Le film préféré de Viggo Mortensen ? Il est français, et c'est effectivement un chef-d'oeuvre !
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Tout le monde a un film favori, et les stars hollywoodiennes adorent s'épancher dessus. Comme Viggo Mortensen, très grand cinéphile, qui couvre d'éloges un pur chef-d'oeuvre sorti il y a 97 ans.

Backgrid UK/ Bestimage

Parmi les questions auxquelles les stars répondent volontiers figure celle de leurs films favoris. Et on ne parle pas ici de leurs films favoris au sein de leurs propres filmographies respectives. Un ou des films coups de coeur pour des raisons évidemment très diverses : des oeuvres qui ont été des révélations pour elles; parce qu'elles ont marqué leur enfance, parce qu'elles ont eu une influence importante dans leurs carrières, ou tout simplement parce que ces oeuvres ont nourri leurs imaginaires.

On ne présente guère plus Viggo Mortensen. Non seulement c'est un grand acteur, respecté par ses pairs, polyglotte aussi, mais il est aussi un très grand cinéphile. Une passion pour le 7e Art qui remonte à sa prime jeunesse, lorsque sa maman lui avait fait découvrir, alors qu'il avait quatre ans, Lawrence d'Arabie au cinéma. Des westerns de Budd Boetticher à David Lean, en passant par les oeuvres d'Anthony Mann, les oeuvres d'Agnès Varda ou d'Ettore Scola, Andreï Tarkovski... Viggo Mortensen brasse extra, extra large.

"C'est l'héroïne la plus parfaite de tous les temps"

Son oeuvre fétiche est d'ailleurs un film muet mythique, sorti il y a 97 ans : La Passion de Jeanne d'Arc, du cinéaste Carl Theodor Dreyer, qui fut l'unique contribution au cinéma d'une grande actrice de théâtre avant tout, Maria Falconetti.

"Elle joue Jeanne d'une manière très brut. C'est merveilleusement joué [...] Sa performance est extraordinaire, et reste capable de faire face à n'importe quel film aujourd'hui" racontait Mortensen à la journaliste Cindy Pearlman, dans son souvrage You Gotta See This, édité en 2007, dans lequel elle compilait les confessions des stars sur leurs films fétiches.

"J'aime aussi le fait que le réalisateur s'est préparé pendant des années pour faire le film ultime sur Jeanne d'Arc. Il a travaillé à partir de toutes les transcriptions de son procès, donc ce sont les vrais mots que l'on peut lire dans les intertitres. C'est pour moi très beau et authentique, et vous rend encore plus empathique pour le personnage. C'est l'héroïne la plus parfaite de tous les temps.

La technique de réalisation [de Dreyer] est aussi intéressante, parce qu'une grande partie du film est tournée en gros plans. Le film a été réalisé en 1928; et je peux imaginer combien cette manière de réaliser a pu être perçue à l'époque comme perturbante. Maintenant, c'est un procédé largement accepté".

Les Grands Films Classiques

Jeanne d'Arc en souffrance

Réalisateur danois et figure majeure du cinéma de l'ère du muet, grand amateur d'Histoire, Carl Theodor Dreyer s'était pris de passion pour la vie de Jeanne d'Arc, depuis sa canonisation en 1924. Remaniant un manuscrit écrit par Joseph Delteil qui retraçait le procès de Jeanne d'Arc en 1431, il livrera en 1928 La Passion de Jeanne d'Arc.

Une oeuvre effectivement portée à bout de bras par Maria Falconetti, prête à endurer tous les supplices ou presque pour mieux incarner son personnage; y compris jusqu'à recevoir de vrais crachats au visage. Sur les 1500 plans tournés pour La Passion de Jeanne d'Arc, plus de 400, c'est à dire près d'un tiers, sont des très gros plans centrés sur le visage lumineux et innocent de l'actrice...

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Comme en accord spirituel avec son propos, La Passion de Jeanne d'Arc périt deux fois par les flammes. La première fois en 1928, à l'époque où il était déjà censuré par les autorités en raison de ses critiques sur le clergé. Carl Theodor Dreyer réussit alors à reconstituer le film en s'aidant des prises originales non gardées au montage.

Mais, comble de l'ironie, cette seconde version "bricolée" brûla elle aussi. On cru le film définitivement perdu, jusqu'à ce que l'on retrouve une version apparemment fidèle à l'esprit de Dreyer (c'est à dire non censurée) dans un hôpital psychiatrique d'Oslo en 1981. Un miracle, assurément.

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