En 1999, la planète découvre Matrix, une oeuvre de science-fiction totalement inclassable, qui dynamite complètement le genre. Réalisé par les soeurs Wachowski, le film met une gigantesque claque au monde entier, notamment grâce à sa mise en scène novatrice et son utilisation du fameux procédé Bullet Time.
Une oeuvre majeure
Le grand public a été bluffé par cet effet visuel unique, qui permet de ralentir le temps autour d'un personnage ou d'une action, tout en gardant une caméra mobile autour de la scène. Cela donne l’impression que le spectateur peut se déplacer librement autour d’une action figée ou ralentie, comme si le temps était suspendu.
Dès les premières secondes et la séquence d'action avec Trinity, Matrix donne le ton et nous embarque dans une aventure complètement surréaliste, aussi puissante émotionnellement que philosophiquement.
Cependant, si on ne devait retenir qu'une scène d'action parmi celles présentes dans ce premier volet, on ne pourrait pas passer à côté de la fusillade finale ! Il s'agit sans aucun doute d'une des meilleures séquences du genre.
Une scène magistrale
À ce moment de l'histoire, Morpheus est retenu prisonnier par l'agent Smith dans un bâtiment. Ce dernier souhaite lui extorquer des informations sur Sion, la dernière cité humaine libre, afin de la détruire. Mais c'était sans compter sur Neo et Trinity, qui vont infiltrer l'immeuble afin de libérer leur mentor.
La scène commence par un plan du héros, filmé depuis le sol, qui débarque tranquillement face aux agents de sécurité. Une musique métallique rythme les premières secondes de ces images, pendant que Neo s'apprête à se faire fouiller par les gardes. Neo ouvre alors sa gabardine, dévoilant un arsenal d'armes à feu, sous le regard médusé d'un agent.
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D'un coup bien placé, Neo l'envoie valser à terre, dégainant dans la foulée deux mitraillettes, lançant les hostilités. Il dézingue à tout va, recevant l'appui de Trinity, qui arrive à son tour pour faire parler la poudre (et les poings). Le duo se retrouve ensuite face à une horde de gardiens armés jusqu'aux dents.
Neo et Trinity vont alors utiliser l'espace avec intelligence pour venir à bout de leurs adversaires. Ils vont notamment se cacher derrière les piliers présents dans ce grand hall et balancer des pruneaux avec une classe non dissimulée. Les Wachowski ne se privent pas de donner un style visuel absolument époustouflant à la séquence, utilisant les ralentis à la perfection.
Une préparation minutieuse
Saltos, pirouettes contre les murs et acrobaties, le tandem massacre les gardes avec style, prenant ensuite l'ascenseur tranquillement après une des fusillades les plus intenses de l'Histoire du cinéma. Chorégraphiée par le maestro des arts martiaux Yuen Woo-Ping, la scène a nécessité de très longues semaines de préparation pour environ 10 jours de tournage.
Contrairement à d'autres séquences d'action, la fusillade du hall n'a pas été tournée sur fond vert. Un vrai décor a été construit afin de renforcer l'immersion et l'impact des balles sur les piliers. Les effets numériques ont servi ensuite en post-production, notamment pour effacer les câbles et nettoyer l'image. Par ailleurs, chaque colonne, mur, et morceau de sol explosé a été soigneusement planifié. L'équipe chargée de la pyrotechnie a fait un travail colossal.
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Si cette scène est devenue aussi culte, c'est aussi pour sa pertinence au sein du récit. Neo commence à croire en la prophétie de Morpheus, embrassant petit à petit son destin d'Elu. De plus, Trinity s'affirme comme son égal, combattant avec brio à ses côtés, sans avoir besoin de son aide. De plus, le duo s'avère d'une redoutable efficacité, exalté par leur mission, celle de libérer Morpheus du joug de l'agent Smith.
Les coulisses de la célèbre séquence :
Action épique et philosophie
La fusillade finale dans le hall est donc bien plus qu’un simple moment d’action spectaculaire : c’est un point de bascule narratif et esthétique, où la forme et le fond se rejoignent pour symboliser l’éveil de Neo et sa rébellion contre la Matrice. Philosophiquement, le héros sort de la caverne de Platon et s'émancipe de l'illusion créée par les machines.
Il sait que ce monde n'est pas réel et parvient facilement à s'affranchir de toutes les lois de la physique pour déjouer les plans de Smith. Neo sait désormais qu'il peut faire tout ce qu'il veut dans cet univers de simulation. Le fait qu’il défie la sécurité, les balles et la gravité en dit long ! Il est en train de rejeter le mensonge de la Matrice, non seulement intellectuellement, philosophiquement, mais aussi physiquement.
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En entrant dans ce bâtiment, remplis de confiance et d'abnégation, Neo et Trinity prennent leur destin en main et exercent parfaitement leur libre arbitre. À partir de ce moment-là, ils rejettent complètement le système et le conditionnement de leur vie par la Matrice. In fine, cette séquence reste néanmoins dérangeante sur un point, nous interrogeant sur nos propres valeurs.
Il y a un paradoxe très troublant ici quand on regarde cette scène avec un peu de hauteur. Les héros souhaitent libérer l’esprit humain, mais ils le font en faisant preuve d'une violence extrême. Cela soulève une question philosophique complexe : la violence est-elle légitime quand elle est dirigée contre un système d'oppression invisible ?
Cette interrogation est universelle et traverse le temps sans prendre une ride, c'est aussi pourquoi Matrix est une oeuvre majeure du cinéma de science-fiction. Si vous voulez (re)voir le film, il est disponible sur les plateformes Prime Video et HBO Max.