79 ans, 50 films, 3 Oscars : cette légende du cinéma américain n'a jamais oublié ce précieux conseil que lui a donné Martin Scorsese
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Cinéaste d'une importance et d'une influence majeure, qu'on ne présente plus depuis longtemps, Martin Scorsese a aussi enseigné le cinéma à la New York University dans les années 70. Et a eu pour élève un talent en devenir : un certain Oliver Stone.

Immense cinéaste à l'influence aussi colossale que parfois écrasante, ayant profondément imprimé sa marque dans l'Histoire du cinéma avec des oeuvres majeures comme Raging Bull, Les Affranchis ou Taxi Driver; cinéphile absolu à la culture cinématographique véritablement encyclopédique; conservateur acharné des oeuvres au point d'avoir créé une fondation devenue incontournable pour leurs sauvegardes, Martin Scorsese est un totem absolu. Il a aussi enseigné son art au sein de la prestigieuse New York Tisch School of The Arts à la fin des années 60 - début des années 70.

"Je ne savais pas quoi faire..."

Parmi ses élèves, un, notamment, promis à un bel avenir : un certain Oliver Stone. A la fin des années 60, de retour à New York après sa traumatisante expérience au Viêtnam, il s'inscrit à un cursus au sein de cette université six mois après son retour : "Disons-le ainsi : mon retour a été une période difficile. Six mois d'incertitude et d'aliénation. Beaucoup de confusion" racontait Stone dans un entretien accordé au site Vulture, en 2013.

"Quand je suis entré à l'école de cinéma, j'avais toujours aimé le cinéma, mais je n'avais jamais pensé qu'il était possible d'en faire mon métier, car tous ceux qui étaient là étaient en quelque sorte des personnes privilégiées. Je n'avais aucun réseau, ni familial ni autre. Je ne pensais donc pas que ce soit réaliste, et mon père a toujours été très réaliste. Je ne savais pas quoi faire".

"Fais quelque chose de personnel !"

Dix ans plus tôt, Stone avait longuement évoqué ces années-là, dans un entretien accordé cette fois-ci à Total Film. Il y évoquait Martin Scorsese, parlant de lui comme un "merveilleux professeur". Mais Scorsese avait aussi une méthode d'enseignement plutôt inhabituelle.

"À cette époque, nous n'avions pas de magnétoscope, alors il restait debout toute la nuit à regarder des films tardifs à la télévision. Il était toujours en retard en classe, les cheveux longs jusqu'ici, et il parlait d'un petit film qu'il avait vu à 3 h 30 du matin. C'était tout simplement incroyable qu'il ait un tel enthousiasme".

Stone a également été particulièrement marqué par un conseil que Scorsese lui a donné alors qu'il avait du mal à trouver son style cinématographique. "Je me souviens que nous réalisions des courts métrages et qu'ils étaient plutôt mauvais", se souvient-il. "Il m'a dit : "Tu fais tout ce truc abstrait à la Godard, tu essaies d'imiter la Nouvelle Vague française. Fais quelque chose de personnel !" Et c'était la clé".

"Il m'a donné un grand élan d'espoir"

Oliver Stone a rapidement mis en pratique le conseil avisé de Scorsese, en réalisant en 1971 un court-métrage de 12 min évoquant la guerre du Viêtnam, intitulé Last Year in Viêtnam. "Nous avions l'habitude d'organiser des projections et des autocritiques en classe, et tout le monde disait : "C'est de la merde". Scorsese, lui, fut nettement plus impressionné. Il lâcha à Stone : "Ca c'est un réalisateur". Et l'intéressé de conclure : "Il m'a donné un grand élan d'espoir".

L'aspirant réalisateur n'a pas seulement suivi ce conseil dans ses travaux universitaires. Il l'a appliqué à l'ensemble de sa carrière. C'est ainsi que naîtra son chef-d'oeuvre du film de guerre, Platoon, premier jalon d'une trilogie en devenir, avec Né un 4 juillet, et Entre ciel et terre.

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