En 1958, le studio américain MGM sort Les Vikings de Richard Fleischer avec Kirk Douglas, Tony Curtis et Janet Leigh, et le succès est colossal avec 13 millions de dollars rapportés dans le monde, soit l'équivalent de 144,7 millions de dollars d'aujourd'hui, pour un budget de 38,9 millions.
Suite à cela, le cinéma européen s'empare de cette imagerie jusque-là peu exploitée pour sortir Le Prince enchaîné (1960), La Ruée des Vikings, Les Tartares, Le Dernier des Vikings (1961) ou Les Vikings attaquent (1962). Devant cette déferlante, le studio américain Columbia réplique avec un film destiné à connaître le même succès que celui de Fleischer : Les Drakkars (The Long Ships en anglais).
Une course au trésor Viking
Columbia Pictures
Histoire de mettre toutes les chances de son côté, la firme embauche comme réalisateur Jack Cardiff, roi de la couleur et du Technicolor et directeur de la photo sur Les Vikings. Ils tentent d'engager Ernest Borgnine, lui aussi dans Les Vikings, mais cela n'aboutit pas. Il faut pourtant trouver une star capable de porter le film.
Le rôle est proposé à Richard Widmark, 50 ans, qui refuse par quatre fois avant de se laisser convaincre. En échange de son accord, il impose Sidney Poitier dans le rôle de l'antagoniste.
L'histoire est celle de Rolfe, un Viking cherchant à tout prix à mettre la main sur la cloche baptisée "Mère des Voix", que l'on dit géante et toute en or. Au cours de ses recherches, il s'oppose à un chef Maure nommé Ali Mansu, qui lui aussi souhaite retrouver cet artéfact perdu.
Columbia Pictures
Cette simple course au trésor propose des séquences à couper le souffle, comme le combat entre les Vikings, dont le drakkar est échoué sur la plage et s'apprêtant à faire bloc face à la cavalerie maure (environ 100 figurants à cheval prêts à charger), la séquence sur la place de la ville avec la Jument de fer (cette fois, ce sont plusieurs centaines de personnes réunies) tout comme l'affrontement final, qui ne manque pas de panache.
La recette "Les Vikings"
Columbia Pictures
Les Drakkars reprend vraiment la recette des Vikings, avec un jeune Viking amoureux et une belle princesse (Russ Tamblyn et Beba Loncar), un méchant marquant, avec une bonne dose de violence (la torture est hors champ), mais les combats et l'orgie des pillards dans le harem d'Ali Mansu (d'ailleurs tournée façon comédie et donc assez gênante à revoir aujourd'hui) ne sont pas vraiment édulcorés. Là où Les Drakkars se démarque, c'est qu'il délaisse la tragédie familiale au profit de la chasse au trésor.
Mais si Les Drakkars est un film opportuniste tentant de surfer sur la mode du scandinave à l'écran, il ne mérite pas d'être voué aux gémonies et au contraire, offre une sorte de revisite moins marquante mais très sympathique qui mérite la (re)découverte. Il a été édité en France en support physique chez Sidonis Calysta.