De quoi ça parle ?
Céline attend l’arrivée de son premier enfant. Mais elle n’est pas enceinte. Dans trois mois, c’est Nadia, sa femme, qui donnera naissance à leur fille. Sous le regard de ses amis, de sa mère, et aux yeux de la loi, elle cherche sa place et sa légitimité.
Attention, voici un premier long métrage à ne pas manquer ! Et Des preuves d'amour reçoit déjà beaucoup d'amour : il sort accompagné par de très belles critiques presse et internautes, grâce à sa présentation dans de multiples festivals, dont la prestigieuse Semaine de la critique à Cannes.
Snobées des César 2025 ? Une très grande année arrive pour les réalisatrices françaises !Sa réalisatrice et scénariste Alice Douard s'est fait un nom dans le court métrage. Elle a décroché le César du court métrage de fiction en 2024, avec L'attente avec Laetitia Dosch et Clotilde Hesme. Des preuves d'amour s'inscrit justement dans le prolongement de ce court, avec, au casting, Ella Rumpf, Monia Chokri, Noémie Lvovsky...
Ce film emprunte aux codes de la comédie romantique, avec beaucoup d'humour, mais sans être dénué d'émotion et de moments plus dramatiques. L'intrigue se déroule à une époque où la GPA, la Gestation pour autrui, était beaucoup plus complexe à accomplir en vivant en France. Nous avons rencontré sa réalisatrice et scénariste.
AlloCiné : Des preuves d'amour fait suite à un court métrage sur ce même sujet. Quelle a été la genèse de ce projet ?
Alice Douard : J'avais vraiment été frappée au moment de la naissance de ma fille, que l'accouchement ne soit vraiment jamais représenté dans sa durée, et dans sa réalité au cinéma. L'envie première était de faire un film sur la co-maternité, mais dans un temps très restreint, et autour de la question de l'accouchement. Et rapidement, je me suis dit que l'histoire de deux mamans qui font un enfant, avec tout le parcours juridique que ça implique, intime et toutes les questions, méritait d'être développée.
Et j'ai commencé à développer le long métrage en parallèle du court métrage. Donc ce sont vraiment deux films, l'un complète l'autre peut-être, mais ils sont quand même différents. Le couple et la dynamique du couple est différente. Et en réalité, ça n'a pas été si long. Tout ça s'est fait un peu dans le même geste, mais aussi parce que j'avais écrit un long métrage qui ne s'est jamais fait avant. Il y a eu beaucoup d'obstacles avant et quand j'ai trouvé ce sujet-là, et cette façon de le raconter, ça a été plutôt fluide en réalité.
Je me demandais si, justement, par rapport au sujet, il y avait peut-être eu un peu des résistances, des freins ?
On a eu l'avance sur recette du CNC rapidement. Et c'est une des grandes chances en France d'être jugé par des gens qui fabriquent aussi des films, des cinéastes, des producteurs, des chefs-opérateurs.
Le scénario a convaincu. Mais ça a été plus difficile, par contre, au moment de trouver un distributeur, qui avait pour la plupart le discours de « les films avec des homosexuels ne font pas d'entrée ». Ca a été dur parce qu'on a eu des refus pour ces raisons-là, malgré les qualités qu'ils pouvaient trouver au scénario. C'est le distributeur Tandem qui a suivi et on les remercie pour ça parce que c'était pas évident.
C'est aussi un film sur la maternité...
En fait, le projet, c'était de partir d'une situation particulière - deux femmes font un enfant -, pour essayer d'aller toucher à l'universel, de la maternité et même de la parentalité. Que ce soit un film qui puisse parler aux hommes comme aux femmes et toutes générations confondues.
Je trouve que l'intérêt de montrer la spécificité de nos familles, c'est aussi d'en montrer la banalité, d'une certaine manière. Cette banalité, elle est très loin des fantasmes ou des clichés qui sont toujours véhiculés. Je voulais faire un film dans lequel tout le monde puisse se reconnaître dans ce couple.
Notre rencontre avec l'une de ses actrices, Ella Rumpf
Est-ce que tout ce que vous montrez dans le film, sur les démarches à faire, en 2014, est documenté sur des choses réelles ?
Ouais, bien sûr. Pour adopter son enfant, il faut constituer un dossier. Un des éléments les plus importants du dossier, c'est des gens qui témoignent que le projet d'enfant est un projet commun au couple, que la personne qui n'a pas porté l'enfant s'en occupe au quotidien, etc. Aujourd'hui, la loi a évolué. L'autre parent peut faire une reconnaissance anticipée de l'enfant. Mais à l'époque, pour adopter de manière plénière, il fallait recueillir ces 15 témoignages.
C'est la loi bioéthique qui a révisé la loi et qui a proposé que l'autre parent puisse faire une reconnaissance anticipée de l'enfant. Cela veut dire que, maintenant, les deux mamans peuvent apparaître sur l'acte de naissance. Ce qui n'était pas le cas en 2014, où l'autre parent était un tiers déclarant et ne faisait pas partie de la vie de cet enfant.
la création d'une représentation qu'on n'a peu vue ou qu'on n'a peu vue comme ça
En quoi cela est politique pour vous de raconter cette histoire ?
Je pense que c'est vraiment la création d'une représentation qu'on n'a peu vue ou qu'on n'a peu vue comme ça. C'est-à-dire un couple avec ses difficultés, mais qui est avant tout un couple amoureux qui font une famille. Sortir des clichés, des fantasmes et peut-être aussi des écueils. Dans les quelques films qui existent, il est toujours question qu'une des deux femmes soit meurt, soit s'en aille avec un mec. Ce qui va toujours sembler un peu étonnant. On peut aussi s'aimer et rester ensemble. La proposition, c'est de créer une image. J'ai l'impression que c'est en ça que le film est politique.
Dès le début, vous vouliez que cela soit une comédie ?
Oui, mais c'est très dur d'écrire de la comédie. Il fallait que ça marche. Je voulais qu'il y ait un mélange des tons, que le film soit assez hybride. Dans son casting, dans sa mise en scène, dans les émotions qu'on peut traverser, pour coller à cette réalité de temps avant l'enfant.
Il y a un temps de joie, d'ennui, de peur. C'est un film de coulisses. Qu'est-ce qui se passe en coulisse ? Qu'est-ce qui se passe avant ? Dans l'avant, il y a une succession d'émotions. L'humour en fait partie.
Un mot sur la relation mère et fille également au coeur du film...
Il s'agissait aussi de questionner la maternité au sens large à travers les générations. Surtout, le film pose la question de quelle mère on veut être, quelle mère on va être. En réalité, personne ne le sait avant d'être à l'épreuve de l'enfant.
Tout est théorique avant de s'occuper d'un enfant. On ne sait pas trop. Le film est aussi un trajet pour le personnage. J'ai l'impression qu'on se réajuste beaucoup par rapport à ses parents, quand on devient soi-même parent.
Propos recueillis au Festival de Cannes 2025