Certains films, et pas des moindres, ont tellement sous performé au box office qu'ils ont carrément emporté dans leurs naufrages leurs sociétés de production. L'Etoffe des héros par exemple, le chef-d'oeuvre de Philip Kaufman couronné par quatre oscars, a pourtant été le coup de grâce pour ses producteurs. La Vie est belle de Frank Capra, totem cinéphilique absolu des américains, fut l'unique film produit par Liberty Films; une société fondée en 1945 par les légendaires Franck Capra, David Tannenbaum, William Wyler et Samuel J. Briskin.
Superman IV, lui, n'est pas exactement un chef-d'oeuvre. C'est même tout l'inverse. Mais il a, à sa mesure, été lui aussi le dernier clou dans le cercueil de sa société de production fondée en 1967, et restée fameuse pour avoir accueilli dans son écurie les films de Chuck Norris et autres séries B à base de ninjas : la Cannon Group.
Warner Bros.
Un super-héros de moins en moins super
Le Superman premier du nom, sorti en 1979 et réalisé par Richard Donner, qui révélait Christopher Reeve, fut un immense succès, rapportant plus de 300 millions $ au box office. Et fut aussi un projet crucial pour la Warner, qui avait consenti un investissement de 45 millions de $, montant très important pour l'époque.
Une enveloppe à la hauteur des attentes du public, tant la notoriété du super-héros de l'écurie DC et créé par Jerry Siegel était à son zénith. Trois ans et demi de préparation furent nécessaires au total, pour un tournage qui dura un an et demi, entre les studios en Angleterre et les extérieurs à New York, au Nouveau-Mexique et au Canada.
Superman II, tourné en partie en même temps que le premier volet, et produit pour un budget de 55 millions $, suscita toujours l'adhésion des spectateurs, un an après, en 1980. Pourtant, les résultats au box office furent bien moindres : à peine 216 millions $, alors que son budget de production, lui, avait enflé jusqu'à 55 millions $.
Superman III, le signal d'alarme
Superman III a marqué un tournant. Le ton mythique du film Superman de Richard Donner avait disparu, remplacé par un mélange confus de gags comiques et de scènes d'action. Sans être un échec complet, l'accueil extrêmement mitigé réservé à Superman III fut un gros avertissement quant à l'avenir de la franchise, surtout au regard de ses résultats au box office : à peine plus de 80 millions de dollars...
En juin 1985, Alexander Salkind et son fils Ilya, les producteurs de la série Superman, vendirent les droits de Superman aux cousins Menahem Golan et Yoram Globus de la Cannon Group, pour 5 millions de dollars. Christopher Reeve n'était pas très chaud pour revenir une quatrième fois, mais un chèque de 6 millions de dollars, ainsi que la garantie d'avoir son mot à dire sur l'embauche du réalisateur et le champ libre sur le scénario (qui sera écrit par lui) l'ont incité à rester à bord.
Dans ce 4e volet Superman, sous-titré The Quest for Peace, le super-héros débarrasse le monde de ses armes nucléaires en les jetant dans le soleil, mais Lex Luthor libère alors un clone maléfique du super-héros alimenté par l'énergie solaire.
Warner Bros.
Péril en la demeure
Superman IV entra en production à une période où la Cannon Group traversait une période financière très compliquée, car elle avait accepté trop de projets simultanément. "Nous avons été freinés par des contraintes budgétaires et des réductions dans tous les départements. Cannon Films avait près de trente projets en cours à l'époque, et Superman IV n'a bénéficié d'aucune attention particulière" écrivait Reeve dans ses mémoires, Still Me, publiées en 1998.
Peu de temps auparavant, le studio avait déjà été sauvé de justesse de la faillite, après avoir conclu un accord avec Warner Bros. Pictures, qui lui avait accordé un prêt de 75 millions de dollars en échange des droits de distribution de ses prochains films, dont Superman IV.
Toujours est-il que le budget du film fut effectivement taillé à la hache : de 34 millions de dollars, ce qui était déjà un sacré coup de rabot par rapport aux opus précédents, il passa à 17 millions. 30 minutes du film furent aussi rabotées en post production. Superman IV ne rapporta qu'à peine plus de 30 millions de dollars au box office international. C'est dire la violence de la gifle et du désastre...
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Comme la Cannon group avait un besoin urgent d'un succès en salle, elle avait aussi dans le même temps investi des millions dans une adaptation cinématographique des Maîtres de l'univers, qui fut également un très lourd échec commercial et critique.
Cannon fut confronté cette fois-ci à la faillite et à une enquête de la SEC, la Securities and Exchange Commission, qui soupçonnait la société d'avoir falsifié ses rapports financiers. Ce qui l'obligea finalement à vendre la société à Pathé Communications.
Elle passa rapidement sous le contrôle de MGM, mais une tentative de relance échoua et le studio ferma ses portes en janvier 1994. Il fut relancé plus tard une nouvelle fois, sous le nom de New Cannon, Inc. Mais n'a jamais plus retrouvé l'aura de ses débuts.