La carrière de Clint Eastwood est telle qu'elle l'impose comme l'un des cinéastes majeurs de l'histoire du cinéma, dans la lignée de ses idoles John Ford, Don Siegel et Sergio Leone. Et sur ses films de réalisateurs, Eastwood respecte plusieurs règles à la lettre, surtout une à laquelle il essaye de ne pas du tout déroger :
Dans le numéro 14 du magazine Film Comment sorti en janvier-février 1978 (et récemment cité par Slash Film), Clint Eastwood confiait :
"Ne pas insulter leur intelligence"
BORDE-JACOVIDES / BESTIMAGE
"Je pense que [le public] doit participer à tous les plans, à tous les niveaux. Je leur transmets ce que je trouve nécessaire à savoir pour comprendre où en est l'histoire, mais je ne leur en dis pas trop, pour ne pas insulter leur intelligence. J'essaie de laisser une part à leur imagination, et d'être franc avec [lui]."
Ce choix de laisser une part d'interprétation au public à propos des scènes qu'il découvre est plutôt l'inverse de ce que l'on constate au sein du cinéma américain mainstream actuel. L'histoire jusqu'ici ou la situation en cours est souvent résumée par l'un des protagonistes à l'écran, qui termine généralement la phrase d'un autre. On a tous déjà entendu deux personnages avoir un dialogue rappelant où en est l'action, tel que :
"- Tu es en train de dire que si on n'arrive pas à sauver ces otages en moins de dix minutes...
- ... Ils mourront."
Ce genre de scènes explicatives est proscrite du cinéma de Clint Eastwood, à moins qu'elles n'aient une "plus-value" certaine, comme il l'expliquait, toujours dans Film Comment :
"C'est prendre le public de haut"
"Je déteste les scènes où [le film] se met en pause, où l'on s'assoit et où l'on explique au public ce qui s'est passé jusqu'à présent, car il n'est pas assez intelligent pour l'avoir compris. C'est prendre le public de haut. En règle générale, j'évite toujours les scènes d'exposition."
"C'est vraiment fait consciemment", concède-t-il au magazine. "C'est bien plus intéressant pour le public d'écrire avec vous. Dans L'Homme des hautes plaines, [les spectateurs] peuvent imaginer plusieurs fins. A la fin de Josey Wales, qui sait ce qui va se passer ? Le public souhaite qu'il retourne dans les bras de la femme qu'il a quitté, mais il s'éloigne simplement dans cette direction, vers le lever de soleil plutôt que vers son coucher. Espérons que cela vous transmette un sentiment. Le public, lui, souhaite qu'il y retourne. C'est leur participation."