Ce vendredi Netflix met en ligne La voisine idéale, un film documentaire primé en début d’année au prestigieux festival de Sundance. La plateforme s’était dépêchée d’en acquérir les droits pour la jolie somme de 5 millions de dollars, probablement après avoir lu les avis dithyrambiques de la presse US (100% sur Rottentomatoes pour 38 critiques) .
Le long-métrage réalisé par Geeta Gandbhir nous plonge au plein cœur d’une affaire médiatique qui a secoué les Etats-Unis à l’été 2023. Celle de la mort d’Ajike Owens, une mère afro-américaine de 4 enfants, après un conflit de voisinage avec Susan Lorincz, une dame de 58 ans. Cette dernière se plaignait depuis des mois de la présence d’enfants dans son jardin et appelait continuellement la police. Jusqu’au jour où elle a choisi de passer à l'étape suivante.
Au coeur du récit
Pour retranscrire le plus justement et fidèlement possible cette histoire, la réalisatrice utilise un procédé de plus en plus courant dans les true crimes - des images de caméra embarquée de la police, qui nous placent au cœur du récit et de l’action, comme si on assistait à la scène.
Que ce soit toutes les fois où des agents se rendaient sur place après avoir reçu un appel de la voisine, que tout le monde appelait “Karen”, le jour de l’incident, pendant les interrogatoires ou le procès… on assiste à absolument tout.
Ce procédé nous permet d'être témoin de scènes brutes et de moments de pure émotion. On a le cœur serré quand on voit le père de famille annoncer aux enfants que leur mère les a quittés définitivement ou quand les voisins apprennent la terrible nouvelle. On retient notre respiration quand on accompagne les agents au sein de la maison voisine, à la recherche de l’arme incriminante.
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Cette parfaite immersion dans cette affaire criminelle nous fait passer par toutes les émotions : la surprise, la colère, l’incompréhension, le soulagement. Et cela faisait bien longtemps que l’on n'avait pas ressenti autant de choses devant un documentaire.
Une étude de cas
La force de ce documentaire est la manière dont il fait une étude de cas des Etats-Unis, sans vraiment prendre parti. Car derrière cette histoire se cache bien évidemment un sujet bien plus large : celui du racisme.
La réalisatrice pointe ici du doigt la loi américaine appelée “Stand-your-ground law” qui affirme “qu'une personne peut utiliser une force raisonnable dans le cas de légitime défense quand elle croît de façon raisonnable qu'elle est soumise à une menace illégale” (Wikipédia).
Dans le cas de Susan Lorincz, elle expliquera lors de ses interrogatoires que les enfants du voisinage entraient illégalement sur sa propriété et que le jour de la mort d’Ajike Owens, cette dernière était venue toquer à sa porte en la menaçant de mort. Les notions de peur, de préjugés et de légitime défense sont disséquées par le documentaire mais aussi par la police : a-t-elle agi parce qu’elle était persuadée d’être en danger ou par pur racisme ?
La voisine idéale a en tout cas relancé le débat aux Etats-Unis. Si en France, cette loi n’est pas en vigueur, le sujet n’en demeure pas moins passionnant. Et la puissance du récit en fait un true crime incontournable du catalogue Netflix.