vadis Domine" ("Où vas-tu, Seigneur ?") prononcée par l'apôtre Pierre lorsque Jésus lui apparaît sur la Via Appia, à la sortie de Rome, dans le livre des Actes.
En entendant le Messie lui répondre qu'il retourne vers Rome pour y être crucifié une seconde fois, Pierre comprend son erreur d'avoir abandonné les chrétiens à leurs sorts. Il s'y rend alors à sa place, et finira selon les récits crucifié la tête en bas, par humilité, s'estimant "indigne de mourir comme le Christ".
Dore Schary, l'homme arrivé à la tête de la MGM en remplacement de Louis B. Mayer, n'a pas regardé à la dépense. Produit pour un coût de 7 millions de dollars, soit plus de 87 millions $ aujourd'hui, Quo vadis était à l'époque le film le plus cher jamais réalisé, et il a connu un immense succès commercial. Lors de sa sortie, il rapporta plus de 21 millions de dollars (soit plus de 261 millions $ de nos jours), et fut le film le plus rentable de la MGM depuis Autant en emporte le vent.
MGM
Quo Vadis alignait alors les records : plus de 200 rôles parlants, 120 lions, un taureau, 150 décors, 15.000 costumes, dont 36 robes rien que pour l'actrice Deborah Kerr. Et plus de 30.000 figurants, pour remplir la reconstitution du grand cirque Maxime, où les martyrs chrétiens étaient jetés aux lions.
A titre de comparaison, la mythique course de char du film Ben-Hur, qui nécessita trois mois de préparation de tournage à elle seule, ne montrait "que" 15.000 figurants à l'écran. On est certes loin de la séquence incroyable des funérailles de Gandhi dans le film de Richard Attenborough, avec ses 300.000 figurants entrés au Livre Guinness des records, mais quand même...